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qu'elle n'avoit que faire qu'elle sut dans fa maison; qu'elle fçauroit bien l'en chasser quand ìl lui plairoit.

Au bout d'un an on retira l'aìnée de S. Cir, & on la mena à Maubuiíson où elle fit profession en iíoo. comme je l'ai dit. Elle avoit été confirmée à Amiens dans un voyage qu'y fit Madame d'Etrées AbbeíTe de Maubuiíson, qui y avoit mené avec elle la jeune Arnaud. Elle demeura x. ans à Maubuiíson , & sut bénite Abbesse à P. R. en lécx. ( comme je l'ai aussi rapporté, ) aussitôt après la mort de la Dame de Boulehart, dernière Abbesse dont elle étoit Coadjutrice. Le même jour elle fit fa première Communion,fans avoir reçu aucune instruction convenable. II arriva feulement par hazard •u'un pauvre Savetier , voisin du Couvent, lui donna un petit livre de prières qu'elle fe mit à lire tout le tems qui précéda la Communion. Elle le fit avec tant d'attention qu'elle ne remarqua pas même la plus grande partie de ce qui fe passoit dans l'église , qui étoit pleine de inonde & de mouvement. Elle a dit elle-même qu'elle sentit dans cette première Communion une impression très-vive de la présence de Dieu, nonobstant qu'elle eur alors fi peu d'instruction.

Avant que la jeune Abbesse fut bénite , elle avoit déja reçu à Profession une Novice , la f ceux Catherine de S. Paul Goulas. Tout le monde qui assista à la cérémonie , admira la gravité arec laquelle certe petite Abbesse de onze ans

grande de corps. Henri IV. vint un jour à P. R. à l'occasion d'une chasse qu'il faifoit dans ces quartiers, parce qu'il avoit fçu que M. Arnaud, qu'il estiinoit sort, étoit alors dans la maison. S. M. fut très-contente de la réception que lui

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Novice de 17 , qui étoit fort fit la petite Abbesse de onze ans avec toute fa Communauté , la Croix à la tête. Et le lendemain le Roi passant encore par les hauteurs de P. R. & ayant apperçu des Religieuses aux fenêtres qui donnent fur le Jardin , il cria : » Le « Roi baise les mains à Madame l'Abbefle. «

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Deux ou trois ans fe passèrent pendant lesquels la jeune Abbesse ne fongeoit qu'à sc di- comm(.n, vertir comme un enfant de son âge. C etoit lá An»éli,)ue Mere Prieure Du Pont qui gouvernoit la mai- passe sa jeuson. Cependant Madame Arnaud avoir tou- ne^c *■ p- R* jours quelqu'inquiétude fur la fille. Elle craignoit qu'à la fin ìl n'arrivât quelque dérange-' ment , fuite ordinaire de la trop grande libertfqu'on donne à une jeune perfpnne. Sa crainte o'étoit pas fans fondement , vû l'état de cette petite Communauté, qui étplttrès-exposée,mêmepour les mœurs, n'y ayant aucune clôture , & pluíìeurs Séculiers ne bougeant de la maison. Madame Arnaud dans le séjour qu'elle y fit, y connut un désordre très-criminel dans 1^ plus ancienne des douze Religieuses dont la maison étoit composée. M. & Madame Arnaud obtinrent de l'Abbe de Cîteaux que la cqupablè sut transférée dans une autre maison. D'ailleurs MadameArnaud n'ignoroit pas que lesReligieux Bernardins qui fervoient la maison , n'enrreter noient les Religieuses ? surtout les jeunes , que de sottises , & ne leurparloìent que Aes arnuscr mens de Clairvaux & de Cîteaux , qu'ils appeljoient les bonnes coutunies de l'Órpre. Auíf> si» sollicitude maternelle & chrétienne íaisoitqujel- ".

le venoit souvent de Paris fans être at;endue. Elle a eu la satisfaction de ne surprendre jamais fa fille en rien qui put lui déplaire. En effet les fentimens d'honneur héréditaires dans fa faraiile, joints à une certaine crainte de la mort & des jugemens de Dieu,ont toujours rendu lajeane Abbesse inaccessible à toute tentation du côté des mœurs. Elle se rend à elle-même ce témoignage. CependantMadame Arnaud sa mere pour se mettre plus en repos de ce côté-là , fit venir auprès de fa fille une Religieuse de S. Cir, pour qui elle obtint permission des Supérieurs pour demeurer à P. R. Le secours que trouva la jeune Abbesse dans cette Surveillante, ne s'étendit pas plus loin , que d'écarter d'elle ce qui auroit pû intéresser grossièrement l'honneur & la modestie. Car du reste la Mere Angélique lui rend cette justice qu'elle étoit très-ignorante, & plut qu'on ne peut dire, dans les choses de Dieu.

