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Xin. Cette vertueuse Abbesse toute occupée qu'elle Les Solitai- étoit à assister les pauvres dans ce tems d'aílarfoEt la me , ne négligeoit pas de pourvoir à la sûreté èeUnS! de fa maiíon. Elle avoir prié les Messieurs qui 'étoient retirés à la maison des Granges de descendre en bas , & de se loger dans les bâtìmens du dehors du Monastère. Plusieurs d'entr'eux n'étoìent pas apprentifs au fait de la guérie , ayant été autrefois dans le service , & ayant donné des preuves de valeur. Ces Mesíîeurs firent réparer les murs aux endroits où il en étoit besoin , & les mirent en bon état > ïls faifoient le garde autour de la maison avec une vigilance continuelle. Pour plus grande précaution , elle s'avisa de faire demander à M. le Prince qui commandent les troupes du Roi dans la première guerre de Paris, la permission de faire porter une casaque de ses gardes à un de ces Messieurs qu'on lui nomma , & qui étoit cn effet connu dê íón Altesse , bien assurée que cela tiendroit en respect les Officiers ou les soldats qui auroient quelque mauvais dessein fur la maison, & qui en approcheroient pour user de violence. La précaution fit sor» ester. Ce Monsieur revêtu de la casaque fut un jour averti que quelques soldats étoient entrés aux Granges & commençoient à piller le logis : il y monta , parla d'un ton d'autorité & de menaces à ces pillards , qui eurent peur, voyant son habit, & se retirèrent après lui avoir fait de très-humbles excuses. Un autre moyen dont elle se servit pour mettre à couvert sa maison, fut de se concilier le cœur des Officiers qui battoient la campagne, dans les occasions occurrentes. Ayant appris que quelques-uns de ces gens de guerre étoient demeurés malades auprès de P. R. elle leur envoyoit du bouilIon, des remèdes , & tout ce qu'elle pouvoic pour leur soulagement, ce qui lui acquit leur estime & leur vénération.

La maison de Paris étoit encore plus exposée que celle des Champs. Comme elle étoit ntuée à l'extrémité d'un Fauxbourg , elle se trouvoit continuellement environnée de gens de guerre; & d'ailleurs i! lui étoit très-difficile d'avoir des vivres de la Ville. La Mere Angélique avoir pensé à faire venir aux Champs toutes les sœurs de Paris, la maison des Champs étant bien gardée, & de plus assez bien approvisionnée des choses les plus nécessaires à la vie. Dans cette vue elle fît travailler à beaucoup de paillaíles pour préparer à toute cette Communauté de quoi coucher. Mais elle changea de dessein , parce qu'elle comprit le danger qu'il y auroit lui la route pour des Religieuses qui seroient en chemin , à cause des partis qui couroient de côté & d'autre. On trouva un autre expédient, qui étoit de faire entrer les Religieuses dans la Ville. M. de Berniéres Maître des Requêtes offrit une maison à lui appartenante 0 située proche saint André-des-Arts : & fur lavis de M. Singlin on l'accepta.

Les Religieuses sortirent donc le ix. Jan- XIV. vier 1649. au nombre de trente , la Mere Agnès LesReligieu

à la tête. On laissa dans le Couvent les plus sfs ?e,p- R-de A / / , . ri T ns refu

agees , comme ecant les moins expolees. La gjclK dans la

Mere Marie-des-Anges ci-devant Abbesse de ville proche Maubuisson , & la sœur Eugénie de l'Incarna- saint André tion Arnaud , y demeurèrent pour conduire les dIS Attssœurs. La Communauté se mit en marche accompagnée de Messieurs de Berniéres & le Nain revêtus de leurs robes de magistrature , afin que leur présence imposât à la populace du fauxbourg, qui la veille n'avoit pas voulu laisr

fer partir les Religieuses. Cette marche se fît dans un grand silence: La plupart des sœurs ne favoient pas même où on les menoit. En attendant qu'on eut porté quelques meubles à la maison que M. de Berniéres leur prêtoit, il les mena chez lui. Elles y pasterent tout le jour , y faisant tous leurs exercices austì régulièrement qu'il leur étoit possible , disant leur Office toutes ensemble , & faisant leur assistance , c'est-à-dire, l'adoration du saint Sacrement les unes après les autres dans le cabinet de Madame de Berniéres : le reste du tems fut employé à faire des ouvrages pour les pauvres que la Dame leur donna. On les conduisit le soir à leur maison. La Mere Agnès y amena deux Demoiselles pour assister les sœurs dans les besoins occurrens , & pour recevoir les personnes séculières qui venoient à cette maison. On les mit dans une chambre séparée des Religieuses qui étoient en clôture. On avoit fait mettre une grille à un petit cabinet qui fervoit de Parloir. Le lendemain de l'entrée dans cette maison , on demanda permission au Curé de saint André d'y faire célébrer la Messe. II l'accorda, & la Mere Agnès fit tapisser une sale ou l'on dressa un autel. On y disoit une Messe tous les jours , & les jours de Dimanche & de Fête on'y en disoit deux.

