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» si elle en voyoic un, elle seroit convertie. Le » Seigneur lui accorda ce qu'elle détroit, en » opérant cette merveille: elle fut elle - même » témoin incontestable du changement de la fa» rine qu elle manioit, & se convertit bien sin»cérement. »:

Une autre sorte de merveille , & une preuve nouvelle de l'attention de la Providence sur cette maison désintéressée , ce sont les grandes donations qui yontétéfaitesendifférenstems. M. Arnaud , pere de la Mere Angélique , employa de grosses sommes à rétablir les anciens bâtimens, & à fermer de murs le terrain du Monastère. Madame Arnaud fa veuve, fit l'acquisition d'une grande maison au Fauxbourg S. Ja« <]ues , pour y établir la maison de P.-R. de Paris. Le prix de l'achat tout seul, fut de 14000.' liv. Madame la Marquise d'Aumont acquitta ensuite les grosses dettes qui avoient été contractées pour bâtir l'Eglise , & pour accommoder la maison. La Marquise de Sable & la Princesse de Guimené firent construire,l'une le Chapitre , l'autre la Sacristie & une partie du Cloître. Plusieurs corps de logis tant au dehors qu'au dedans , furent bâtis par une Dame Aquaviva, M. de Sévigné, Madame Le Maître , Madame deGuenegaud,& les deux Dames nommées plus haut. Plusieurs Dames qui s'y font faites Reli

son, Madame Bochart Champigny Chazé , Madame Boulogne S. Ange , Madame Rubentel Le Camus , &c. Dans le tems de {'Institut du S. Sacrement une Dame Bardeau légua pour' cela 30000. liv. Messieurs Le Maître, Sericourt 8c Saci lui ont donné leurs biens. M. Benoise Conseiller au Parlement, & M. Briquet Avocat Général ont donné chacun Ioco. écus: M.fAbbé de la Potherie une rente de 50. écus fur le sel: la Reine de Pologne Marie de Gonzague, un Ciboire d'agate estimé 4000. écus, 8c autres présens très-riches. Quant à la maison des Champs qui avoit été abandonnée, elle fut rétablie ou plutôt rebâtie quatre fois plus grande , par les foins & en partie aux dépens de M. le Duc de Luine , de M. d'Andilli, M. de Sevigné , M. Dugué de Bagnols. Celui-ci y dépensa 40000. liv. outre une rente de 6000. liv. qu'il céda au Monastère. Le Duc de Liancourt, la Duchesse sa femme , M. de Luzanci lui firent une donation, chacun de 10000. liv. M. Champagne de 6000. liv. M. d'Epinoi S. Ange de tout le bien dont il pouvoit disposer. Le Duc de Luine fit bâtir le Château de Vaumurier, M. de Liancourt un grand logis pour y faire des retraites , la Duchesse de Longueville un grand Hôtel pour y venir demeurer de tems en tems; fans parler du rétablissement & de l'amélioration des fermes de la maison, des étangs , des bois , qui se sont faites par les Solitaires qui y étoient retirés, & d'une multitude d'aumônes particulières , faites à la maison par nombre de gens connus Sc même inconnus. C'est ainsi qu'à mesure que cette sainte maison se plaisoit à répandre des aumônes au dehors , ia Providencé les faisoit rentrer.

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C'est la grande charité de la Mete Angéli- XXVIir. que pour les pauvres , qui a donné lieu à tous fa Mete ces récits. Pour achever le tableau de cette cha- q^ci à rité qui étoit universelle , je vais rapporter ce sœut Agnès qu'elle luisît faire pour ses proches, je veuxdire,jsonAbbaye de pour trois de ses sœurs , Catherine-Agnès, Ma- S\Clr> k la rie-Claire & Anne-Eugenie , & nous repren-R.8Iusdrons ainsi l'historique, qui a été interrompue si bien crue par le.long détail des vertus de la Mere. J'ai re- Marie-claire,

D j "autte sirur.

