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seroit porter la tolérance trop loin que de l étendre à des choses préjudiciables au bon ordre 8c à la,discipline régulière , & que S. Paui avoir blâmé dans les Corinthiens une telle tolérance , lorsqu'il leur disoit comme par raillerie : Vous étés vous autres des figes du premier ordre;vousfupportez,tranquillement les vexations: des fous i vous vous laiflèz.. manger, piller, frapper au visage , &c. Le résultat fut , après quesques altercations un peu vives , qu'on consulterait au dehors. L'avis des Consultés fut plus pour la tolérance que pour la- résistance en ces sortes de choses, à causé des inconvéniens qui étoienr à craindre si on irritoit les persécu> leurs.

On avoit grande attention dans le cours de *xvir1,. , . , < ^ , r i Sa'elle 8c

la journée a ne pas entrer en dilcours avec ladisc,|tiorl jes

Mere Eugénie & (ès filles: on seprivoit même Religieuses à

pour cela de la récréation , c'est-à-dire de la cet égard,

conversation après le repas. On craignoit d'un

côté de fe lier trop avec une Supérieure qu'on

ne reconnoiisoit que forcément;&.de Tautre on

vouloit éviter les pièges que ces étrangères cher

choient à tendre aux Religieuses de la maison

pour tirer leurS' secrets, ou pour les séduire.

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craignoit de donner à l'Intruse trop de connoissance de ce qui se passoit , aussi bien que de la qualité des esprits , de la vertu & des défauts des sœurs. On avoit été déja prévenn du dessein qu'elle avoit, & on avoit consulté les amis du dehors à ce sujet. Ils furent d'avis qu'on acquiesçât en ce point à la Mcre Eur génie , sur le principe qu'il íalloit prudemment lui accorder tout dans les choses de moindre conséquence, afin d'être plus en droit de refufer&de tenir ferme dans les choses plus importantes. On consentit donc au Chapitre des coulpes. Au premier qui fut tenu , la fousPrieure dit tout haut à la Communauté assemblée : » Mes sœurs, la Mcre va tenir Chapitre, 3> mais c'est fans préjudice de nos-Appels & de » nos protestations.» Le spectacle sut très-lugubre. La vue de l'Intruse assise à la place de la> respectable Supérieure qui n'y étoìt plus, re~ nouvella toutes les douleurs-. Plusieurs avoient perdu la parole & ne pouvoient rien dire. D'autres commençoient leur coulpe & n'achevoient pas , parce que leurs larmes & leurs soupirs leur étouffoient la voix. Tout au reste fe passa doucement, & la Mere Eugénie ne difoit, rien fur les fautes dont on s'aceufoit.

C'étoit de fa part pure politique, pour ne pas fe rendre odieuse , & pouvoir plus aisément gagner les Religieuses. Car elle étoit naturellement impérieuse ^ & ses propres filles avoient •quelquefois à souffrir de sa roideur , comme fcs Religieuses de P. R. - en furenr témoins quelquefois. Déplus elle étoit peu fournie de discréiion dans les commandemens qu'ellefaifoit. Deux des filles Ste Marie qu'elle avoit amenées avec elle, avoient à peu près le même «atactére de hauteur & d'aigreur. Ce qui- joioe à un zèle sans science, qui ne connQÎt d'autre vertu que Tobéilsance aveugle, donnoit beaucoup a souffrir aux Religieuses de la maison. Celles-ci ne laissent pas dâns leurs Rélacions de rendre justice à l'amour de la régularité qui paroissoit dans ces trois filles de Ste Marie ;8c surtout aux bonnes qualités de deux autres qui étoient d'un caractère différent, Sc qui n'avoient point de mauvaises manières avec les soeurs de la maison.

C'étoient la Mere de la Sourdiere & la Me- xxix. re de Maupcou. La première avertilsoic se- Bon cœur de cretement les Religieuses de tout ce qu'elle pou- de"* ")« tilles

voit apprendre touchant leurs affaires, décla- sa,níí; aí.'e rr, ., r -i pour les Ren

