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tìarent que quoiqu'elles mettent toute leur confiance en Dieu , & qu'elles n'attendent justice que de lui seul pour le présent, elles né laisseront pas, autant 8c aussitôt qu'elles le pourront , de íe poilrvoir par toutes les voies possibles & devant tous les Tribunaux où elles pourront avoir accès. L'Acte fut signé de toutes les Religieuses. Le lendemain il arriva un accident qui donna un avantage très-spécieux à la conduite de l'Archevêque. Le Saint Ciboire de la Suspension tomba, & les Hosties furent répandues. On compta la chose en Cour, & on prétendit reconnoître par-là que le Ciel autorisoit l'interdiétion des Sacrerríens prononcée par M. l'Archevêque. Pour rendre la chose plus sensible , on broda l'histolre , & on dit, ce ui étoit faux , que toutes les Hosties avoient té brisées en mille petits morceaux.

La Sœur Angélique de saint Jean écrivit à ^g,, Je|,, Mademoiselle de Vettus au sujet de la triste sœurAngéli* situation où elles étoient, pour en informer M. qUe de saint d'AIet qái prenoit tmé pârt singulière à l'affaire íe.in à M. de P.- R, «t ponr recommander à ses prières les fjAi,I^,Jjce6, pauvres brebis qui alloient être dispersées. ction Toute la lettre ne roule que íur la privation des Sacremens , qu'elle regarde comme un mal supérieur à toutes les rigueurs qu'on peut exercer envers elles. Mais elle déclare qu'elles 1c supporteront plutôt que de trahir leur conscience.» A Dieu ne glaise, dit-elle, qu'on nous rende son corps a condition de le crucifier de «ouveau dans notre cœur. Nous souffrirons plutôt , & par-là , comme notre saint Pere Bernard nous l'a appris, nous communierons

à son sang , en communiant à sa passion

Voilà donc , continue-t'elle, où nous en som>njes, c'eû-à-dire j au rang des petits chiens qui mangent des miettes qui tombent fous la tabS» de leurs Maîrres. Pour cette place on ne peut nous en chasser , & nous nous y mettrons avec le plus d'humilité cju'il nous est possible , er* nous prosternant toutes par terre aussi longtems que dure la Communion de la Melíeà laquelle nous assisterons en la même maniéré que le bon Larron au sacrifice de Jesus-Christ, par la part que nous avons à ses opprobres & % ses souffrances. »

Du 11. au 16. les préparatifs se firent tant sûr P. Pollr destiner des places dans divers Couven» à celles des Religieuses de P. R. qu'on devoit enlever, que pour íê pourvoir de Religieuses , étrangères qu'on devoit amener à P. R. pouf tenir Ta Communauté en Tabsence des Mères & des Officières dispersées. La Mere Eugénie Fontaine , de la Maison de la Visitation di» Fauxbourg saint Jacques, & la Mere la Fayette Religieuse de celle de Chaillot , furent le» principales. Celle-ci deux jours auparavant étant visitée par l'Evêque d'Amiens , recut de lui des avis de conduite pour le tems de son séjour à P. R. qui méritent d'être rapporté» pour ce qu'ils ont de naïf & de singulier. Il lui recommanda de beaucoup prier Dieu poui qu'il lui donnât les lumières dont elle avoic besoin : de traiter avec les Religieuses de P. R. avec une grande douceur ; de se mettre bien au fait des raisons qui les éloignoient de la signature; de se faire donner le Mémoirequi court dans le public fous leur nom , od ces raisons font expliquées ; & de prendre garde de quelle maniéré elle les porteroit à signer,parce que , dit-il, il est certain que si elles croient offenser Dieu en signant, elles pécheroient mortellement de le faire. II ajouta beaucoup de choles à la louange de Messieurs de P. R. & des Ecrits qu'ils a Voient fait depuis 14, ans ; déclarant que pour lui il n'étoit pas Janséniste, qu'il n'avoit jamais pu entrer dans leurs opinions touchant la grâce , qu'ils font Dieu trop sévéte i mais' qu'il entroit encore moins dans celles desJésuijesqui font Dieu comme un idiot. Lez j diimoison apprit àP. R. que M. l'Archevêque avoit été en Cour le 13. avec le Pere Annat, qu'il avoit dîné avec lui le 14. à la maison Professe où il avoit fait le Sacre de M. Abçlli Evêque deRhodez , & qu'il avoic ensuite, tenu un Conseil à l'Archevêché, que le i^. il étoit íorti en -caroííé de grand matin pour aller de Couvent en Couvent marquer les logis & retenir des , pjaces, pour les filles de P. R. On comprit que le tems étoit proche; & dans cette attente terrible la plupart passèrent la nuit en prières & en larmes devant le saint Sacrement & devant la sainte Epine qui étoit exposée dans le Chœur. Le lendemain matin 14. l'Assemblée sorina à l'heure ordinaire. LaMere Abbesse ne pouvant s'y trouver , la Prieure présida., & profita de l'occasion pour faire uneespéce d-'adieu à ses Sœurs , demanda pardon,'humblement de toutes les fautes qu'elle, avoit pU faire , &c íè recommanda à leurs prié-: rçs. La \4ere Abbesse vint ensuite à la Commua nauté , pour aviser a ce qu'il y auroitàsaire , & de quelle maniéré il saudroit protester contft çe qui arriveroit. A une heuse après midii Qstíp. rassembla r poiir se consoler & se sot tisier íéciproquement .dans la consternation où l'onétoit. On lisoit pour ce sujet plusieurs Lettres écíites par diverses personnesde mérite depuisItfcofnmencement de lá persécution. LaMeie-,

