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derrière les autres, elle fut frappée d'une fecrerte estime pour elle ; & elle dit ensuite pat une espéce de pronostic , qu'aucune de ces filles ne demeureroit dans la maison , excepté la dernière. Elle prit l'habit un an après" son entrée , & fit profession Tannée suivante 1617. à lagede 18. ans. Sa conduite étoit telle que la Mere Angélique disoit , que c'étoit une vertu où l'on ne pouvoit trouver de défaut, de quelque côté qu'on la regardât. En 1611. l'Abbesse du Lys proche Melun ayant demandé à la Mere Angélique quelques - unes de ses Religieuses pour travailler à la Réforme de fa Maison , comme nous l'avons vu en son lieu, la Sœur des Anges fut choisie pour y aller en qualité de Maîtresse des Novices. Elle y passa trois ou uatre ans dans l'exercice d'une mortification, une pauvreté & d'une charité fans égale. Ce fut elle qui fut nommée par la Mere An» gélique à Madame de Longueville pour succéder dans l'Abbaye de Maubuìsson à la Dame de Soissons qui se mouroit. 11 est Vrái que la Mere qui l'avoit désigník à la Duchesse , par ce qu'elle lui étoit venue sur le champ dans l'efprità la première proposition que cette Dame • lui fit de lui donner un sujet , voulut cníuite revenir fur ses pas , & en présenta une autre: car elle auroit bien souhaite garder à P. R. une fille de ce mérite. Mais la Duchesse fans connoître ni l'une ni l'autre , dit qu'elle s'en tenoìt à la petite Maîtresse des Novices du Lys, & qu'elle n'en vouloir point d'autre. Tout ceci fe passoit dans le secret. La Sœur des Anges fut rappellée du Lys. Elle revint toute infirme; & la Mere fans lui faire connoître rien de ce qui se passoit, la mit dans les remèdes , pour rétablir fa santé. Cependant la Duchesse sollicita

en Cour, & obtint le brevet de Coadjutoretfc pour la Sœur. II ne servit point, parce que Madame de Soissons étant morte , il fallut avoir un Brevet, non plus de Coadjutrice, mais d'Abbesse. Lorsque la Sœur se trouva mieux , la Mere Angélique lui déclara le dessein qu'or* avoit sur elle. La surprise sut extrême : mais comme elle avoit l'heureuse habitude de retenir tous ses mouvemens au-dedans d'elle-même , elle reçut cette annonce avec une modération qui auroit passé dans une autre pour indifférence ou pour suffisance. Elle demanda seulement" si ion voeu d'obéissance l'obligeoie en cette rencontre. On lui dit que non; mais .qu'il paroisioit néanmoins que c'étoit la volonté de Dieu qu'elle acceptât. Elle se rendit, mais non fans verser beaucoup de larmes. Cette abondance de larmes lui donna bientôt dit icrupulc : elle craignoit que cela ne fût contraire à la parfaite soumission due à la volonté de Dieu, ou que ce n'eut été une démonítration trop marquée & trop apparente d'humilité. Auílî au prochain Cnapit» , elle ne manqua pas de s'accuser d'avoir trop pleuré dans une 011 deux occasions, m "LaMere des Anges partit en Janvier 1617. Son entrée pour Maubuisson , accompagnée de la Mere à Maubuisson Agnès qui y demeura six mois, & de huit autres àì âge de 17. Re]jpieufes Aa nombre de celles que la Mere -ans. . «. . c . , 1 ,

Angélique avoit autrerois amenées de Man

buiííòn a P. R. lors.de son retour. La Mere Angélique lui donna , lorsqu'elle partit, les avis, luivans, qu'elle observa toujours très-ponctuellement.

i°. D'être fort charitable envers les pauvres; de faire beaucoup d'aumônes , parce que les richesses de cette grande Abbaye ne lui ont été «tonnées que pour assister les pauvres.

l*.'De recevoir les filles pour rien , & de n'en refuser aucune de celles qui auroient une bonne vocation.

De ne pas s'engager avec les Religieux de Pontoise, tant Jésuites que Capucins , de ne les pas laisser convtrsêr avec les Religieuses.

4°. D'aller trois fois le jour, autant qu'elle le pourroit, devant le saint Sacrement , pour s'offrir à Jesus-Christ , & recevoir de lui les grâces dont elle avoit besoin pour faire sa charge selon Dieu & pour l'avancement des ames.

