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SÉANCE PUBLIQUE

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'AUBE

du 19 Mai 1875

A huit heures du soir, la grande salle de l'Hôtel-de-Ville, mise à la disposition de la Société Académique, est remplie d'une assistance nombreuse et choisie.

M. G. Servois, préfet de l'Aube, président d'honneur, ouvre la séance, ayant à ses côtés M. Gréau, président annuel, et M. Pierret, maire de Troyes.

M. le Préfet de l'Aube et M. Gréau, président, prennent successivement la parole.

MM. Victor Deheurle, le docteur Vauthier, Albert Babeau et Emile Socard donnent lecture des rapports qu'ils ont été chargés, par chacune des sections, de rédiger sur les travaux auxquels elles se sont livrées depuis la dernière séance publique.

Conformément aux conclusions d'un rapport de M. Huot, rappelées par M. Deheurle, M. Jules Benoit, agriculteur à Châtres, reçoit une médaille d'or de 100 francs pour son mémoire intitulé : Comment on peut exploiter le sol plus avantageusement que par la culture des céréales.

Sur le rapport de M. l'abbé d’Antessanty, au nom de la section des Sciences, le prix pour la meilleure Géographie du département de l'Aube est remis à M. l'abbé Defer, curé de Saint-Germain.

M. Alfred Nancey donne leclure d'un rapport sur le prix à décerner à la meilleure Notice sur le graveur troyen Philippe Thomassin. Une médaille d'or de 200 fr. est accordée au Mémoire envoyé par M. Edmond Bruwaert, qui, retenu à Paris par ses fonctions au Ministère des Affaires étrangères, s'est excusé de n'avoir pu se rendre à Troyes.

Un travail de M. Le Brun-Dalbanne, intitulé : Une Page de l'histoire de Saint-Cyr et deux pièces de vers lues par M. Alfred Nancey, terminent la séance.

De sympathiques applaudissements ont accueilli ces diverses lectures, ainsi que la proclamation des noms des lauréats.

La Société a regretté de ne pouvoir entendre le rapport sur le concours de poésie et des pièces de vers que M. Des Guerrois destinait à la séance publique : elle les publie dans ses Mémoires, avec les travaux qui ont été lus dans cette séance.

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ALLOCUTION

PRONONCÉE

A LA SÉANCE PUBLIQUE

PAR

M. GUSTAVE SERVOIS

PRÉFET DE L'AUBE
PRÉSIDENT D'HONNEUR DE LA SOCIÉTÉ

MESSIEURS,

La Société Académique de l'Aube a voulu ètre de fête, elle aussi , dans cette semaine où la ville de Troyes tout entière s'est parée pour recevoir ses hôtes. Quelle occasion plus favorable, pour renouer la série interrompue de ses séances publiques, que celle d'un grand Concours d'agriculture où votre vieille province de Champagne se voit pour un instant reconstituée, et même agrandie par l'annexion de départements voisins! La Société d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube pouvait-elle, d'ailleurs, se désintéresser du spectacle que nous avons sous les yeux ? Les récompenses qu'elle décerne dans nos comices, les programmes de ses prix, les rapports lus dans ses séances publiques, toute son histoire enfin l'associait trop étroitement aux progrès de l'agriculture pour qu'elle n'eût pas son jour dans nos solennités agricoles. Investi par vos statuts, Messieurs, de la présidence honoraire de votre Académie, je dois vous louer, et, président du Concours régional, je vous remercie d'avoir choisi cette date pour ouvrir vos portes à une assemblée qui, depuis longtemps, regrettait votre silence.

Ce silence n'était pas le repos : nous entendrons le témoignage de la continuité comme de la variété de vos travaux dans les rapports qui vont être lus au nom de chacune des quatre sections de votre Compagnie. La Société Académique s'est en effet partagée en sections ; mais il serait inexact de considérer vos sections comme quatre académies distinctes et étrangères les unes aux autres. Ceux qui vous connaissent n'ignorent point que ce n'est pas seulement dans la section d'Agriculture que l'on disserte avec compétence sur les questions agricoles, que de leur côté les agronomes de la première section ne demeurent indifférents ni aux arts ni aux lettres, et que la confraternité de vos études maintient entre vous une communauté de savoir ct de connaissances qui est votre force et votre honneur.

Pour moi, je l'aurais appris, si je ne l'avais déjà su, à l'une de nos dernières fêtes agricoles, un jour que, tout en admirant les veaux superbes qu'élève l'arrondissement d'Arcis, je cherchais à me renseigner, auprès d'un exposant qui est des vôtres, Messieurs, sur les origines de l'art d’engraisser les animaux de boucherie. J'interrogeais un agriculteur : votre confrère me répondit en érudit et en archéologue, et, grâce à ses souvenirs bien plus qu'aux miens, nous pûmes, séance tenante, esquisser le projet d'un mémoire où il sera démontré que les méthodes employées dans les environs d'Arcis ont été importées en France par deux grands hommes d'Etat, Mazarin et Colbert, et de plus que les premiers devanciers des lauréats de nos Concours d'animaux gras ont'vécu so!is l'une des plus anciennes dynasties des Pharaons.

Tandis que les agriculteurs font des incursions dans le domaine de l'archéologie, vos paléographes relèvent avec soin, dans leurs recherches, les traits qui peuvent servir à l'histoire de la culture : un membre de votre section des BellesLettres démontrait en 1858 l'antiquité du drainage, que les agriculteurs avaient accepté pour une invention moderne, et que cependant les religieux de Clairvaux connaissaient au moyen âge.

A l'époque où paraissait le livre auquel je fais allusion, ceuvre de l'un de mes confrères de l'Ecole des Chartes, un érudit champenois, professeur à la même Ecole, le regretté Félix Bourquelot consacrait de longues veilles à l'étude des institutions de votre province, et les causeries instructives auxquelles il admettait un groupe d'amis inspiraient à ses auditeurs un intérèt tout particulier pour l'histoire de la Champagne. J'étais de ceux que Bourquelot entretenait souvent de ses Travaux et des vôtres : permettez-moi, Messieurs, de me rappeler ce souvenir tout personnel au moment où, appelé à présider cette séance solennelle, il me plairait de poulvoir invoquer un droit de cité parmi vous. C'est ainsi que j'appris de bonne heure à connaître et à apprécier les mérites de votre Société, dont les ouvrages d'ailleurs retenaient souvent l'attention du Comité des travaux historiques, alors que j'en étais un membre assidu.

Si je devais retrouver plus tard la place que l'on a bien voulu me garder jusqu'ici dans les réunions du Comité, j'y rendrais témoignage, Messieurs, à votre zèle éclairé et à votre laborieuse activité ; j'y porterais le souvenir de vos @uvres littéraires, de vos publications savantes, où l'érudition s'appuie sur les méthodes les plus sûres, des collections admirables que plusieurs d'entre vous ont formées avec tant d'intelligence et de soin, et j'y saluerais les noms dont seront signés vos futurs mémoires comme ceux d'amis qu'on ne saurait oublier.

Mais, je m'empresse de le dire, Messieurs, c'est dans

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