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de Paris & tous ceux qu'elles jugeroient à propos , pour répondre au Parlement de toutes les violences qui leur avoìent été faites. Ces Lettres furent signifiées à M. l'Archevêque , à M. Chamillard & aux Religieuses intruies le i f. Septembre avec assignation au Parlement pour le ìi. Novembre. Dans la fuite plusieurs Con-» seillers de lá Cour, parens de quelques Religieuses , furent sollicités de présenter Requête au Parlement, & de poursuivre la justice que les Religieuses demandoient contre les renversemens qu'on faifoit dans les affaires de la maison. La Communauté même fit une Lette trèsrespectueufe adressée au Parlement. Mais toutes ces précautions furent inutiles. Le 15. Septembre les Appels des Religieuses furent évoqués au Conseil du Roi, comme nous l'avonsait, & défense fut faite au Parlement d'en connoître, & à toutes personnes de se charger deS affaires de P. Ri à peine de dix mille écus d'arnende.

La fermeté d'áme dont les Religieuses avoient XLlír; besoin pour faire face à tous les événemens , ï-esReligiej.

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leur etoit encore néceslaire pour porter des ( e )e.,. 1

allants assez violens de la part de leurs familles, imitations de Car plusieurs d'entre elles appartenoient à des leuts faimlpareus, qui étoient gens de condition , telles que la Mere Abbesse Madeleine du Fargis d'Angennes, fille de M. le Marquis du Fargis , nièce de M. de Silleri Général des Galères , íceur de M. le Comte de Rochepot, cousine du Cardinal de Retz; la SœurEustoquie de Flécelles de Bregis , filleule de la Reine , fille de M. le Comte de Bregis ; la Sœur Christine Briquet , petite fille de M. Bignon , nièce d'Avocat Général & de Maître des Requêtes; deux Sauts filles de M. de Buzenval ; la Saur de

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sainte Marthe ; la Sœur Agnès le Feron ; k Sœur Eugénie de Boulogne de saint Ange; la Sœur Liee veuve de M. deChazé ; la Mere de Ligny sœur de l'Evêque de Meaux , nièce de M. le Chancelier , &c. Je ne nomme point les Religieuses de la famille Arnaud, parce qu'elles n'eurent point à essuyer aucune attaque du côté de leurs proches, & qu'elles ne trouvèrent aucontraire chez eux qu'édification, 8c tout cc qui étoit capable d'encourager & de donnet des forces. Toutes les autres familles fatiguèrent leurs parentes de P. R. On n'avoit même permission de l'Archevêque de parler à la parente Religieuse , que sous la condition qu'on s'cmploieroit fortement pour lui persuader la signature ; & ordinairement une fille de sainte Marie assistoità la conversation , dont elle rendoit bon compte à M. Chamillard & à l'Archevêché , & n'anroit pas manqué de dénoncer le parent qui n'auroit pas rempli la condition. La Sœur Eustoquie surtout eut à soutenir des attaques terribles de Madame fa mere qui tenoit un rang distingué à la Cour de la Reine , & qui étoit d'ailleurs d'intelligence avec l'Archevêque. Ces deux circonstances la mettoient en état de faire à £a fille des menaces effrayantes , qu'elle accompagnoit de reproches piquans & de beaucoup de duretés. Elle revint plusieurs fois à la chaige , amtnant quelquefois avec elle d'autres personnes de condition pour l'appuyer. Mais la Religieuse les démontoit tous parla noblesse de í'cs sentimens , par la solidité de ses raisons , & par fa modération respectueuse. Quand on lit les récits, qu'elle a fairs en forme de Dialogues, & qui íont<impnmés , des différens entretiens qu'elle a- eus avec fa Mere & avec M, l'Archevêque, On s'imagine lire Ces beaux interrogatoires des Martyrs des premiers siécles, où l'on voyoit se Vérifier lá. parole de Jeíus-Christ : // vous fera donné à Vheure même ce qu'il faudra répondre.

II en fut à peu près de même des autres Religieuses sollicitées par leurs proches. On conçoit aisément que c'étoit-là le cas oti l'on avoit besoin , pour me servir des expressions de saint Augustin , d'une grande grâce , d'une grâce non commune pouf vaincre le monde qui venoit armé de ce qu'on avoit de plus cher, pete , mere , frères , & sœurs j cum omnibus fuis amoribus : de même que quand l'Archevêque venoit, il en falloit une également forte pour vaincre le monde armé de ce qu'il a de plus terrible , Cum omnibus fuis terrorìbus. Pour que rien n'y manquât, pareille grâce 8c pareille force fut aussi nécessaire aux filles de P-. R. pour vaincte encore le monde avec ses erreurs;, &.triompher de ses séductions & de ses surprises : lorsque par exemple on leur présentoir l'exemple de grands hommes , de Docteurs de réputation ,tels qu'un M. de sainteBcuve , qui avoient signé ; lorsqu'on leur amenóic des Ecclésiastiques de la plus haute piété Sc d'u» grand sçavoir, pour entrer avec elles en dispute ; lorsqu'on leur débitoit des nouvelles, vraies ou fausses, de la chute de leursMeres Sc'de leurs Sœurs captives , de la soumission prétendue d'un Evêque d'Alet , & ainsi des autres , Cum omnibus fuis erroribus. Ces exemples étoient assommans , s'il est permis de par» ler ainsi : Sl il faut avouer que si le eœur de ces: filles'n'en étoie pas' affaibli, leur imagination en étoit comrrìe renversé?. Mais la( foi prenoic le dessus , 8c pendant que ces chutes servoienc à les tenir dans l'humilité, elles ranimóienc leur confiance. Bb 4 • •■ V ■•.