Aguèaiviat à, h. chambre commune , 8c fit La»

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cérémonie édifiante de demander auífi pardon à toutes les Sœurs des fautes qu'elle avoir pu faire envers elles ; elle les supplia de ne point ajouter foi aux bruits malicieux qu'on feroit courir peut-être dans la fuite fur son compte, comine lì elle avoit signé. XV. t Dans le moment on vint dire que M. M. de Pe- PArchevêquearrivoit avec sept ou huitcarosses. avec une es- »ut aIors une conlternation qui ne peut s excorte d'Ofli- primer. La Communauté íondoit en larmes; ciers de robeon n'entendoit que cris & que gémissemens» & troupe & Pen<*ant ^ue k Mere Abbesse defcendoit au d^Archers6 Parloir, ou elle étoit attendue par un Aumopour l'eniéve- nier de l'Archevêque , la Mere Agnès se retira nient de plu- dans la Tribune pour adorer Dieu. Elle y fut

''ieusei^''' ^u*v*e Par toutes í"es pauvres filles qui se jettégicu es. rent çm ejje pQUr pem],rafr;er ) ^ juj demander

fa bénédiction comme à leur Mere commune. Elle demeura ainsi pendant quelque tems environnée de tout ce troupeau désolé , consolant les unes par des discours pleins de foi, soutenant les autres par son air de tranquillité & de confiance , inspirant aux áurres par son silence un courage & une générosité parfaite. II y en cut une qui foi dit en l'embfassant , qu'elle n'avoit jamais pu se flater d'avoir accompli le fnot de ï'Evangile, Ecct nos reliquimus omnia 5 qu'il lui sembïoit qu'elle n'avoit rien laiísé, ayant eu l'avantage dé posséder à P. R. dans la personne des Mères au-delà de ce qu'elle auroit jamais pu espérer , mais qu'elle commençoit alors à respirer , puisque Dieu lui faisoit la grâce de quitter pour lui tout ce qu'elle avoit de plus cher.

L'Archevêque arriva donc fur les deux heures , suivi de sept ou huit carosses. Dans les premiers étoient l'Archevêque, M. Godin Ost fîcial, M. de la Bruneticre Grand-Vicaire , M. Chamillard & plusieurs autres Ecclésiastiques; dans les íuivans , le Lieutenant Civil, le Chevalier du Guet, le Prévôt de l'Isle, des Commissaires en robe; dans un autre quelques femmes pour accompagner les Religieuses qu'on devoir transférer; les derniers étoient vuides. L'Archevêque étoit dans son carosse en rochet & en camail, avec sa Croix Archiépiscopale arborée devant lui. II trouva la cour remplie d'Archers rangés en haie le mousquet sûr l'épaule , sans compter ceux qui s'étoient postés au coin des rues & à la porte de la maison. Les Exempts y étoient avec leurs Bâtons. C'étoit un spectacle très-singulier pour le public , de voir un Archevêque faire une telle entrée dans le Couvent le plus édifiant de son Diocè-' se : mais le spectacle étoit encore plus nouveau pour les Religieuses , qui voyoient par les fenêtres cette efpéce de camp militaire investir leur maison , & qui avoient vu toute la matinée des troupes de gens armés & en casaq ue roder autour du Monastère. A la descente du carosse , M. d'Andilli se jetta aux pieds du Prélat, disant qu'il étoit bien à plaindre d'avoir vécu soixante-seize ans , pour voir ce qu'il voyoit. A quoi l'Archevêque répondit que c'étoit la faute des Religieuses, qui le contraignoient par leur désobéissance à en agir ainsi. Ce bon Pere demanda en grâce à l'Archevêque d'avoir avec lui ses trois filles à Pomponne & la Mere Agnès fa soeur. Mais il fut refusé.

L'Archevêque entra dans l'Eglise , & après XVI. avoir fait fa prière , il passa dans l'intérieur fi^j^e,e de la maison , accompagné seulement des Ec- talog'ue tlésiastiques, & alla droit au Chapitre où l'on p^icrices

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