La petite Abbesse quoiqu'assez sage pour son Sge, n'étoit pas fort dévote. Outre la vie d'amusement qu'elle menoit tant dans la maison que dans les dehors où elle alloit souvent se promener , elle aimoit un peu les lectures de Romans. Elle n'étoit pas scrupuleuse pour la récitation du Bréviaire. Et comme sa sœur Agnès qui venoit quelquefois de S. Cir avec Anne-Eugenie leur autre sœur,& qui passoient quelques jours à P. R. pour se divertir ensemble, lui eut un jour reproché sa négligence en ce point , la jeune Abbefle lui répondit fort résolument, qu'elle fçavoit bien qu'elle n'étoit pas véritablement Religieuse, & qu'ainsi elle ne se croyoit point obi igée à dire son office.

On ne laissoit pas de remarquer en elle de fort Bonnes ua-k°nnes *nc^nat'ons Par quelques ttaits qui 2ilé°nj^2gé-^cnaPP°ient- En voici un : les Sacristines de la lique .• com-maison étoient dans l'usage de sortit dans régitbien elle estse après la Messe,pour plier le lingedel'Autel.Il aimée dans fa arrjva une fois que.ces filles rencontrèrent unRe•ìaiion. ligieux de la maison,& lièrent convetsation avec lui dans k dehors. La jeune Angélique en fut avertie. Elle fut elle - même fermer la porte à la clef, afin qu'elles ne pussent pas rentrer fans qu'elle le fçut ; & ayant été leur ouvrir,lorsqu'elles revinrent, elle leur fit fur l'heureunerépriinende d'un ton d'Abbesse. Ce qui faifoit voir qu'elle avoit déja dans le cœur l'estime & l'amour de Tordre. Elle le montra encore par un autre trait. Une Religieuse avoit donné quelque chose à une amie fans permission de fes Supérieurs. Son Confesseur la retint & ne voulut pas lui donner l'absolution , jusqu'à ce qu'elle eut déclaré à son Abbesse ce qu elle avoit fait. Comme elle ne voulut pas obéir , elle ne fit point fes Pâques. Enfin pressée par les remords de fa conscience, elle alla s'accuser à la petite Abbesse , qui lui fit une remontrance tfes-serieuse ; ne pouvant comprendre , toute jeune qu'elle étoit, comment on pouvoit risquer son salut éternel pour des bagatelles, aufquelles on attachoit son cœur. C'est d'elle-même qu'on a sçu qu'elle.pensoit ainsi dèslors. On a encore remarqué que quoiqu'elle n'eut pas un grand amour pour Ion état , & que tout, jusqu'à l'habit, lui en déplût , jamais cependant elle n'a eu aucune recherche de vanité dans son habillement , & qu'elle n'avoit que du mépris pour cette sotte curiosité des Religieuses pour rajustement.

A ces bonnes qualités se joignoit une bonté de cœur qui se manifestoit en toute occasion , & qui la rendoit trèsraimable à toute fa Communauté. Elle avoit entre autres beaucoup d'amitié & de considération pour la Mere Prieure. Car quoique celle-ci lui témoignât toujours de grands égards , qui alloient même jusqu'à la soumission, & qu'elle lui fît rendre les mêmes respects par toutes les Religeufes; la petite Dame ne s'en prévaloit pas : elle n'auroit pas manque on seul jour d'aller souhaiter le bon soir à Dame Prieure, coaune elle l'appelloit : elle s'en ■

souvenoit au milieu de fes petits jeux, & les in■terrompoit pour s'acquitter de ce devoir.

Une autre raison portoit les Religieuses à aimet leur jeune Abbesse : c'étoit le grand foin que M. & Madame Arnaud prenoient de la maison , soit pour l'entretien des bâtimens qui ctoienren fort mauvais état, surtout depuis les ravages de la Ligue, soit póur la nourriture des filles , qui fous le règne de la vieille Abbesse avoient été sort maltraitées. Le mal venoit de la déprédation des domestiques qui faifoknt bonne chere, & qui laissoient mourir de faim les Religieuses. La Mere Angélique rapporte que quatre jours de ïz semaine la portion étok de deux œufs en tout, avec «n peu de beurre , Sc qu'on ne donnoit à chaque Religieuse que deux hôtécs de fruit pour toute son année , quoiqu'il y en eut beaucoup dans les jardins; parce que 1c reste se Tendoit au profit de qui iíappartenoit. Dans la maladie elles aétoient pas mieux; que dans la santé. Comme donc le Réfectoire étoit fur un autre pied depuis l'entrée de la Demoiselle Arnaud, ce changement lui avoit concilié tous les cœurs : en sorte qu'à la clôture près, tout étoit on ordre & en paix dans la maison; l'OfHcedivinise faisoit avec une grande exactitude ; U 'dès 4 60y. k Général ayant fait une visite , fat si content du Monastère , que dans la carte de visite qu'il en dreila, il rendit témoignage deila régularité qu'il avoit trouvée. v- La jeune Abbesse tomba malade en 1607.

Angélique j. ^ continue. M. son père vint la chertombe dans la , . , ■ . c . mélancolie & cher, & 1 emmena chez lui pour la taire traiter sc díplaît dans dans fa maladie. Comme elk étoit, ainsi c lou tut.

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