iant qu elle n avoic aucune part aux conlens giellses de P. & aux desseins que prenoit la Mere Eugénie R.. Comtnunicontre elles. Elle étoit charmée de tout cequ'el- cations secrele voyoit dans la maison , en faisoic des com- tc.s *!e! Rc,i" plimens aux sœurs , ne pouvoir se lasser d'en- fejehors»"' tendre parler de la Mere. Agnès , porcoit toujours fur elle son Livre de la Religieuse parfaite & imparfaite , dont on lui avoit fait présent comme aux autres. La Mere de Maupeou étoit tante du célèbre M. Fouquet Surintendant des Finances. C'étoit une Dame très-édifìante , pleine de charité , remplie d'estimepour la maison , disant qu'en comparant son > Ordre avec celui-ci, à peine étoient-elles Religieuses auprès dés filles de P. R. Elle eut quelque différend avec la Mere Eugénie par rapport aux Religieuses de la mai ion : ce qui fut cause que sous prétexte d'une maladie elle demanda son renvoi-dans son monastère , comme nous le verrons plus bas. L'une & l'autre cependant de ces deux bonnes Mères sollicitoient souvent les sœurs à se soumettre , tant pour, i'acquit de leur devoir, que pour l'iutérô

la conservation de leur maison. Car quoiqu'et* lès jugeassent assez bien quelquefois des choses par leur bon cœur , elles retomboient toujours dans lés maximes de l'obéissance aveugle, à quoi la plupart des personnes de cet Institut réduisoient presque-toutes les maximes de l'Evangile, fur lesquelles d'ailleurs elles étoiem peu instruites , quoiqu'avec un fond de piété. Une de ces filles* de Ste Marie fit l'aveu touc franc à une de P. R. que- si on lui->commandoit dé signer que leur bienheureux Pere avoit enseigné des hérésies dans son Livre Je l'Amour de Dieu elle le signeroit sur le champ & le eroiroit fermement.

Les Conférences que'les' soeurs faisaient en Communauté , comme je l'ai dit, sahs la participation de la M\ Eugénie ,• ne purent pascontinuer long-temsiCeHe-ci'en fit grand-bruit,, se plaignant qu'on s'assembloit pour lite en>semble desLettres & des Ecrits venus dudehors,qui ne strvoienr qu'à entretenir l'esprit de rervolte. 1] fallut donc prendre un biaisjco fut de íe partager en trois bandes pour faire a, des heures différentes la lecture des Ecrits qu'on faisok tenir à la communauté par des voies secretesi On eut beaucoup plus de peine à continuer ce commerce avec íe dehors , quand à la fin de Septembre la Mere Eugénie fit changer les gardes de toutes les serrures. Celles de la porte & du tout de la Sacristie ne furent point changées en ce moment, mais elles k furent enfuir te. On est étonné quand on voit que depuis lé 14. Août jusqu'au 1 y. Décembre , elles onteu le bonheur de fairepastèr 171. Lettres dont les copies existent manuscrites. Les-Lettres ranc dtconfolation que de conseil qu'elles recevoient; «a réponse, furent fort utiles à ce pauvre txaa«

peau délaissé : & elles ont bien remercié la Dr-1
vine Providence qui ne les a pas abandonnéesy
& qui leur a fourni toujours jusqu'à la fin diffé-
ïens moyens de recevoir ces billets salutaires.
"Nous verrons plus bas un des moyens que la
Providence leur fournissoit pour continuer la
communication au dehors. C'étoit un Confes-
seur , Prêtre de S. Nicolas du Chardonnet nul-
lement suspect' , qui leur prêtoit sécréteraient
son ministère. llsenommoitM.Beaubuisson.Les
noms des personnes dont on prenoit avis ne font
point dans les manuscrits de P. R. mais il est
bien certain que M. Arnaud en étoit du nom-
bre. Dans le neuvième volume de ses Let-
tres on trouve plusieurs Ecrits qu'il leur adrcf-
soit pour diriger leur conduite dans les diffé-
rentes rencontres.

Elles eurent bientôt après un autre ernbar- xxx. ras au sujet de ces Conférences & de ces com- Trahison de munications. Elles s'apperçurent qu'il y en"îuel<lu" avoit d'entr'elles qui les trahissoient, comaicSTMIS * on leur en avoit déja donné avis du dehors; de forte qu'elles ne fçavoient plus comment faire pour ces lectures & ces petkes délibérations en commun; ne connoissant point celles qui trahissoient le secret. Ellts assurent dans leurs Relations qu'elles n'ont point eu de peine plus sensible q.ue celle-là. »Nous étions, di» fent-elles,obligées de nous assembler pour dé» libérer fur ce qu'il falloit faire; & nous étions "contraintes de dire toutes nos affaires en pré» sence de toute la compagnie , sçachant qu'il » y en avoit qui ne nous écoutoient que pour M rapporter tout à M. Chamiilard & à M. l'Ar» chevêque, & ne pouvant discerner qui c'étoit: =» de sorte que nous étions réduites à ne pou» voir communiquer de aos affaires en son}

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