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siècles,

Fin de la première séance. Du siècle des

lumières. — Ce qu'ont été les siècles précédens.Les écrivains du siècle de Louis XIV appréciés. Excellence des philosophes.

. Ainsi par d'heureux élans du génie, furent rapidement franchis, au grand étonnement des

les
arpens

d'une nuit immense. Ce fut le témoignage que nos philosophes se rendirent à eux-mêmes, et on doit les en croire : nul ne pouvoit aussi bien qu'eux apprécier leurs immortels travaux.

« Jetons encore ces idées au peuple , s'écria » Diderot. Jeune homme , prends et lis , bientôt » tu verras les centres de lumière s'étendre, les » centres de ténèbre se rétrécir; et les sources » de la sagesse s'ouvriront pour toi. »

« Ah! dit Voltaire, c'est aujourd'hui seulement » que les hommes cominencent à » à la philosophie

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penser. Grâce

Du vil berceau de son illusion
La France arrive à l'âge de raison. (Le pauv. diab.)

Ces paroles furent une espèce d'arrêt qui vouoit au mépris tous les siècles de sottise, qui avoient pesé si long-temps sur la France. Elles produisi

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rent leur effet : le grand siècle de Louis XIV, baissa rapidement: en un instant tout son éclat disparut. C'étoit un triomphe bien intéressant pour Voltaire : il n'eût garde de le laisser incomplet. «Non, dit-il, les hommes n'ont pas encore » été raisonnables, et ne vous y trompez pas , » quand je dis les hommes , je ne dis pas

la

po» pulace , je dis les hommes qui gouvernent, ou » qui sont nés pour le gouvernement, je dis les » gens de lettres, digne de ce nom. Despréaux, » Racine, et La Fontaine, étoient de grands » hommes dans leur genre ; mais en fait de rai» son, ils étoient au-dessous de Madame Dacier. » (Lett. à d'Alemb., 13 déc. 1763.)

Voltaire s'égaya ensuite sur le bon La Fontaine: c'étoit , dit-il, un homme assez semblable aux héros de ses fables : son esprit se bornoit à faire parler Jeannot-Lapin et Robin-Mouton. On rit de ces saillies qui sans doute étoient très - ingénieuses. Au surplus, ajouta-t-il, je n'ai trouvé dans tout son recueil, que cinquante bonnes fables. Et encore

dirent quelques assistans l'auteur n'a

pas

у mettre un grain de philosophie : elles sont pitoyables.

Un titre unique, mais bien précieux , sollicitoit la grâce du Bon-homme, auprès de ces implacables juges : c'étoient ses Contes, ouvrage si propre à diposer les jeunes gens à la philosophie. Peut-être l'auroient-ils obtenue : mais dans sa

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vieillesse il s'étoit répenti amèrement de les avoir composés ; tout le mérite de l'auteur fût perdu. Je ne puis lui pardonner cette indigne foiblesse , dit Voltaire. Après tout, en quoi ces contes sontils si repréhensibles ? « Ils sont gais, mais ils ne » contiennent rien de licencieux. On est indigné » lorsqu'on entend le jeune oratorien Pouget, » dire au vieil académicien La Fontaine; vos in» fámes contes, Monsieur, vos abominables » contes; auroit-il osé parler ainsi à la reine de » Navarre, qui a fourni le sujet de plusieurs de » ces contes ? Non ; il lui auroit demandé un » bénéfice. » ( Mél.)

Quant à Boileau, il fut accablé de reproches bien plus graves. Homère nous apprend qu'après la mort d'Hector, les Grecs osèrent enfin s'approcher de son cadavre, « et qu'ils l'outragèrent par, » d'inutiles blessures : ce n'est plus , disoient-ils » fiérement, ce farouche Hector, qui embrasoit » nos vaisseaux : et ils lui plongèrent leur fer » dans le sein. » Telle fut la conduite des philosophes à l'égard de Boileau. « Pourquoi, dit l'un » d'eux, n'avons-nous pas de lui une seule églo» gue, une élégie, une scène comique , tragi» que, ou lyrique ? Pourquoi nous parler harmo» nieusement du triolet, de la ballade , du ron» deau déjà passés de mode, et nous donner une » description technique des rigoureuses lois du » sonnet, de cet heureux phénix dont la perfec» tion même seroit si puérile et si fastidieuse ? (*) » Pourquoi ne trouve-t-on jamais de lui un seul » vers de dix syllabes ? Pourquoi n'a-t-il pas em» ployé quelquefois les rimes redoublées qui mar» quent l'abondance, les vers mêlés qui viennent » d'eux-mêmes, et surtout ceux de huit syllabes, » dont on a fait depuis un si heureux usage ? » ( @uv. de Villette.) De là le philosophe conclut que jamais il ne fut de poëte plus mince: avec un raisonnement semblable, on pourroit conclure la même chose d'Homère et de Virgile. Ce plat et froid versificateur, dit un autre philosophe , s'est amusé à composer un Art poétique : que ne faisoit-il un Art des rois ? Son choix annonce la petitesse de son génie , et son impuissance à concevoir un sujet vraiment philosophique. Quel. . qu'un nomma ses Épttres morales, qu’on regardoit encore alors comme des chefs-d'œuvres de poésie , de bon sens et de goût. Elles ne sont rien de tout cela , répondit-on ; et la preuve est que jusqu'au moment où notre digne chef a publié ses discours philosophiques, en fait de vers pensés, nous n'avions rien à opposer à l'Angleterre.

Voltaire sourit avec bonté à ce compliment qu'il avoit eu l'attention de

provoquer

lui-même.

(*) Boileau ne dit pas un mot des règles du Triolet, dans son Art poétique. Il parle du Rondeau et de la Ballade en trois vers. Il en a fait mention ainsi que du sonnet, parce qu'on en faisoit encore beaucoup de son temps.

(Poëme

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(Poëme de la loi nat.) La gloire de Boileau blessoit ses yeux depuis long-temps: il ne pouvoit lui pardonner non plus qu'à Racine, ce qu'il appeloit la perfection désespérante de leur style : de plus, il étoit irrité dans ce moment d'un parallèle du Lutrin et de la Henriade, où, sous le rapport

de l'invention, de l'exécution , et des vers on donne la préférence au premier de ces deux poëmes. Il saisit avec avidité cette occasion de ravaler son auteur: quelqu'un lui ayant présenté une certaine Epitre aux poëtes, dans laquelle « Lucain » est loué, Virgile censuré, le Tasse vengé des » mépris de Boileau (*), et Boileau lui-même ap», précié et réduit à sa juste valeur, » (Mém. de Marm., t. 2, l. vii, p. 253.) c'est-à-dire ,

, dénoncé au public comme un rimeur sans feu , sans verve et sans fécondité, qui copie et qui jamais n'invente, qui repète tout comme un miroir, ( Epit. aux poët.) « il faut , dit Voltaire, » la mettre au concours de l'Académie, elle y fera » du bruit. ” (Ibid., 237.) Nous la couronnerons , dirent quelques académiciens qui étoient présens ; et en effet, elle fut couronnée dans le sanctuaire auguste de la littérature et du bon goût. Voilà ce que c'est que de venir au monde à propos.

Je suis fou , dit d'Alembert, d'un vers de cette

(*) Boileau de méprisoit pas le Tasse, quoiqu'il l'ait critiqué, puisqu'il fait de lui cet éloge que son livre a illustré l'Italie.

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