marqué plus haut que la jeune CatherineAgnès destinée pour l'Abbaye de S. Cir, où elle écoit entre les mains d'une personne de confiance pour son éducation, venoit de tems en tems passer quelques semaines à P. R. pour se divertir avec sa sœur Angélique. Quand celle-ci fut touchée de Dieu , Agnès en fut surprise , & même choquée de la maniéré pauvre & vile dont elle vit qu'elle s'habilloit. Angélique avoit grande envie de l'avoir avec elle , & de ramener a la Réforme de P. R. Elle profita d'un état de mélancolie & de langueur où , tomba ,sá sœur par l'éloignement de la personne qui avoit soin d'elle, & qu'elle aimait beaucoup , laquelle lui fut ôtée, parce qu'étant une femme séculiéle , les Supérieurs de S. Cir eurent scrupule de la voir toujours résidente dans leur maison. Dans un dernier séjour qu'elle fit à P. R. Angélique tâcha de la gagner , Si de la dégoûter de sa prétendue Abbaye de S. Cir. Mais la jeune Sœur y tenon beaucoup , quoique d'ailleurs déja bonne chrétienne, aimant excessivement la prière, l'office divin , le travail dans les choses les plus rudes & les plus basses, & même le jeûne. Angélique s'avisa d'un expédient : elle écrivit, à M* son père que la langueur où étoit sa sœur,' ne venoit que de chagrin , & qu'il vaudroit bien mieux lui donner la satisfaction d'être pour toujours avec elle à P. R. & renoncer* à l'Abbaye en confidence dont on se repaissoit pour l'avenir. Car en effet il y avoit ici le cas de confidence. C'étoit une Religieuse de-S. Cir qui avoit le titre d'Abbesse, avec promesse de le remettre à la fille de M. Arnaud , quand elle autoit 10. ans. M. Arnaud qui chérissoit tendrement ses enfans, & nevòuloit que ce qui pouvoit leur faire plaisir, consentie à la propo

/îtion j & la petite Sœur qui en sut un peu étonnée , n'osa pas cependant en dédire Angélique.

£n f 609. ell: avoiteu une grande maladie, & étoit devenue hydropique : elle fut en langueur pendant x. ans. On attribua la maladie à une in* discrétion de pénitence dans son séjour de S» Cir. N'ayant que 13. ans elle avoit fait le grand jeûne pendant tout un Carême , ne mangeant qu'une fois le jour. Elle entra à P. R. encore fort infirme : & comme elle ne pouvoit pas faire toutes les observances extérieures, elle sedédommageoit par l'intérieur. Elle affectionnoit tellement l'Oraison qu'elle y étoit presque toujours , .lorsqu'elle n'étoit pas au lit : ce qui l'excédoit à un tel point, qu'on la trouvoit quelquefois évanouie & fans connoislance. Sa maladie augmenta considérablement. LaMere Angélique ne la quittoit point : elle demeuroit des journées entières auprès d.'elle dans une chambre étouffée pendant les plus grandes chaleurs de l'été , & où tout étoit' fermé , à cause que le moindre air faisoit évanouir la malade. Elle eut la consolation de lá voir bien rétablie, & en état de prendre l'hâbit en 1611. Car peu-à-peu le désir lui vint de se faire Religieuse à P. R. auífi-bien que le dégoût de son Abbaye de S. Cir. Angélique qui vouloir éprouver sa résolution , la laissa plus d'un an fans lui donner l'habit. Le tendre amour qu'elle avoit pour elle, n'étoit pas aveugle. Elle la traita dans son Noviciat comme elle auroit traité la moindre des Novices. Elle la mortifioiten toutes choses , & ne lui passoit rien : elle lui procuroitde fréquentes humiliations , voulant détruire en elle un certain fond deiuffisance & d'amour propre , qui reítoit mêlé avec ses grandes qualités. Agnès fir pendant ce tems-là de grands progrès, pratiquant la soumission , l'humilité , l'amour de la pauvreté. Lorsqu'elle étoit encore Novice , sa Sœur la fît elle-même Maîtresse des autres Novices , n'ayant personne pour remplir cette place importante. Elle s'en acquitta trèsbien , & le P. Capucin qui servoit alors la maison , & qui avoit conseillé de charger du Noviciat la jeune Novice , dit un jour à la Mere Angélique que ce seroit une des plus grandes Religieuses de France. 11 y avoit dans les filles* ( de P. R. une telle docilité , que pas une n'y trouva à redire, & toutes la révéroient. En 161 %. Agnès fit profeílïon entre les mains de fa Sœur Angélique. Ce fut fa première conquête dans fa famille. La jeune Marie-Claire une d'entre ses Sœurs , qui étoit la cinquième des filles de M. Arnaud, étoit élevéeà P. R. depuis l'âge de sept ans. Elle fit un voyage à Andilli, & au retout elle rapporta avec elle un esprit volontaire, 8c «n assez grand jfiour du monde ; ce qui fut pour la Mere Angélique un exercice à fa patience , & une occasion de manifester fa grande discrétion. Elle fupportoit les défauts de la petite Sœur avec une douceur admirable, pour ne point aigrir son esprit un peu hautain ; mais elle le faisoit, non en autorisant ses fautes, mais en les dissimulant avec tant d'adresse , qu'il ne paroissoit pas qu'elle s'en fût seulement apper^ue. Par ce moyen elle réussit à ramener peua-peu sa petite Sœur à l'amour de la Religion , dont elle lui donna l'habit dès l'âge de 14. ans. XXTX. ^a quatrième des six filles de M. Arnaud , fut Conversion la troisième conquête de la Mere Angélique, d'une troifié Cette excellente fille obtint par ses prières que

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