XLiv. Voici quelques traits de ces admirables Via»» Sfntimensges, qui ne respirent que ces deux scntimenî *«, á*U vue cilrfciens >ítaimUitó & confiance. » Tai appris , <*« chutes quiM 'a Sœur Christine dans une lettre a un "rivent. TM arni de la maison, qu'il y a déja du tems que » M... a signé. Je ne veux pas croke facilement 33 que les étoiles soient tombées duCiel : mais si 33 cela est , ne croyez pas que cela nous afFoi*>blisse. Ma soeur Euftoquîe est en peine de » sçavoir des nouvelles de M. Arnaud. Elle vousas supplie très-humblement de croire que quand as il se seroit affaibli, ce qu'elle ne supposé pas, » Testime qu'elle a de fa personne ne seroit pas p> capable de la porter à suivre ses fentimens , »» s'ils étoient contraires à la vérité :puisque cc « n'est point par aucun égard pour lescréatu33 res , que nous nous sommes résolues à souffrir

33 pour fa cause La vérité est immuable en

33 elle-même , & ne peut ne pas être autre au*> jourd'hui ce qu'elle étoit hier , & fera dan»

»3 tous les siécles

33 Qui est plus foible que moi , dit la Sœur 33Eustoquie dans fes Lettres? Qui est plus indi» gne d'une grâce aussi précieuse que celle de » souffrir pour la vérité ? Et si cela arrive ( de 33 signer ) aux branches d'un olivier si abondant »3 en fruits ,( elle parle de la chute des deux M Sœurs Arnaud'd'Andijlì) 8c*à des personnes 33 d'une famille si sainte -, que ne devroit pas "craindre une personne comme moi? Cepen33-dant j'ose espérer que Dieu me fortifiera. Les 33 étoiles du Ciel tombent , parce qu'elles font 33'placées dans un lieu éminent : niais les petits divers de terre ne peuvent fomber y parce que »3 rien n'est plus bas qu'eux; J'efpére donc que » si Dieu mé fait la grâce d'entrer dans î'a33 néantissemeru de-^moi-même. >. il m'aslìster* 33 jusqu'au bourí .—. í » Les Sœurs en qui j'avois .confiance , dit la * Sœur Marie-Gabrielle Hovel, & qui dans le » commencement m'avoient soutenue , sont » celles qui ont signé. Je ne puis vous dire avec 33 quel profond étonnement je vois le péril oiì » j'ai été , & combien j'admire cette divine *> bonté , qui par un choix tout gratuit de fa *> miséricorde m'a mise du parti des défenseurs » de fa vérité. Néanmoins je puis vous assurer » devant Dieu que ma volonté n'a pas branlé.

» Les chutes fréquentes , dit la Sœur Mar"guerite-Thecle Joue , me font trembler , en r- repassant dans mon esprit cette parole de •> l'Evatigíle, fi ces choses arrivent au bois verd , "quesera-t'ilfa'u au bois sec ì C'est-à-dire , si 33 Dieu permet que des personnes qui ont passé « toute leur vie dans son service, l'abandon» nenr néanmoins lorsqu'il est question de 33 souffrir pour lui , comment pourra espérer 33 une créature qui ne fait que commencer à se 33 donner à Dieu ì .... Néanmoins le désir qu'ií 33 me donne de souffrir toutes choses, plutôt, » que de l'offenser, me fait espérer qu'il n'aura 33 point égard à mon indignité , &c.

33 Une personne m'a dit, dit la Sœur Fran33 çoise - Agathe de sainte Marthe , que tous les >3 Évêques, comme Mrs d'Alet, d'Angers & tous 33 les autres , alloient signer , Sc que quand ils » l'auroicnt fait, nous le ferions. Je lui dis 33 que ces Evêques pouvoient voir mieux que! 33 nous si ce qu'on diloit, étoit dans un Livre i 33 mais que nous qui ne le pouvions voir , il 33 étoit impossible que nous le crussions & lc si»gnassions.... Je ne sçais si on nous excdmmu« niera mais je vous allure que nous ne le ferrons pas pour cela, & qu'il n'y a que le pém ché mortel Sc nous-mêmes qui nous po*3o vons séparer de l'Eglise. » B b;

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