La Merc des Anges arriva à Maubuisson toute malade, tant à cause de l'impreffion que saisoit sur tout son corps la peine extrême od éroit son ame , que parce qu'elle n'étoit pas encore bien remise de ses indispositions précédentes : ce qni méme l'avoit obligé de se faire amener en litière. Ainsi on fut contraint de la mettre au lit dès qu'elle fut arrivée. Cela fit parler beaucoup dans la maison , où on n'étoit déja pas trop prévenu en fa faveur , par les menées des Confesseurs & Chapelains Bernardins qui n'aimoient point du tout la Réforme de P. R.

La maison étoit alors dans un pitoyable état j &letemporel & le spirituel étoit sort dérangé. La défunte Abbesse en cinq ans avoit endetté le Couvent de 74000. liv. II n'y avoit nulle provision, ni petite ni grande, non pas même de chandelles : charrues , bestiaux , tout étoit engagé ou vendu. On devoir à } 3. petits particuliers , Boulangers , Cordonniers , Bouchers, Bourreliers, Pâtissiers, &c. Tous les revenus n'étoient affermésque 18000. liv. avec un pot de vin de 1 c 6oo. liv. qui avoit été délivré au Médecin de Madame l'Abbesse. Les anciennej faisoient leur petit ménage à part, ayant bien

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tôt perdu le peu de régularité que la Mere Angélique leur avoit inspiré. Pour le spirituel, on en peut juger par cette conduite des anciennes , & par l'éducation qu'on avoic donnée aux douze filles reçues par Madame de Soissons pour la Religion. HJes n'avoíent été formées qua une piété molle & agréable aux sens ; chanter beaucoup de musique, & faire perpétuellement ta cour à Madame. Celle-ci d'ailleurs avoit da bon ; vivant assez austérement, mais dépourvue de tout ce qu'il falloit pour faire une Supérieure utile pour le vrai bien.

La Mere des Anges à la vue d'un tel dérangement , s'arme d'une grande confiance en Dieu , & d'un eíprír de résolution & de patience pour tout ce qu'elle auroit à souffrir. Ç'a toujours été-là proprement íe fond de ía vertu , un regard perpétuel de Dieu , & une indifférence totale pour les mépris des hommes. Le Religieux Confesseur íe la Maison avoit pris le* devants pour soulever toutes les anciennes contre la nouvelle Abbesse , jusqu'à leur conseiller, quand ses Bulles seroient venues de Rome , de ne pas lui rendre leurs reconnoissances, c'est-àdire, de ne lui pas promettre obéissance, & de ne pas remettre enrre Ces mains leurs obédiences, ou offices. La Mere des Anges jugea qu'il falloit commencer par renvoyer les filles que la dernière Abbesse avoit admises à la Probation: parce que la plûpart n'avoient nulle vocation , & que plusieurs même ne demandoient pas mieux que de se retirer. Elle en renvoya six, étant appuyée de l'autorité de Madame de Longueville. Six restèrent & devinrent bonnes Religieuses.

Le second pas qu'elle fit pour préparer les voiesàla Réforme , fut de travailler a gagnci les Anciennes par une grande douceur & par tou- vérer des ante forte de prévenance. Elle les assistoit dans tous pennes. Elle leurs besoins : elle leur parloit avec une bonté & "j unecordialité qui les pénétrait .• elle les ame-gUeurt noità avouer elles-mêmes leurs fautes ;& pour les y enhardir, elle leur difoit elle-même les fautes qu'elle faifoit. 11 est vrai que Dieu lui avoit donné dans un dégré éminent ce don singulier de toucher & de gagner les cœurs. Elle parloit toujours raison aux gens. Lorsqu'elle reprenoit de quelque saute , elle avoit une grande attention à ne jamais I'éxaggerer : elle évitoit auísi avec foin tout ce qui auroit eu la moindre apparence de détour & de finesse , & feconduifoit avec une entière simplicité. C'est ce qui écartoit des esprits toute défiance & tout mécontentement. Elle avoit encore une autre eicellente qualité : elle aimoit passionnément a consoler les personnes affligées: quand elle sçavoit quelqu'un en peine , elle ne se seroit pas couchée qu'elle ne lui eût parlé : & quand elleremarquoit qu'une remontrance faite á une Sœur l'avoit un peu aigrie & troublée , elle faifoit suivre de près la consolation , &y revenoit encore après coup _, n'étant pas contente qu'elle n'eut remis la paix dans l'ame de la períonne. Ce caractère si aimable lui avoit acquis une

intraitable. Elle la fit enfermer dans un bâtiment des anciennes , 8c la tint six semaines en

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