La régularité se soutint dans cette maison , aussi-bien que si pn avoit été fort à son aise dans un monastère ; & l'incommodité qu'on trouvoit en bien des façons dans cette maison étrangère , ne setvit qu'à faire croître dans plusieurs l'csprit de la mortification chrétienne. Elles étoient couchées quatorze dans une grande chambre , huit dans une autre , & le reste à proportion. Les lits étoient si pressés qu'il u'j avoit qu'une très-petite ruelle entre deux , qui leur íêrvoit de cellule, & où elles étoient dans un aussi grand silence, que si elles avoient été dans les cellules de leur monastère. Elles avoient les unes une paillasse, les autres un matelas fur deux ais. Elles furent particulièrement fort incommodées du froid qui étoit grand,& on avoit beaucoup de difficulté à avoir au bois. Pour les besoins de la vie elles eurent aussi à souffrir. La Mère Angélique leurenvoyoit des Champs autant qu'elle le pouvoit, des provisions de farine , de viande , de fruit, &c. & Messieurs les Solitaires efcortoient ces convois avec une charité qui leur faisoit mépriser tous les périls. Cependant ces envois ne pouvoientpas toujours íc faire aufli abondamment que la nécessité le requérait. Mais les sœurs fçavoient íë passer de peu ; & elles ne se faisoient pas pour cela aucune peine de recevoir à dîner beaucoup de Religieuses étrangères réfugiées à Paris dans leurs familles, qui venoient passer la journée avec les filles de P. R. fur-tout les Dimanches & les Fêtes , (bit pour s'édifier de leurs exemples , soit pour consulter la Mere Agnès, soit pour entendre les prédications de M. Singlin. C'étoitun vrai pere qui ne manquoit point au besoin. U alloit & venoit d'une maison à l'autre pour instruire ses filles & les consoler. II eouchoit à la maison du Fauxbourg , & veilkiità tous les accidens qui pouvoient survenir. II avoit l'oeil à ce que l'on fit continuellement la garde autour de la maison , pour la mettre à couvert, & faire transporter ailleurs celles qui y demeuraient en cas d'attaque. II faisoit austi assez souvent des voyages à P. R. des Champs. Sous la conduite d'un tel homme , le bien te soutint toujours dans la Communauté quoique partagée. L'Office se faisoit régulié'tement des deux côtés , & au Faubourg & au quartier'de saint André. Les Matines même le disoient à deux heures de nuit , comme à

l'ordinaire.

xv- Cette première guerre étant finie , les ReAprésla pre- J;gjeufes je parjs retournèrent à leur maison l^Mcfe^rc- ^u Fauxbourg le j. Mars de la même année çoit à P. R. 1649. & dans la maison des Champs toutes plusieurs ÍU \es personnes étrangères qui s'y étoient resilligieuses^ c- gi^es> retournèrent cnacune chez foi,laissant la les"aggtégc à Mere Angélique libtc pour remettre toutes cho la Commu- ses dans le premier état, & pour vaquer plus oiuié. assidûment à la conduite des ames. Car outre le zèle dont elle étoit animée pour la sanctification de ses filles, elle avoir d'ailleurs un rare talent pour gagner toute forte de personnes, pour les persuader , & même pour les connoître mieux souvent qu'elles ne se connoisA soient elles-mêmes.

Quelque tems après la fin de la guerre plusieurs des Religieuses qui étoient sorties de leur Couvent, & qui avoient entendu parler de P. R. & de la charité de la Mere Angélique , la firent prier de les recevoir ; les unes, parce qu'elles déíïroient d'embrasser une vie plus réformée; les autres , parce que leur Couvent de profession n'avoit plus de' quoi subsister. La Mere n'en refusa aucune : elle les distribua dans les deux maisons , & les traita toujours comme ses propres filles. Car fa charité étoit vraiment catholique & universelle; & elle ne vouloit point qu'on fît distinction d'égards entre les Religieuses de différens Ordres. Elle ne

Iiouvoit souffrir ces petites préférences de jaousie qui sont si communes parmi les personnes Religieuses, les unes relevant leur Ordre

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