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étoit íì bien autorisé, le fond de sa doctrine ne l'étoit J>as moins : car il n'entendoit autre chose par cette proposition que deux veiné* que tous les Thomistes soutiennent, savoir r»'.' Que lá grâce efficace par elle-même eft nécessaire pour toútè bonne œuvre de la piété chrétienne; io. Que ' ceux qni ne sont pas le bien , n'ont pas réçu une grâce efficace pour Je faire. C'est ce que M. Arnaud exposa dans plusieurs excellens écrits qui se trouvent recueillis d-ans le Causa Arnaldina-. dans lesquels ir explique d'ailleurs comment le libre arbitre1 de l'-homme subsiste pleinernent a vec cette doctrine^ sans qu'elle porte préjudice au pouvoir très-réel' que l'homme conserve toujours pour faire , ce que cependant-il ne fait pas étant privé de cette grâce efficace, & pour ne pas faire ce qu'il fait étant mu par cerre même grâce.

La Sorbonne fur donc assemblée pour procéder à la censure de- ces deux propositions. La violence ■& la cabale conduisirent; toute cette aftaire. On norhma poiir'Cofnmissaires lésplus déclarés des ennemis- de M; Arnaud. Us eoramencérent leur rapport: le 1. Décembre 16^). Le Chancelier de France dévoué au parti contraire à M. Arnaud , affilia à routes les Assenv blées : démarche tout-à-fait insolite & inouïe. On vouloit par-là intimider les Docteurs qui auroient été favoràbles à M. Arnaud, & oter ainsi' la liberté des suffrages. Au lieu de deux , Dpcteurs seulerheftt de chacun des bua'treOrdres mendians , qui ont accoutumé d'opiner dans les Assemblées de la Faculté , selon les usages Sc les loix du Corps, on en fit venir de tous côtés au nombre au moins 'de quarante. Comme on étoit incommodé des bon nés raisons <ju'alíéguoìevitîes'Docteurs-amis de M.

Tome I. O

Arnaud, on y mit ordre par un procédé égâícment insolite. On fixa à une derni- heure Ic tems que chaque Docteur devoir parler. Malgré toutes ces» précautions , iLy eut 71. voix pour M.Arnaud. Les voix contraires ne montoienc qu'à un peu plus de la moitié des ópinans ;, ce qui íuftiibit pour e/npêçher que: la censure ne pallât, parce que , jsuiva#t les régies , une censure ne peut être faite , que de l'avis des deux tiers au moins de l'-Aflcuibíée. La censure cependant fut prononcée le dernier Jan

vier 1656. moyennant des infidélités qu'oa avoit faites en cplligçant les voix. Les deux

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fréter son ministère aux violences exercées contre P. R. On prévint la visite du Lieutenant Civil , Si on envoya les enfans en d'autres maisons voisines , aux Troux , au Chénet, &c. Les Solitaires se retirèrent chacun de leur côté. 11 en resta seulement quelques-uns qui avoient des emplois nécessaires. Ainsi le Commissaire de la Cour trouva le lieu vuide : mais il vit bien qu'on avoit enflé l'objet en Cour , & que le lieu ne pouvoit pas contenir autant de monde qu'on l'avoit publié , pour rendre cette maison suspecte. II fit subir un interrogatoire à la Mere Angélique, qui ne lui apprit rien. II ne faut pas manquer d'observer que pendant le Carême de cette année , 11, Jésuites prêchant dans Paris, furent comme n. tocsins qui ne cessèrent de retentir dans les chaires contre la maison de P. R. Quelque tems après M. d'Andilli obtint pour lui & pour son fils de Luzanci la permission de retourner à P. R. des Champs. Car il avoit été obligé comme les autres de se retirer , nonobstant toutes les supplications qu'il avoit faites tant à la Reine Met* qu'au Cardinal Mazarin, & toutes les sollicitations qu'il avoit employées à ce sujet auprès de la Cour. Ce qui fit dire dans ce temsla que M. d'Andilli avoit tenu plus ferme pour la défense de son désert, que les plus braves Gouverneurs ne peuvent faire pour conserver ies places qui leur font confiées. Tout ce qu'il avoit pu obtenir, c'étoit une promesse de la Cour , que son exil ne dureroit pas lòng-tems; k que le Roi souhaitoit seulement qu'il fît une absence passagère. Ainsi après avoir passé un mois chez un ami, il reçut de la Cour la permission de revenir à P. R. Les troubles étant ensuite un peu appaisés, les autres Solitaires y revinrent peu à peu. Q i

