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les peines qu'elle avoir pu leur causer. Mais ce qui est plus digne de remarque , c'est la commiíTìon qu'elledonna à son Confesseur de dire de sá part à son fils le Docteur, que puisque Dieul'avoic engagé par le Doctorat dans la défense de la vérité, il lui fûc toujours fidèle , quand il devroit lui en coûter mille vies , & qu'il n'oubliât jamais le serment solemnel qu'il en avoit fait. Pendant toute sa maladie sa plus grande peine étoit de ne pas mourir ; & après rExtrême-Onction étant un peu revenue , elle seplaignoit qu'il étoit bien rude d'avoir été jusqu'à la porte du Ciel, & d'etre^ejettée dans le monde : & dans tout cela elle témoignoit que ce n'étoit point l'impatience de souffrir qui lui faisoit désirer la mort, s'attendant bien de souffrir en l'autre monde pour être purifiée de ses fautes , mais qu'elle y auroit cet avantage de souffrir fans offenser Dieu , ce qu'elle ne pouvoit en cette vie. Comme ses filles la prioient souvent de se souvenir d'elles lorsqu'elle seroit devant Dieu , elle leur répondit une sois qu'il ne falloit pas tant lui recommander cela , que toutes choses étoient bien ordonnées dans le Ciel , & que la charité y étoit surabondante. Tout ce détail de la maladie de la vertueuse Dame est de la main de M. Arnaud le Docteur. Elle mourut le 18. Février ,âgée de 68. ans , ayant été fille 11, ans , marié 54. ans , veuve 6. 8c Religieuse 16.

Une des filles de Madame Arnaud la suivit xxvtf. de près pour aller devant le Seigneur; c'est la ,M.orc,

r w • J f • #-m • 1 • ■/ J Marie de Ste Sœur Marie de Lainte Claire , la cinquième des C|ajre Ar_

filles de M. Arnaud ; celle dont nous avons déjauaud , Sœur

parlé à l'occasion de Maubuifson où sa Sœur de U Mere

Angélique la mena, pour l'aider dans la Ré-Angélique

faune, & ensuite à l'occasion de l'Abbayc de de s* 'Tard où elle fut envoyée avec la M ère Agnès. Elle naquit en 1600. Cétoit un petit prodige d'esprit & de beauté : elle n'étoit pas encore sevrée qu'elle parloit distinctement.Dieu lui enleva de bonne heure ce qui pouvoit lui être une occasion de se perdre j en lui envoyant une petite vérole dès l'âge de 4. ans, qui lui marqua tout le visage. A l'âge de 7. ans on la mita P. R. fous sa soeur Abbesse qui n'en avoit que seize. Lorsque sa sœur un an après prit le goût de la Réforme , la petite le prit avec elle. Elle avoit une émulation étonnante pour suivre les pratiques qui setablissoìent , mortifications , oraisons , ouverture de conscience à la Mere Abbesse. Ori lui fit faire sa première Communion à dix ans. Dans un voyage qu'elle fit à l'âge de onze ans à Andilli , elle se relâcha de sa.ferveur & commença à goûter un peu le siécle; Elle revint à P. R. &fut pendant quekjues mois l'objet des prières ferventes de fa sœur qui s'étoitapperçue du mal. Nous avons vu plus haut avec quelle discrétion & quelle patience la Mere Angélique se comporta envers fa petite sœur dans cet état de relâchement. II ne dura pas, & la jeune Demoiselle étant rentrée en elle-même , devint plus fervente qu'elle n'avoit été auparavant ; de forte que pour donner quelque chose à sa grande ardeur , ott lui permit d'entrer au Noviciat à n. ans, & on lui donna l'habit à 14. Elle fit profession à 16. Car telle a été la pratique de la Mere Angélique , de ne point s'aslujettir à une régie uniforme pour la durée de la postulance & du Noviciat , mais de racourcir ou de prolonger le tems, suivant qu'elle croyoit que le cas le requérois.

Un an après fa profession sa sœur la prit pour être une de ses compagnes & coopératrices dans Tceuvre de la Réforme de Maubuiílon. Avoir fait le portrait de la Mcre Angélique dans son séjour de Maubuision, comme nous Pavons fait, c'est avoir fait celui de la Sœur MarierClaire. Elle s'est sacrifiée comme sa dur pour le bien de cette maison : d'où elle est revende très-infirme des restes d'une fâcheuse dissenterie dont elle avoit pensé mourir. A peine fut-ellc .de retour à P. R. que sa soeur l'envoya elle deuxième a \' Abbaye des Isles proche Auxerre pour un projet de pareille Réforme. La Providence rie permit pas qu'elle y demeurât long-tems. Elle revint donc bientôt dans l'pbéiflance qui faifoit ses délices , aussi bien que la pauvreté , la mortification, & la vie laborieuse. L'Evêque de Langresqui conduisoit en ce tems-là ìe Monastère de P. R. lui ayant fait observer qu'il paroiflojt en elle une secrette attache pour ík sœur Angélique, ejle ne sè le fit pas dire deux fois : elle prit le parti de faire le sacrifice entier, ,& de ne plus parler du tout à fa sœur : ce qu'elle soutint courageusement pendant plusieurs années; la Mère Angélique de son côté entrant dans ses vues avec £a grandeur d'ame ordinaire.

