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FERDINAND BRUNOT

DOYEN DE LA FACULTÉ DES LETTRES

DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS

LA PENSÉE

ET LA LANGUE

MÉTHODE, PRINCIPES ET PLAN
D'UNE THÉORIE NOUVELLE DU LANGAGE
APPLIQUÉE AU FRANÇAIS

MASSON

ET CIE, ÉDITEURS

120, BOULEVARD

SAINT-GERMAIN, PARIS-VI

1922

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Ce livre n'est pas une «Psychologie ». J'ai même évité avec soin de consulter les psychologues et leurs œuvres, ne voulant point me laisser entraîner à des analyses dont la finesse et la complexité eussent dépassé de beaucoup les analyses sommaires et superficielles auxquelles je suis obligé, moi, de me borner, pour ne pas excéder ma matière, et suivre fidèlement le travail des foules dont le parler commun est le résultat.

Ce n'est pas non plus une « Grammaire». Sans doute on y retrouvera les mots d'adjectifs, de verbes, d'adverbes, ainsi de suite. On y retrouvera aussi les règles qui régissent les variations des mots et leur agencement. J'ai fait la critique de plusieurs de ces règles, je n'en ai écarté aucune, me bornant à mettre mon lecteur à même de distinguer celles qui ont une autorité véritable. Mais mon but n'a pas été de donner une grammaire revue et corrigée.

Ce que j'ai voulu, c'est présenter un exposé méthodique des faits de pensée, considérés et classés par rapport au langage, et des moyens d'expression qui leur correspondent.

Voici comment et pourquoi j'ai été conduit à faire ce livre.

L'étude des langues, une des plus anciennes des disciplines humaines, qui a fourni à Aristote quelques-uns des principes essentiels de sa philosophie, une des reines incontestées du Moyen Age, quoiqu'elle ait été rajeunie ou pour mieux dire renouvelée de fond en comble depuis un siècle et demi par les découvertes de la grammaire comparée et de la grammaire historique, qui l'ont élevée au rang d'une science d'observation, est aujourd'hui, dans nos classes, un enseignement de rebut, une école d'ennui, effroi des élèves et des maîtres.

Ce n'est pas ici le lieu de chercher les responsabilités. En acceptant le droit d'imposer une doctrine par l'enseignement, les concours et les examens, l'Administration de l'Instruction publique acceptait le devoir de suivre les progrès de la science. Personne n'oserait soutenir qu'elle l'a toujours fait, et qu'elle ne s'est pas servie de son autorité pour barrer la route aux nouveautés. En physique et en chimie, dès qu'une erreur était reconnue, on l'envoyait rejoindre la théorie de l'horreur du vide ou la liste des gaz permanents. Les applications pratiques y obligeaient. Elles

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