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Comme plus ancien, les autres se glorifiant de ce qu'il est plus austère. Elle disoit » qu'elle » étoit de l'Ordre de tqus les Saints , éc que >» tous les Saints étoient de son Ordre. » C'est cette même charité universelle & impartiale , qui la rendoit sensible à tous les désordres qu'elle apprenoit de quelques Couvens, soit pour le spirituel , soit pour le temporel} & tant que la guerre a duré , elle faisoit réciter tous les jours à fa Communauté une prière à sainte Agnès , pour demander à Dieu par l'interceflìon de cette Sainte qu'il protégeât toutes les personnes qui s'étoient consacrées à lui, & qui étoient exposées à de si grands périls.

Dans l'intervalle entre la première guerre de xv1. Paris , & la seconde qui fut de deux ans , il w yf?.

'. * . . . ' Madelame

arriva quelques morts & quelques événemens christine Arà P. R. dont je vais rendre compte. Madelai- naud ìeeur de ne-Christine Arnaud, la plus Jeune des filles de1* Mere. AM. Arnaud , mourut à la maison du Fáuxbourg au commencement de Tannée 1649. Elle édifia beaucoup fes sœurs par fa patience , ou plûtôt par fa grande joie dans un état d'infirmité habituelle qui la faisoit étrangement souffrir, 8c la rendoit incapable d'agir & de s'appliquer à aucune chose même extérieure. Elle ne faisoit autre chose que prier , & elle disoit: » Nesuis» je pns bien heureuse , & Dieu ne me fait-il » pas beaucoup de grâce de ce que je ne fuis » pas un moment fans souffrir dans le corps 35 ou dans l'efprit? » Elle avoit de plus une si grande horreur du péché , qu'elle ne craignoit rien autre chose au monde , que la plus légère impatience qui lui échappoit, la jettoit dans des regrets & dans des pleurs qui auroient suffi pour expier les plus grands crimes. La Mere Angélique racontoit volontiers & avec

complaisance la maniéré dont Dieu avoir ap* pelle à son service sa petite sœur Madelon. Elle croyoit y voir quelque chose qui tenoit du merveilleux : voici cc que c'est en peu de mots.

La Mere Angélique ayant passé chez ses païens en allant à Maubulsson , y vit la petite Madelon qui étoit fort mondaine. Comme elle lui proposa de venir avec elle pour être Religieuse, la petite lui répondit hardiment qu'elle ne vouloit point être Religieuse , mais qu'elle vouloit être mariée. II arriva que Madame Arnaud conduisant sa fille Angélique à Maubuiilon y mena avec elle pour l'accompagner la. gouvernante de la petite Madelon. Cette fille témoigna à la Mere Angélique qu'elle auroit grande envie d'être Religieuse. La Mere le lui promit, pourvu qu'elle priât bien Dieu pour sa soeur Madelon , & qu'elle lâchât de lui inspirer le mépris du monde. Cette fille se mit ea prière dèsle jour même à Maubuisson : & l'oa íçut dans la fuite que lanuitmême quisuivit , la petite Madelon qui étoit restée à Paris, eux une vision. Elle vit sainte Madeleine sa patrone qui l'appelloit dans son déíèrt. S'étant éveillée iur le champ , elle dit à la personne qui couchoit auprès d'elle, qu'elle vouloit être Religieuse , qu'elle le seroitabsolument ; & depuis ce moment elle ne cessoit de le répéter; enserre que la famille ne faifoit qu'en rire. Ccr

Íiendant l'enfant a toujours persévéré dans á résolution & danssondire. Eneffetelle est devenue Religieuse à P. R. avec ses autres w soeurs. MortdeM. L'année suivante 165o. la Mere Angélique le Maître de revint de P. R. des Champs à la maison de Sericouit, ne-Paris. Elle arriva poui vok mourir Con neveu M. Ie Maître de Sericourt. C'étoit un des frères vtu de fa Mede l'Avocat, qui étant dans le service & ayant re; & de M. sçu la retraite édifiante de son frère , en fut si je ^éd£" touché, qu'il quitta les armes aussitôt que la ^ çhjnJjj/ Campagne fut finie, & se joignit à son frère pour être Solitaire comme lui à P. R. II n'avoir alors que 16. ans. Après plusieurs années passées dans les exercices de la pénitence & de la piété la plus fervente, il lui vint une pensée de se faire Chartreux. Le désir d'une plus grande per- ■ section , & surtout d'une solitude plus entière , la lui fit naître. Cette pensée ne le quitta point pendant tout le tems qu'il prit pour la délibération , & l'occupa enfin n fortement qu'il ne put s'empêcher d'en faire l'ouverture à son frère. Quelque douloureuse que parut à l'un & à l'autre la séparation réciproque , l'esprit de foi qui les animoit, l'emporta. M. le Maître lui conseilla de suivre son dessein : & Tayaut adressé pour le conseil à M. Singlin & à M. de Barcos , ces deux Messieurs furent aussi tous deux d'avis qu'il exécutât son pieux dessein. On l'enToya au Prieur de Bourg-Fontaine qui le reçut avec grande joie. II y passa quelque tems pour faire T'essai de la vie de l'Ordre. Etant ensuite revenu à Paris pour mettre ordre à ses affaires » il reçut une lettre du P. Prieur , qui lui marquoit de ne pas revenir à Bourg-Fontaine fans un nouvel ordre. On entendit ce que cela lignifioit. La politique avoit intimidé les Chartreux à cause du Jansénisme qu'on commençoit à mettre sur le compte de Messieurs de P. R. Quoique cette décision de la Providence fut bien contraire à ses désirs , il la reçut aussi tranquillement que s*îl n'avoit jamais eu aucune envie de se faire Religieux: & il rentra dans fa solitude & dans la compagnie de M.

