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*> me de vous & d'elle-même. « Qu'est-ce que se dépouiller de Dieu ? Apparemment on entend la privation des consolations intérieures, acceptée avec soumission. Sur celui de la Posscjjìon: » Que les ames adorent en Jesus-Christ » la possession qu'il a de lui-même , & qu'elles » n'aient point de vue , s'il lui plaît les poflé•> der, ou non ;étant assez qu'il íè possédé lui» même. » Sur le 16e. attribut de V Inapplìcatïon .-Que les ames s'appliquent à cette inap« » plication de Jesus-Christ , aimant mieux être »> exposées à son oubli, qu'étant cn son íbuve•> nir lui donner sujet de sortir de l'application a> de soi-même. » II paroîtcjue la personne qui parle ainsi, ne s'entend pas bien elle-même > mais ce qu'elle avoit dans lame, c'est la vue de la grandeur de Dieu,qui se suffit à lui-même, &-qui ne pense à ses créatures que pour fa proi -pre gloire.

Plusieurs Docteurs de Sorbonne ayant vu le jugement de ceux de Louvain , se rangèrent de leur côté , & prirent parti contre les huit çjui avoient censuré l'Ecrit, ayant Duval à leut tête. On imprima une Rélation de toute cette affaire , où la Censure des huit est discutée Sc réfutée. M. de Saint Ciran fit auífi l'Apologie du Chapelet , pour combattre les Remarques du Jésuite, que M. de Sens avoit fait paroîere contre l'Ecrit dès le commencement de la querelle. Cest ce qui a donné lieu dans la fuite aux Jésuites d'attribuer faussement à M.de Saint Ciran le Chapelet secret comme en étant l'auteur , par l'eípéce d'acharnement qu'ils ont toujours cu à faire de M. de Saint Ciran un hérésiarque. Dans ces entrefaites on apprit à Paris le jugement que le Saint Pere avoit porté de l'Ecrit; /çavoir qu'il ne seroitni censuré , ni misa Pin

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M. de Saint Ciran , en partant pour son Diefcèse , à rendre service à ícs filles eh son abferíce,à leur faire des conférences,à ks conduire par ses conseils , & même à les confesser. Ainsi M, de Saint Ciran commença à visiter souvent P. R. & à faire fréquemment des conférences au Par» loir. La raison pour laquelle il ne faisoit ses instructions qu'au Parloir , c'est que l'Archevêfjue de Paris ne vouloir point permettre qu'on prêchât dans l'Eglise ; c'étoit une fuite du mécontentement qu'il avoir de cet établissement fait fans lui.

Un nombre de gens de bien ne mánquoient pas ces conférences de l'Abbé de Saint Ciran , entr'autres le célèbre P. Amelottc de l'Oraroire , qui difoit qu'il viendroit de ío. lieaes poiír entendre de tels discours. Ces conférences disposèrent peu-à-peu les esprits dans la maison du Saint Sacrement à prendre confiance en lui. Car quelque cas que fissent ces filles de son mérita Sc de fa grande piété , elles le redoutoient, s'imaginant qu'il seroit un peu (evére , sur-tout pour la Communion. La Merc Angélique tâcnoit d'insinuer doucement cette confiance; mais elle ne vouloit rien preílcr ; elle attendoit avec patience ce qu'il plairoit à Dieu de mettre dans le cœur de ses filles. M. de Saint Ciran de son côté , comme nous l'avons déja observé , avoir pour maxime de ne jamais s'avancer , Sc d'attendre même crue Dieu lui ouvrît les voies. Dieu bénit cette conduite pleine d'humilité Sc de sagesse ; & environ un an après que M. de Saint Ciran eut commencé ses instruirions à la grille, il vint en pensée à toutes ks Soeurs dans le même tems de lui faire une confcsiîon générale. II ne se refusa pas à cette bomie oeuvre. C'étoit vers le commencement du

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Carême , & il ne les tint que jusqu'à la sin Séria. Quarantaine dans les épreuves de la pénitence. II les envoya toutes à la Communion le Jeudi-Saint , quoiqu'elles fussent toutes trèsfincérement disposées à différer autant qu'il l'au-roit jugé à propos. Qu'il me soit permis de remarquer en passant combien peu étoit fondée l'accusation íi souvent intentée contre M. de Saint Ciran , d'un rigorisme outré pour le refus de l'absolution, & l'éloignement de la Communion. Uue épreuve _de six semaines une sok en la vie , dans l'intention de se renouveller dans la vraie piété , & de réparer des Confessions & des Communions, peut-être bien défectueuses par le passé , je le demande à tout homme raisonnable : Y a-t'il en cela de quoi se récrier, & se scandaliser si sort? Une d'entre ces filles lui ayant demandé à demeurer encore quelque tems éloignée de la Sainte Table y il lui répondit qu'elle íè laissât conduire , qu'il pourroit venir un tems où on l'en priveroit pluj qu'elle ne voudroit. II a été Prophète.

La Mere Angélique lui fit auífi quelque tems après fa confefîìon générale. Ce fut en i6}f. vers l'Assomption : elle en avoit déja fait plu» sieurs à d'autres personnes , enrr'autres à Saint François de Sales. Elle les faifoit toujours avec un nouveau profit: elle en remporroit un accroissement sensible de ferveur & de vertu. On trouva le papier où elle avoit écrit ses résolutions qui étoient au nombre de douze : celuici servira d'échantillon : » Je converserai avec » mes sœurs avec la plus grande humilité que » je pourrai. Je ne.les reprendrai jamais de leurs sj fautes à l'heure qu'elles les feront , ni pour a> !a première fois , ni que je n'aie prié Dieu *> auparavant qu'il me lasse la grâce de le faire » par son esprit, & Qu'elles le reçoivent de mê-> » me. et Pour ce qui est des Religieuses, le-fruit de ce renouvellement qu'elles avoient fait entre les mains de M. de saint Ciran, fut de mener une vie pleinement conforme à toutes les maximes & à tous les principes de la Mere Angélique. La direction de cet excellent Maître , & Jes conférences de la Mere qui étoient toutes pleines des vues saintes & lumineuses du Directeur , arrosoient ce beau plan : aussi les Sœurs Croient ravies , lorsque cette Postulante discole , Anne de Jésus, étoit obligée de s'absenter de la conférence pour quelque raison : parce que la Mere étoit alors plus libre pour s'expliquer Sc pour produire de son bon trésor tout ce qu'il j avoit.

Cette Sœur Anne de Jésus ne laissa pas dans Xiy. ia fuite de donner ausli quelque ligne de vie. Prévention» Elle voulut faire un renouvellement comme les M" tan" autres fous la direction de M. de saint Ciran. de°Saint Elle étoit en effet austi frappée que les Sœurs ciran, tic fa grande capacité , & de l'intelligence profonde qu'il avoit des choses de la Religion. II pouvoit même se faire qu'elle eût le cœur réellement touché. Mais la fuite fit voir que l'impreílìon étoit légére. Elle se confessa donc , & témoigna à M. de saint Ciran qu'elle étoit fâchée de se voir hors de fa place naturelle de Postulante. Le Directeur applaudit ; & en conséquence elle vint importuner la Mere Angélique pour être déchargée du soin des Novices j la Mere le lui accorda après avoir consulté M. de Langres qui ne s'en éloigna pas. II parut que cette fille fut fâchée qu'on l'eut prise au mot: elle n'acheva pas son renouvellement avec M. de saint Ciran , & elle reprit sa première conduite. M. de Langres lui-même qui lui étoit

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