Miracles o- Pendant que les hommes se déchaînoìent ainsi, pítés par h contre P. R. Dieu se déclara en sa faveur par l'aiare tpine un grand nombre de miracles , dont plusieurs 4e p. R, furent attestés Sç confirmés par des autorités juridiques.

i. Le premier fut celui qui s'opéra fur Mademoiselle Perrier fille de M. Perrier , Conseiller à la Cour des Aydes de Clermont en Auvergne , nièce du célèbre M. Pascal, & pensionnaire de P. R. de Paris. Elle avoir alorsdix à onze ans. Depuis trois ans & demi son œil gauche étoit mangé d'une fistule lacrimalc de la grosseur d'une noisette , dont l'humeur maligne & sanieuse lui avoit carié l'os du nez & celui du palais, & lui tomboic dans Ja bouche. Cette humeur étoit si fétide & si puante , qu'on étoit contraint de la séparer des autres pensionnaires. On vouloir lui appliquer le feu , afin d'empêcher que le mal ne gagnât dayantage ; & on avoit écrit à M. son pere en Province , pour qu'il vînt assister à l'o-r pération. Mais une Religieuse ayant eu compassion de cet enfant, lui fit baiser une sainte Epine de la Couronne du Sauveur, qu'on avoit alors daps la maison. Elle y avoit été déposée depuis peu pour quelque tems par un Ecclésiastique de condition & de piété , nommé M. de la Porterie, frère du Doyen des Conseillers d'Etat, & grand-oncle des Mères Arnaud , auquel elle appartenoit. La jeune malade guérit subitement; lorsque le Chirurgien vint pour l'opération au jour qui avoit été pris pour la faire, il fut dans Je dernier étonnement de voir que l'œil malade n'existoit. plus, & qu'il étoit remplacé par un autre , austì sain que í'oeil droit. Le nez , le palais , la bouche le trouvèrent rétablis en leur état naturel, íàhs qu'il demeurât aucun vestige qu'il y eût eu jamais aucun mal. Le Chirurgien ayant rencontré en sortant le Médecin qui venoit à la maison, lui raconta la merveille: mais il ajouta qu'il ne falloit pas en faire de bruit, à cause de l'état des affaires du Couvent. II lui prit une fièvre violente au bout de quelques jours; & au troisième accès , il pensa que Dieu le puniflbit peut-être de sa lâcheté au sujet du miracle. La fièvre le quitta; & il se mit à publier à haute voix la merveille. Ce miracle, après avoir été attesté par six Médecins , M. Bouvard premier Médecin du Roi , les deux Mrs Renaudot, M. Hamon , & deux autres , Sc par cinq Chirurgiens, Cressé, Dalencé, Gaillard, Menard & Lelarge, fut publié par un Mandement du Grand-Vicaire du Cardinal de Retz , qui ordonna un jour de fête à P. R. en action de grâce. La fête fut célébrée avec grande solemnité. On fit l'Office de la sainte Couronne d'Epines , quoique ce fût le jour de S. Simon, S. Jude. Les Religieuses chantèrent la veille les premières Vêpres, la jeune Demoiselle y assistant parmi les Novices. Le lendemain le Grand Vicaire vint à P. R. pour chanter la Grand-Messe. Revêtu de ses ornemens, & accompagné de beaucoup d'Officiers , il alla prendre à «la grille des Religieuses le Reliquai-r re, qui y étoit placé fut un petit autel, & le potta fur un petit tabernacle qu'on avoit fait exprès. Le Reliquaire fut porte sous un daix , & dans la marche deux Acolytes l'encensoient continuellement. La Grand-Messe fat chantée avec une grande pompe. L'Eglisc étoit pleine de monde qui s'empressoit de voir la petite miraculée". Elle étoit placée près de la grille , à genoux sor deux gros carreaux, afin qu'elle fût

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