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Jes Religieuses. II commence par une espèce de procès-verbal des entreprises qu'on a faite} contre le Monastère depuis cjuatre ans ; visites du Lieutenant Civil ; expulsion des Postulantes , des Novices , des Pensionnaires ; destitution de M. Singlin Supérieur; éloignement it% Confesseurs & autres Ecclésiastiques attachés au service dç la maison ; intrusion de M. Bail en .qualité de Supérieur 5 nomination fajce par lu| de nouveaux Confesseurs ; impossibilité où on «voit été de trouver aucun Officier public qui eût voulu recevoir les plaintes & lès oppositions. Ensuite vient la profession de foi suivie de la déclaration que font les Religieuse? de leur parfaite soumission aux Bulles d'Innocent X. & d'Alexandre Vil. en ce qui concerne la foi, protestant que ce n'est point par aucun esprit de désobéissance qu'elles refusent d'y souscrire quant au fait, majs pour les raisons qu'elles ont déduites dans l'Acte capitulaire du 5. Juillet, présenté à M. l'Aichevêque par M. Champagne 5 & en .outre, parce que la déclaration du Roi. qui prdpnne la signature d'un Formulaire , ne parlé & ne fait aucune mention des Religieuses. Elles articulent ici pour leur justification tous íes témoignages avantageux (qu'elles ont reçus en toute occasion de tous leurs Supérieurs tant fur l'intégrité de leur foi, que fur leur conduite irréprochable en tout point ; la censure du P. Brisacier par Jeanfrançois de Gondi Archevêque de Paris , 1641. les actes de visite en 1654. de M. du Sauflai, íalors Officiai, & depuis Evêque de Toul; en 1661. des Grands-Vicaires du Cardinal de Rets, Archevêque de Paris, assistés de M. Bail, dans lequel Acte est confirmée l'Ordonnance de vijfite de M. Singlin, 1657. enfin celle de la. présente année 1664. de M. de Péréfîxe Archevêque de Paris , dans laquelle il donne acte aux Religieuses qu'il n'a rien trouvé à reprendre chez elles , si ce n'est feulement qu'elles refusent de signer son Formulaire. Elles offrent de nouveau de signer la Formule qu'elles ont présentée à M. l'Archevêque dans î'acte du y. Juillet. L'acte finit par les protestations & oppositions qu'elles font par avance à toutes les ordonnances & jussions qui leut seroient signifiées , pour leur séparation en tout ou en partie; pour leur expulsion du Monastère; pour ^introduction de Religieuses étrangères ; pour les nominations d'Abbesse & Officières par voie d'autorité 5 pour les réceptions de filles au noviciat & à la profession dans le tems de la dispersion. Enfin elles protestent de nullité contre tous les actes qu'on pourroit leur faire faire a elles-mêmes par séduction ou par contrainte pendant le tems de leur éloignement 6c captivité : & elles constituent un Procureur en blanc à qui elles donnent pouvoir de faire en leur nom tous les actes qu'il conviendra.

L'Archevêque fut malade assez considérable- xr. jnent dans cet intervalle , & les Religieuses fi-. Seconde vítent une neuvaine pour fa santé. Lorsqu'il fut p^éfix/à v rétabli , il pensa à revenkà P. R. Le 11. Août R. U interdi t il s'y transporta à midi & demi, & fit assem- les Religìeublet toute la Communauté. Le discours qu'ilscs des Saaeleur adressa ne fut ni long ni gracieux. II com- me'lsmença par des reproches très-durs fur la prétendue opiniâtreté , & il finit par un commandement absolu sous peine de désobéissance de signer le Formulaire tel qu'il étoit. II mit en œuvre un argument tout neuf pour les persuader; apparemment il l'avoit réservé pour le dernier assaut. Voici à quoi il se réduit: 33 Vouâ

»» ne condamnez pas, dit-il, ceux qui signent If Formulaire ; car vous m'avez dit que vous ne » jugiez ni ne condamniez personne. Si vous •> ne les condamnez point, vous croyez donï ?> qu'ils ne font point mal. Vous ne ferez donc « point mal vous-mêmes en faisant ce que vous

ne croyez pas mal fait dans les autres. *> Le? Religieuses sentirent le piège, & ne s'y laissèrent pas prendre. II est bien vrai qu'elles ne vouloient pas condamner ceux qui signent \ mais il ne s'enfuit pas qu'elles les approuvassent , encore moins qu'elles pussent signer ellesmêmes dans la disposition présente de leur conscience. En un mot elles condamnoient la signature , & sufpendoient leur jugement fui les personnes signantes.

