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tira auífi à l'âge de 18. ans , lorsque le soulèvement de ses ennemis l'obligea de quitter la Ville. 11 étoit, comme je l'ai dit, la conquête deM.de saint Ciran prisonnier à Vincennes. Car la vie de son neveu M. le Maître layant extrêmement frappé , il se reprocha celle qu'il avoit menée jusque-là , cherchant un peu la gloire du siécle , vivant commodément d'assez gros revenus qu'il avoit en bénéfices. II obtint Il permission de voir M. de saint Ciran à Vincennes; il se mitsous fa conduite , & embrasla la retraite & la pénitence comme Ies'autres. II se dépouilla même lorsqu'il reçut Tordre de Prêtrise,de tous fésbiensqu'il donna au Monastère àe P.R. voulant entrer pauvre dans leSacerdoce.

La bonne odeur de la piété des Solitaires de P- R. & de leur vertu éprouvée, attira dans la fuite des tems beaucoup de personnes dont la grâce avoit touché le cœur. Je nommerai ici par avance celles qui font les plus connues : M. Pallu , Médecin du Comte de SoiíTons , qui fat converti par la lecture du livre de la fréquente Communion ; il bâtit un logis au milieu des jardins , qui fut nommé depuis le petit Pallu ; 8c consacra sa vie & son art au service des pauvres malades du pays ; M. de la Petitiére, Gentilhomme estime la meilleure épee de France , qui ayant eu le malheur de tuerai duel un parent du Cardinal de Richelieu , se cacha, & vint ensuite à P. R. où il apprit le métier de Cordonnier , & passa sa vie à faire des souliers; M. de Pontis, vieux guerrier, qui s'oecupoir à défricher des terres , courbé fous le poids des années ; M. Dasson de saint Gille , Gentilhomme de Poitou; M. l'Abbé de Pontchâteau , oncle du Duc de Coillin ; M. le Marquis de Sévigné,.; Monsieur Girout de Belsi., Officier , cjui se fit valet à P. R. pour servir les Ecclésiastiques les Hôtes; M. Gibron , Capitaine , qui devint cuisinier des gens de la Ferme ; M. de saint Ange le fils; & autres, xxrv La retraite, la pénitence & le silence que ces Vie des $o Serviteurs de Dieu observoient dans le désert litairei de P. de P. R. leur applicacion à la prière & au traR. des C. vaji jes mains représcntoit admirablement la vie des anciens Anachorètes. Ils étoient habillés pauvrement. Ils recitoient tous les jours l'Officede l'Eglise avec le Chapelain qui delservoit l'Eglise de P. R. avant que les Religieuses y revinssent , & ils le chantoient aux Fêtes solemnelles. Ils se levoient la nuit à deux heures pour dire Matines. Leur nourriture étoit très-sirnple & très-frugale. Dans les jeûnes d'Eglise , ils faisoient le soir leur unique repas. Leur pénitence n etoitpointoisive.Pendantqueles unsprenoient connoiífance du temporel,& travailloient à rétablir les affaires du Monastère dans ses biens de la campagne, les autres ne dédaignoient pas de cultiver la terre comme des gens de journée. Us réparèrent même une partie des bâtìmens qui tomboient en ruine , rehaussèrent ceux qui étoient trop bas & trop enfoncés , firent écouler les eaux séchèrent le terrain qui avoit été jusqu'alors fort marécageux mal sain. Ainsi Vivoient plusieurs personnes qui avoient paru avec distinction dans l'Eglile , dans l'Epée, dans la Robe & à la Cour.

Si on veut en sçavoir davantage , on peut lire un Ecrit très-édisiant, intitulé , Récit de la conduite &dcs exercices des Pénitens Solitaires de P. R. des Champs , co.tiposé par M. Ie Maître , imprimé au commencement des Mémoires de M. Fontaine. On y trouvera auífi un petit Catalogue raisonné des personnes qui se consacrèrent à cette vie solitaire pendant les cinq & six premières années, aussi bien que des Seigneurs de la Cour , qui venoient les visiter , curieux de voir de leurs yeux ce pieux spectacle ; tels que les Ducs de Chevreufe & de Liançourt , te Prince de Guemenée, M. de Chayigny Boutillier Ministre d'Etat , M. de Guene» gaud Secrétaire d'Etat.

