Images de page
PDF

des Requêtes, riche de cent mille écus, fa fa>mille s'y porta volontiers, & la Demoiselle crut ne devoir pas contrister ses parens. Ainsi par pure considération pour leur volonté elle consentit au mariage. On fut bien trompé dans certe affaire. M. le Maître étoit un homme trcs-vicieux , fans religion , dissipateur & fore mauvais mari. Tout le public le íavoit : M. Arnaud lui íéul l'rgnoroit. Dès la seconde année de mariage il fit sentir à fa femme ce qu'il étoit; ta traitant dans le particulier avec indignité » pendant qu'au dehors il affectoìt de bonnes manières à son égard. Madame le Maître souffrit en silence & avec une'vertu héroïque ces mauvais traitemenspendant un nombre d'années, & fa famille n'en auroit jamais rien íçu, fans une maladieconsidéráble qui fuL îltrvrnt & jquí flir cause que ses párens la prirent chez eu* pour la traiter. Etant interrogée, elle ne put cacher l'état des choses; & tout examiné , on trouva qu'il y avoit plus qu'il ne falloit pour demander er» justice la séparation & de corps & de biens. M, Arnaud entreprit l'aíraire. Le Chancelier da Vair favorifoit M. le Maître qui s'étoit déclaré de la Religion prétendue Réformée , & pour qui le Syndic des Huguenots avoit présenté une Requêteau Chancelier. Le Magistrat avoit admis Sc scellé la Requête. Mais M. Arnaud ne S en effraya pas y & dit qu'il fauroit bien faire fondre la cire du Chancelier. II réussit 3 il ob» tint sept Arrêts en dix jours r & gagna tout ce qu'il demandoi; , d'avoir chez lui SC fa fille Si tous les enfans de íà fille. Sa charité Madame Le Maîtte, íeparée de son mari four le Cou- ne pensa plus qu'à bien élever fa petite favent de P. K. mille , & surtout cinq garçons qu'elle avoit j & pour Iss viYant dans la maison de son p exe soit rcti*ée , & dans une grande piété. Elle fréquen« toit beaucoup P. R. dont fa Sœur Angélique étoit Abbesse: car la vie religieuse saiíoit toujours les délices de son cœur. Elle y don» noit des'exemples d'une rare humilité. Lors-» qu'elle allìstoit à TOffice divin , qu'elle aimoit beaucoup , elle n'entroit pas dans le Chœur des Religieuses, s'estimant indigne, comme femme mariée, de prendre place parmi des Vierges chrétiennes. Elle se rendit fort utile à la maison , d'abord par l'intelligence & l'adresse qu'elle avoir naturellement pour toutes choses. Ce fut elle qui conduisit les nouveaux bâtimens de P. R. de Paris, lorque la Mere Angélique les entreprit. Ce fut elle aussi qui préfiçja à l'arrangement de la maison du nouvel Institut du saint Sactement. La Mere Angélique se déchargeoit en bonne partie sur elle des foins du temporel du Couvent. II n'y avoit garde-malade qui l'entendìt comme elle. Audi se conrtituoit-elle la garde ordinaire de toutes les Sœurs infirmes; & s'il y avoit quelqu'un de la famille , ou quelque personne amie du dehors qui fùt malade , elle y couroit pour lui rendre service jour 5c nuit. Quand la Mere Angélique étoit obligée de s'absenter d'une des deux Maisons , elle difoit en s'en allant à fes Filles ; » Je vous laisse ma Sœur «Catherine pour mere de vos corps. «

Elle aidoit aussi beaucoup la maison de son bien : elle pourvoyoit avec une diligence singulière à tous les petits besoins , dont elle s'informoit avec foin , St souvent on ne fçavoic pas d'où les choies venoient: tant elle étoit attentive à cacher ses libéralités. Son amour pour les pauvres étoit fans égal. Ayant appris de M. Pailu, Médecin de P. R. l'extrême mi

[graphic]
[ocr errors]

)ô8 tíîStOlki

lere où étoit une pauvre femme accouchéê depuis quelque tems, qui n'âvoit point de laie pour allaiter son enfant, ni de moyen pour le faire nourrir, elle proposa à la Mere Angélique de faire apporter l'enfant & d'en prendre soin. Elle reçoit cet enfant dans un état pitoyable, couvert d'un méchant haillon de tapitlerie , le corps tout plein de gale; elle le nettoie elle-même, rhabille, le donne à Uae nourrice dont elie paie les mois. Une autre fois elle fe charge d'unè petite fille da voisinage, dont la mere étoit dans un grand besoin , quoique de bonne condition : elle la tient en pension chez une femme pendant pluíìeurs années , l'habille proprement & suivant fa condition; Sc l'enfant étant venu à mourir , elle lui fait faire un enterrement hofiH nête.