L'Archevêque vit ensuite toutes les Religieuses en particulier, pour leur demander l'une après l'autre Jeur résolution. La Communauté demeura assemblée pendant ce tems-là , parce, que les Sœurs ne faiíoient qu'entrer & sortir, 8c dire au Prélat oui ou non. La Mere Agnès cependant entretenoit les Religieuses qui étoient dans fa chambre, & prioit avec elles. Ayant pris le nouveau Testament & l'ayant ouvert , elle tomba fur ces paroles : Htc est hora vejlra, !& f otestas tenebrarum , c'est- maintenant votrt heure 6" la puijjance des ténèbres : par où l'on comprit que les grands coups alloient être ,frappés. LrArchevêque rappella la Communauté , & d'un ron irrité il déclara toutes les Religieuses rébelles à l'Eglife , & comme telles , jndignes de la participation des Sacremens; leur faisant défense de s'en approcher: llnefc souvenois pas qu'il avoit promis à M. Chamillard quelques semaines auparavant de n'envejair jamais à l'excommunication. Aussitôt qu'i^ tmf prononcé la sentence , il tourna le dos 84 sortit brusquement. Etant dehors il s'arrêra pour écouter à la porte. Il entendit les cris & les sanglots de ces pauvres filles : quelques-unes disoient qu'elles en appelloient au Tribunal de Jeíus-Christ; d'autres, que cette excommunication étoit nulle; n'étant revêtue d'aucune forme. L'Archcvêque rentra 8c dit avec une colère & une émotion terrible : *> Je vous défens d'a» voir communication avec aucune personne » du dehors; si vous me désobéissez y vous » verrez ce qui vous arrivera. Eh! Monsei» gneur, dit la Sœur Angélique , que peutil m nous arriver de pis que ce que vous venez de » faire en nous excommuniant? Une ancienne » ajouta: Nous ne pouvions manquer d'être n privée» des Sacremens , puisqu'on nous en M prive pour ne pas signer, & que nous nous en T> ferions privées nous-mêmes , si nous avions » signé ( comme ayant commis une-très-grande w faute. La Mere Abbesse ayánt voalu parler t »il nej voulut poinr l'écouter ; Taisez-vous , *>lui dit-il, vous n'êtes qu'une petite opiniâtre »> 8c une superbe , qui n'avez point d'esprit, & » vous mêlez de juger deí choses à quoi vous » n'entendez rien : vous n'êtes qu'une petite w painbêche, une petite sotte, une petite igno« rante qui ne fcávez ce que vous voulez dire* Sur ce que quelques Soeurs lui repréfentoienr, qu'il connoifloit lui-même leur innocence, ìl rlâcha ce mot cju'il a répété depuis tant de fais Oui , vous eus pures comme des Anges r mais orgueilleuses comme Lucifer.

II descendit en bas & trouva la Princesse de xri. Guiraenée qui saborda & lui témoigna la dou- Acte de proleur qu'elle avoit de la maniéré dont il traitoic teBation de» ces Religieuses j il n'eue d'autre réponse à lui ^'S16»1»

contre Tinter, foire , sinon qu'elles le méritoienc bien. Lesftei diction desSa. jj^jeufes étoient au Chœur qui \ réciroient le Mijerere & quelques autres prières entre-coupées de larmes & de soupirs. Elles eurent bien de la peine à dire Vêpres « tant elles étoienc saisies. Dès qu'elles les eurent finies , elle allèrent dresser un Acte de protestation contre ce qui venoit de se passer, & contre ce qui devoit s'ensuivre. Elles déclarent dans cet acte , que ce qui les détermine à le faire, c'est la nécessité indispensable dans laquelle elles font de prévenir le scandale qiie pourroient prendre de la Communauté les personnes qui ne sçauroient pas quel sujet on auroit de les traiter comme des Religieuses qui seroient dans les derniers déréglemens & dans les plus horribles désordres , pour lesquels on a coutume de supprimer des maisons de Religion. Elles racontent la déclaration précise que le Prélat lui-même , qui les traite avec tant de dureté, a faite dans son Ordonnance de visite duij. Juin , & cn d'autres rencontres , qu'il n'y avoit aucun reproche à leur faire, & que la feule chose qui leur manquoit étoit de signer le Formulaire ; qu'elles lui avoient offert de le signer dans une certaine forme,lui rendant cornp' te des peines de conscience qu'elles auroient de donner leur signature pure & simple ; qu'ainsi le crime unique qu'il prétend punir en elles, c'est trop de scrupule & de délicatesse de conscience. Elles prennent ensuite Dieu pour Ju^e entre l'Archevêque & elles de l'injustice quit commet envers cent pauvres Religieuses, en les arrachant du pied de l'autel , & leur interdisant 1c Sacrement de l'Eucharistie, à elles » qui s'étoìent consacrées par un Institut parti

culier à 1'adorcr jour 8c nuit. Enfin elles dé

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