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admirez le choix que le poëte a fait de ces noms, ils suffisent pour rendre toute la religion chrétienne ridicule.

D'un seul nom quelquefois le son dur ou bizarre
Rend un poëme entier ou burlesque ou barbare.

(art. poet. , ch. 3.) Saint Carpion pris de vin dit à Moïse :

Au grand Bacchus rends sa baguette antique,

Sa double corne, et son pouvoir magique. Moïse qui n'a pas bu répond niaisement selon son caractère :

Si j'ai volé ce fut sans y penser. et saint Guignolet, aussi ivre que saint Carpion, lui réplique avec ce sel attique dont tout le poëme est assaisonné :

Au moins mon cher , il faut t'en confesser. ce qui est un coup de massue pour Moise, pour sa religion et pour celle de Jésus-Christ.

C'est avec cet art inimitable que l'auteur et plusieurs de ses confrères prouvent en copiant Voltaire, que nos livres saints ne sont qu'un travestissement des mythologies païennes. Sous quelque face

que l'on considère la philosophie, il faut toujours finir par l'admirer.

CHAPITRE IX.

Troisième séance. - Comment les philosophes

démontrent le ridicule des livres sacrés des Chrétiens. - Traductions et commentaires de Voltaire.

Voltaire venoit de se couvrir de gloire : la joie qu'il en ressentit fut si vive qu'il ne put se livrer au sommeil la nuit suivante ; il l’employa tout entière à tracer une esquisse des traductions et commentaires de la Bible, dont il vouloit amuser le public. Le lendemain il fit part de son travail à ses dignes associés. Notre dernière séance m'a mis de belle humeur, leur dit-il : jugez-en par les heureux fruits qui en sont résultés ; c'est une parodie burlesque des livres sacrés des Chrétiens. Ecoutez-la.

« Au commencement les dieux fit le ciel et la >> terre. Or la terre étoit cahu-bahu. >>

De grands applaudissemens se firent entendre dans toute la salle , et se prolongèrent sans discontinuer tant que

dura la parodie qui étoit toute peu près sur le même ton. Je ne la rapporterai pas en entier : quelques traits suffiront pour la faire connoître.

Moïse raconte ainsi la création de l'homme et de la femme. « Dieu les créa mâle et femelle, et

à

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il leur dit : croissez et multipliez; « crescite et » multiplicamini. » La phrase est au pluriel, et présente un sens qui n'est pas équivoque ; mais elle' n'a pas le petit mot pour rire. Voltaire lui substitua adroitement celle-ci: «Dieu créa Adam > mdle et femelle. Comment cela peut-il être ? ► ajouta-t-il tout étonné. Adam étoit donc herina» phrodite. (Bibl. enf. ex., Quest. de Zap.) Telle y étoit l'opinion de la pieuse madame Bourrignon » qui étoit bien sûre du fait. Dieu lui avoit révélé

un grand secret ; mais comme je n'ai point eu >> la même révélation, je n'en parlerai point. » (Rais. par Alph.).... Cependant c'est une question à proposer aux Chrétiens ; elle les embarrassera. Qu'importe après tout que cette idée se soit engendrée dans la tête d'une illuminée ou ailleurs ? La philosophie prend son bien elle le trouve. C'est ainsi que par ses travaux, l'esprit humain s'élève et fait des progrès. Nos philosophes trouvèrent cette réflexion très-judicieuse. Voltaire passa ensuite à la description du

paradis terrestre , sur laquelle sa philosophie trouva ample matière à s'égayer ; il admira surtout que « l'ony fit mention d'un arbre qui enseigne le bien » et le mal comme il y a des pommiers et des abri» cotiers. » ( Dict. phil., Bib. enfin expl.) Ce rapprochement parut heureux à nos sages qui en rirent de bien bon coeur. « Je voudrois manger » du fruit qui pendoit à cet arbre , » dit Voltaire

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qui sentoit son esprit s'accroître à mesure qu'on applaudissoit à ses saillies. ( Quest. de Zap.)

« Et ce serpent, continua-t-il, qui parloit à Eve, » et qui la séduisit; la raison n'est-elle pas impuis» sante à expliquer ce fait ? on ne peut s'empêy cher d'en rire hi, hi, hi. Je voudrois parler à » cet animal puisqu'il a tant d'esprit : mais je vou» drois savoir quelle langue il parloit. L'empe» reur Julien le demanda au grand saint Cyrille , » qui ne put satisfaire à cette question. J'imagine » même qu'il lui répondit : Sire, c'est vous qui » êtes le serpent : ce qui n'est pas bien civil. » (Déf. de Bol., Quest. de Zap., etc.)

Ici de nouveaux applaudissemens de la part de nos sages; et ces applaudissemens redoublèrent lorsque le grand homme embouchant la trompette poétique , fit cette apostrophe à nos premiers parens.

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Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
Que faisois-tu dans le jardin d'Eden ?......
Avouez-moi que vous aviez tous deux
Les ongles longs , un peu noirs et crasseux,
La chevelure assez mal ordonnée ,
Le teint bruni , la peau bise et tannée. (Le mond. )

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Ce tableau parut d'autant plus piquant que

dans ce temps-là il étoit encore unique ; plusieurs philosophes l'ont imité depuis. Mais nul n'y a mieux réussi

que le chantre de la guerre des dieux anciens et modernes. La philosophie de Voltaire avoit travesti Adam et Eve en iroquois, en esquimaux. Celle du nouveau poëte en a fait deux niais, deux imbéciles occupés à cracher dans l'eau pour faire des ronds à l'exemple d'un de leurs arrières - petits - fils, ce vicomte de comique mémoire, que Molière livre à la risée publique dans son Misantrope :

Du frais Eden ces heureux possesseurs,
L'un jeune et beau, l'autre jeune et jolie,
Les bras pendans, alloient de compagnie.
D'un pas distrait, ils marchoient sur les fleurs ;
Cueilloient des fruits; avaloient l'onde claire ;
Pour tout plaisir dénichoient des oiseaux ,
Jetoient du sable ou crachoient sur les eaux ,
Bailloient ensuite , et ne savoient que

faire.

Lequel de ces deux tableaux sera préféré par nos jeunes philosophes ? Je l'ignore, tous deux ont le mérite de la ressemblance; tous deux sont tracés de manière à nous dégoûter des misérables peintures de Milton, qui ne sont fondées que sur la Genèse, la nature et le bon sens. Tous deux enfin rendent sensible l'absurdité de l'état d'innocence du genre humain dans son origine, qui est un des dogmes fondamentaux du christianisme et de la raison. On choisira.

Voltaire jugeant des dispositions du public par celle de ses auditeurs, s'écria tout transporté de joie : cela fera effet ! O mes amis, souvenez-, vous de ma grande maxime: Il faut frapper plutôt fort que juste : si elle n'est pas bien exacte dans

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