XX. Elle ctoít toujours prête à servir le prochain.

Service im-Délit fois en fa vie elle a bien voulu se liporcant ren- Vrer elle-même , pour ainsi dire, à la maison duàMadamedeMadamc la Duchesle de Longueville pour

de Longue- 'ul 'aire plainr: »a première rois, pour élever ville par Ma la petite Princesse sa fille: elle y demeura dame le Maî- près de trois ans, faisant violence à son inclinàtion, & sacrifiant la douceur de la retraitte à cette bonne œuvre. Elle se fit extrêmément aimer de tous les domestiques, pendant le séjour qu'elle fit à l'Hôtel, par son caractère serviable, & par les bons offices qu'elle rendoit à tout le monde. Elle revint une seconde sois chez la même Duchesse , pour l'assister dans une petite vérole dont elle fut attaquée étant grosse de trois mois. L'issue de cette maladie mérite d'être rapportée. Comme la mere étoit en grand danger, & qu'elle craignait beaucoup poux l'enfant qu'elle portoic,

elle setoit résolae à souffrir l'opération poui sauver son fruit > sacrifiant ainsi sa propre vie au salut éternel de l'çnfant. Madame Le Maître vint annoncer cc qui se pafloit à la Mere Angélique , se sentit pleine d'une certaine confiance en Dieu 5 étant en prière à ce sujet, elle dit à fa Soeur de prier la Duchesse de mettre toute fa confiance en Dieu, & de ne pas hâter l'opération. La chose réussit: lâ DucheíTe accoucha heureusement ; l'ensant fut baptisé par l'Evêque de Langres, & vécut encore quelques heures après. La Duchesse n'a jamais dputé qu'elle ne fùt redevable d'un aussi grand bienfait de la divine Providence, aux prières de la Mere Angélique, $c de fa Sœur Madame Le Maître.

Madame Le Maître eut le bonheur de con- XXT. noître saint François de Sales , en même terris Elle se sait que sa Soeur Angélique se lia avec le saint Religieuse 4 Prélat: Elle fit comme elle un renouvellementp' ^" entre ses mains, & y ajouta un vœu de chasteté perpétuelle , du consentement dû saint Prélat, parce qu'elle étoit déja séparée de son mari juridiquement. Elle fit de même dans la fuite un renouvellement entre les mains de M. de Saint Ciran 5 & profita beaucoup de ceç deux conduites pour croître en vertu & en lumière. Tant que son mari vécut, elle ne put pas exécuter son bon désir pour la vie religieuse ; mais elle ne la perdit pas de vue penr aant vingt-deux ans què dura la séparation. Aussi dès qu'elle se vit libre par la mort de son mari, elle demanda l'habit, & entra au noviciat. Elle auroit bien souhaité, & elle le proposa en esfèt, qu'on ne la reçût qu'en qualité de Converse , conduite par ce rhême esprit d'humilité, qui la rabaissoit si fort à ses pip

pres yeux au-dessous des Vierges, parce qu'elle etoit une femme mariée. Elle faisoit de plus en cela un grand acte de mortification , parce qu'elle sacrifioit ainsi la grande satisfaction qu'elle goûtoit dans l'Office divin , dont il lui auroit fallu se passer, étant Converse. Mais on ne jugea point à propos de lui déférer en ce point. Les affaires de ses enfans demandèrent plus de rems quelle ne pensoit; . ainsi elle ne put pas faire fa profession après les deux ans de noviciat: elle ne la fit qu'en 1644. Elleavoit eu auparavant la consolation de voir trois de ses fils embrasser la plus haute piété , M. Le Maître l'Avocat, M. de Sacy, -qui devint ensuite aussi célèbre dans l'état Ecclésiastique que son frère l'avoit été dans le Barreau , & M. de Séricourt dont nous venons de rapporter la mort. Elle vit aussi les deux autres se donner au bien : l'un des deux , nommé Valmon , est mort à P. R. en i6$u & l'autre , nommé Saint Elme , a été marié , & a vécu chrétiennement dans ion état. Par fa Profession , Tordre de la nature se trouva comme renversé à son égard: sa mere, qui rfétoit Religieuse, devint sa sœur; ses soeurs,

Îiui étoient Supérieures, devinrent íês mères; on fils, Prêtre & Directeur de la Maison, devint son pere ;& ses autres fils Solitaires de P. R. devinrent ses frères. XXTT. Quand Madame Le Maître eut fait professes max»m« íîon , elle jwut à toutes les Sœurs se surpaslur la mur- ser elle-même en humilité , en charité , en «ificauua. cfprit <lc pénitence. Sur ce dernier article , je rapporterai une réflexion très - sensée & trèschrétienne , qu'elle faisoit souvent aux Sœurs, & qui est véiitablcmeíit une leçon très-utile aux Railleuses pour leur conduite. Llle leui

■ ''"v'' :•■

. .. ■ '.■ •» •

'■. ; '■> 'i *çjL

« PrécédentContinuer »