On peut joindre à ceux-ci plusieurs Dames de distinction , qui fa isolent des retraites passagéresà P. R. de Paris pour travailler pendant quelque tems à leur renouvellement dans la vie spirituelle : telles que la Prince/Te de Guemenée qui Te mit auísi fous la conduite de M. de saint Ciran alors prisonnier àVincennes; la Marquise de Sable qui a persévéré dans la piété & est morte àP. R. en 1678. laMarquise d'Aumont , Madame de Crevecœur , Madame de Bernieres veuve du Maître des Requêtes: Madame de Buzenval : Madame de Guenegaud : Madame d'Acquaviva , Arragonoise Héritière du Duché d'Atrio : Madame de Nointel : la Marquise de Buífî : Madame Seguier veuve de M. de Ligny Maître des Requêtes , &c. Cette dernière morte en 163 6. a voulu ftre enterrée avec 1 habit de novice , parce qu'elle avoit dessein de se faire Religieuse de *• R. &c. Joignez à toutes ces personnes de fliarque, M. Litalfl Maroni de Suíarre , Evêque de Basas, qui vint à peu près en 1640. se metJte sous la conduite de M. Singlin , irès-disposé à quitter & Evêché & Abbaye pour faire pénitence , si son Directeur le décidoit ainsi : il lui avoit mis entre les mains la démission des deux bénéfices ; mais le Directeur le renvoya à son Evêché où il mourut dans l'exercice édifiant de ses fonctions. Dans la fuite nous verrons le Pue & U Duchesse de Liancourt qui avoieat fait élèvera P. R. la Princesse de Marsillac leur petite fille , aussi bien que le Duc & la Duchesse de Luines faire bâtir à.P. R. dés Champs des maisons de retraite pour y finir leurs jours. Le Duc de Luines fit construire le Château de Vaumurier dans le voisinage fur le fonds même de P. R. & le Duc de Liancourt fit bâtir une assez grande maison vis-à-vis la porte de l'Eglise. La Duchesse de Longueville & Mademoiselle de Vertus sœur du Comte d'Avaucourt élevèrent aullì à P. R. des Champs des corps de logis pour y faire leur séjour de tems en terris. XXV. Parmi toutes ces personnes de condition qui

tiailon ac£j^q e t jçnt P. R. i^s'eh trouve une qui mérita l'rincefle ', - _ ,, .. . \ .., de Mamoue ,te T1 on 'a"e d e^e une, mention particulière, depuis KeineC'eíHa Princesse Marie de Gonzagues de Cléde Pologne ,Ves de Mantoue , depuis Reine de Pologne; avec P. R. Cette Princesse ayant lié connoistance avec la Mere Angélique, eut auífi la pensée de se mettre sous la conduite de M. de saint Ciran. Mais il mourut quatre jours après qu'elle en eut fait l'ouverturea la Mere. Celle-ci aïant remarqué dans le premier entretien quelques traits de fentimens assez justes fur la Religion , par exemple furies absolutions suivies de rechutes, elle crut qu'elle pourroitêtre utile à cette jeune Dame. Ainsi elle trouva bon que la Princesse se fît accommoder un petit appartement au-de^dans de la maison. Elle y venoit tous les Jeudis, & y passoit quelquefois plusieurs jours de fuite': mais elle ne faifoit jamais entrer personne pour la servir. La Mae Angélique avoit pris fur elle , aussi bien que fur la Princesse de Guemené & la Marquise de Sablé, une certaine autorité de charité , qui fans préjudice du respect du au rang à la qualité de ces Dames , leur impotbit beaucoup. Elle régloic leur tems,

leurs exercices , leurs prières & les personnes de la maison à qui elles dévoient parler; afin que les autres ne fussent pas distraites de leurs ob» fervances. Elle ne vouloir pás rriême qu;elles; eussent la liberté de s'entretenir trop long-rem* ensemble, lorsqu'elles se rencontroienta P. R. en même-tems: disant «quelles nepouvoient » s'empêcher de parler du monde; qu'elles ve» noient à P. R. pour apprendre une autre lan»gue ; & qu'il étoit bon pour cela de ne plus «parler celle qu'on savoit auparavant, & que » l'on doit oublier. »

A une Fête de Noël toutes ces trois Dames étoient venues la passer à P. R. Après le dînes la Mere ayant appris qu'elles étoient depuis assez long-tems en conversation ensemble , quitta une compagnie dans laquelle elle étoit > disant:» II faut que je m'en aille séparer nos DaM mes : car elles se gâtent les unes les autres.Unè •îcoe'ffure, un collet, une mode revient toujours » à quelque propos fur le tapis : il faut tâcher de nbannir toutes ces diableries qui ne sont pas per*» mises dans les conversations chrétiennes. » Ce mot lui échapoit quelquefois. C'éroit la franchise & la vivacité de son zélé qui le lui mettoíc dans la bouche. La Princesse Marie paroissoit assez touchée. Elle jeûna le Carême exactement; de quoi l'on murmuroit beaucoup dans fa maison. Mais on ne savoit cependant comment s'en plaindre , parce qu'on étoit contraint d'avouer qu'elle s'en portoit mieux , & qu'elle étoit même engraissée , depuis qu'elle avoit commencé à se retrancher. Elle prenoit lts avis de-M. Singlin ; elle ne se mit pas néanmoins tout-à-fait fous fa conduite , parce qu'il ne se chargeoit pas des personnes 'de cette condition fans de grandes marques de la volonté de Dieu ,

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