le Maître son frère. Mais fe Voyant frustré d'ufl côté, il se dédommagea de l'autre ; il reprit la pénitence avec une nouvelle ardeur, & il tâchoit en même-tems de n'être point inutile au prochain. Ilprêtoit fa plume à M. Arnaud son oncle & aux autres Théologiens pour copier leurs ouvrages , & íes mains aux Religieuses pour faire les foins , scier les bleds, cueillir les fruits. II poussa si loin ses austérités & ses travaux , qu'en peu de tems il fut épuisé. 11 tomba malade , & assisté de son frère M. de Saci nouvellement Prêtte, il consomma son sacrifice le 4. Octobre I6jo. âgé de 3 9. ans.

La même année 1650. mourut M. Pallu Médecin de la maison des Champs. II étoìt Docteur de la Faculté de Paris , & Médecin de M. le Comte de Soissons. II est le premier qui fut touché par le livre de la fréquente Communion , qu'il trouva aux eaux de Forges entre les mains d'un particulier. II vint à Paris, & se retira à P. R. des Champs pour y faire un renouvellement de quelques jours. II y fut plus qu'il ne pensoit ; car il y est toujours resté. 11 se consacra à la retraite, à la pénitence & au service de la maison & des pauvres dans fa profession. II a fait de grandes largesses au Monastère. II a employé 1000. liv. pour bâtir le petit Pallu j il a ençore fait construire quelques petits logis. II a fait présent aux Solitaires de la Bibliothèque des Pères & d'autres Livres pourla somme de )8o. liv. Déplus il donna 6000. liv. au Couvent pour y faire entretenir une de ses petites nièces. II fit en mourant M. Singlin légataire de ses meubles. II fut très-regretté à fa mort, xvin. Madame le Maître devenue Religieuse sous Mou de Ma- le nom de sœur Catherine de saint Jean, offrit

a Dieu la mort de M. de Sericouft son fils avec ^imt ]e {. une grande résignation. La nature cependant tre Religieuse cn reçut un Coup qui joint à des infirmités ha- sous le nom bitueíles la mena au tombeau trois mois après ^s Catherine son fils. Elle mourut le xi. Janvier i6fi. Sa vie est assurément une des plus belles vies de mariage'aveç P. R. & elle mérite bien detre rapportée avec M. le Maître, quelque étendue. Elle étoit la fille ainée de M. Arnaud , & se nommoit Catherine. En qualité d'aînée dé la maison , elle fut destinée toute petite pour le mariage, comme ses deux sœurs cadettes Angélique & Agnès pour le Couvent: quoique la première eût beaucoup de répugnante pour le mariage, & les deux autres peu d'inclination pour la vie Religieuse. C'étoit l'ufage ou plutôt l'abus de ce siècle que les familles fans consulter la vocation des enfans, cn dispofoient à leur gré pour l'état de leur vie. Ces trois filles auroient été bien malheureuses chacune dans fa condition , si la divine Providence n'avoit réparé cette destination téméraire ; celle-ci ayant conçu dans la fuite un grand goût

Îiourla vie Religieuse, & la première ayant eu e bonheur d'entrer dans le Cloître suivant son attrait lorsqu'elle fut veuve.

La jeune Catherine dès l'âge de dix ans gouvernoit le ménage de son pere; sa merc lui trouvant beaucoup a intelligence pour ces sortes des choses , & voulant la former de bonne heure à être une bonne mere de famille. A l'âge de treize ans on pensa à la marier à M. le Maître. Sa répugnance rompit cette première fois les vues de ses parens. Ce M. le Maître devenu veuf en peu de tems se présenta de nouveau pour épouset la fille de M. Arnaud. Elle n'avoit que quinze ans. Comme c'étoit un parti fort ceauaérable, car M. le Maître écoit Maître

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