En 1619. arriva f affaire de l'Abbaye dcTard, qui a été rapportée plus haut. La sœur fut du nombre de celles qui' surent nommées pour accompagner la Mere Agnès, Pour les raisons que nous ayons expliquées dans le tems , il fut fait défense de la part de rÉyéque' de Langres aux Sœurs deP.R. <jui étoient à Tard, de se parler & de converser-jamais ensemble. Comme la petite Marie-Claire avoit beaucoup de religion , elle fit à Dieu ce sacrifice. Mais au bout dequelque-tems la Mere Agnès, Marie-Claire & les autres Sœurs eurent le malheur de se laisser séduire §í de prendre sfç fâcheuses préventions contre les maximes & l'efprít de h Mère Angélique , donnant la préférence à l'esprit de la Réforme de Tard , qui étoit tout opposé. Cinq ans se passèrent, après lesquels elles surent toutes rappelléesà P. R. La Mère Agnès ne fut pas long-tems à revenir de ses préjugés. Mais la Sœur Marie-Claire y demeura fortement attachée , & très-long-tems :ensorte que liée avec plusieurs autres Religieuses toujours prévenues pour l'Evêque de Langres & contre M. de saint Ciran , elle eut grande part au schisme dont j'ai parlé, qui affligea la maison. Comme elle avoit contre elle & sa mere 8c toutes ses propres soeurs , elle souffroit intérieurement d'étranges peines : elle étoit combattue par fa conscience qui la tenoit attachée au Prélat , & par la haute "estime qu'elle saisoit toujours de ses vertueuses parentes. Car elle continuoit d'ailleurs d'être très - bonne religieuse > fervente, exacte à tout.

Elle sut 14. mois dans cet état, tant que dura ce schisme. Les Mères prioient beaucoup pour son retour. M. d'Andilli son frère entreprit de la ramener : il la vit plusieurs fois à ce sujet, mais inutilement. Voyant donc qu'il n'avançoitrien , il lui proposa un jour de se mettre tous deux en prière dans le lieu même. Après quelque tems passé en oraison , la Sœur fondant en larmes lui dit que Dieu lui ouvroit les yeux. On app^ella fur le champ les Mères Angélique & Agnes , à qui elle demanda pardon , & se réconcilia avec elles. Le cœur néanmoins n'étoit pas encore pleinement rendu. Enfin le jour de î'Assomption elle fut si touchée qu'elle écrivit à Imitant une Lettre pleine de soumission , d'humilité & des regrets les plus vifs, à la Mere Agnès Abbesse. Elle s'y comparoità l'Eníant prodigue , & 1c pensoit ainsi ttès-sincéremcnc. Car toute fa vie elle ne s'est regardée que comme une criminelle, coupable des plus grands excès. Elle porta l'habit & embrassa I'état de Converse pendant plusieurs mois: elle se livra aux occupations les plus pénibles & les plus humiliantes de la maison par esprit de pénitence. Elle avoit mis le sceau à sa conversion par le parti généreux qu'elle prit de se mettre sous la conduite de M. de saint Ciran , de qui elle avoit été si long-tems aliénée. II la reçut, après l'avoirfait attendre néanmoins durant plusieurs mois , & la conduisit ensuite avec un succès admirable pour son avancement & une admiration secrette des vertus qu'il voyoit en elle. Elle s'est toujours regardée comme la dernière de la maison ; & elle obtint de ses Supérieures , qu'on ae lui servirait au Réfectoire que les restes des Sœurs , & qu'elle n'iroit jamais au Parloir , non pas même pour les personnes de ía famille.

Elle a toujours eu un attrait si grand pour la XXVIII. prière, que M. Singlinqui fut son Confesseur S"11»» après l'éloignement de M. de saint Ciran , vouloir qu'elle lui rendît compte par écrit de sa méthode d'oraison. Rien n'est plus beau que l'aiinable simplicité, & de la Lettre qu'elle lui écrivit, & du détail de ce qui se passoit en elle dans ses prières. Un petit précis de tout cela ne déplaira pas au Lecteur. Elle dit que » quand M elle est a l'Eglife en oraison , elle ne prie pas

autrement que quand elle prie en marchant ndansla maison": qu'elle ne s'attache à aucun » sujet : qu'elle reçoit ce qui lui est donné : que «son oraison change selon ses dispositions do» minantes : que tantôt elle a une oraison d'in»yocaùou dç cri , tantôt une de gémisse

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