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psaume 67 : que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, fait toucher au doigt que ce psaume si vanté, n'est qu'une misérable chanson de corps-de-garde. Ensuite, il chanta une dou-" zaine de fois sans se reprendre , et toujours à pleine voix :

Ayez soin, mes chers amis,
De prendre tous les petits
Encore à la mamelle,
Vous briserez leur cervelle
Contre le mur de l'infidèle,
Et les chiens s'abreuveront
De leur sang qu'ils lècheront.

si quelque profane fut entré dans ce moment , il auroit pu demander : est-ce là l'auteur d'Edipe et de Mérope ?

Lorsque le grand-homme eut cessé de chanter, les battemens de mains redoublerent. On alla ensuite aux voix : d'après des preuves aussi concluantes , il fut décidé à l'unanimité que les livres de la Bible, ne contiennent que des absurdités, et que

leurs auteurs étoient entièrement dépourvus d'esprit et de goût.

Cette vérité est aujourd'hui reconnue de tous nos philosophes ; Voltaire leur a donné la manière de la démontrer, et tous les jours , ils en font usage avec un art qu'on ne sauroit trop ad

mirer : mais nul n'a porté cet art aussi loin que l'auteur de la Guerre des dieux. Jugez-en par ces vers qu'il met dans la bouche du Saint-Esprit.

Quoi le cèdre orgueilleux
Sur le Liban domine et touche aux cieux,
Et du chien-dent l'on parleroit encore !
Ils sont jolis ces tortueux ruisseaux ,
Qui sous les fleurs glissent leurs foibles eaux,
Mais un torrent en passant les dévore.
J'ai mis un terme à la nuit de l'erreur :
Cachez-vous donc , allumettes , chandelles ;
L'astre du jour dans toute sa splendeur
Vient effacer vos pâles étincelles.

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C'est là du galimathias dira-t-on; j'en conviens. Mais selon l'auteur , ce galimathias est celui des psaumes, c'est celui de toute la Bible. On en croira sans doute Jésus-Christ lui-même, qui, au sujet de ces vers , dit si joliment au Saint-Esprit, que son esprit court après la phrase et qu'il n'a pas un psaume raisonnable. Cela est-il clair?

Autre preuve qui n'est pas moins convaincante : Bible et ignorance selon le poëte , sont deux mots synonimes. « A bas le raisonneur , » fait-il dire au fondateur du christianisme, enfin » tout ce qui pense; et pour régner , enseignons >> l'ignorance. - Ou bien la Bible , » ajoute le Saint-Esprit qui n'est pas suspect. Que peut-on désirer de plus? Voltaire n'eut pas dédaigné cette manière de plaisanter et de prouver ; c'étoit la sienne. Au lieu de rendre ses personnages vérita

blement ridicules, il leur fait dire nettement qu'ils le sont. C'est aller au plus court. Boileau et Molière , ne connoissoient pas ce genre de satire ou de comédie. Mais aussi Boileau et Molière n'étoient

pas des philosophes du dix-huitième siècle.

CHAPITRE X.

Suite de la troisième séance. Comment les

philosophes prouvent que les livres sacrés des Chrétiens sont supposés et altérés.

« L'HOMME est né menteur , dit La Bruyère, » il n'aime que la fiction et la fable. Voyez le » peuple , il controuve , il augmente, il charge » par grossièreté et par sottise : demandez même » au plus honnête homme s'il est toujours vrai » dans ses discours; s'il ne se surprend pas quel» quefois dans des déguisemens, où engagent né» cessairement la vanité et la légèreté ; si , pour » faire un meilleur conte, il ne lui échappe pas » souvent d'ajouter à un fait qu'il récite une cir» constance qui y manque. Une chose arrive au» jourd'hui et presque sous nos yeux, cent per» sonnes qui l'ont vue, la racontent en cent fa>> çons différentes, celui-ci , s'il est écouté la dira » encore d'une manière qui n'a pas été dite: » quelle créance donc pourrois-je donner à des » faits qui sont anciens et éloignés de nous par

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» plusieurs siècles ? Quel fondement dois-je faire » sur les plus graves historiens ? Que devient » l'histoire ? César a-t-il été massacré au milieu » du sénat? Y a-t-il eu un César ? Quelle consé>quence ! me direz-vous ; quels doutes ! quelle » demande ! Vous riez, vous ne me jugez digne ► d'aucune réponse , et je crois même que vous >> avez raison : je suppose

néanmoins

que

le livre » qui fait mention de César , ne soit pas un livre » profane, écrit de la main des hommes qui sont » menteurs, trouvé par hasard dans les biblio» thèques parmi d'autres manuscrits qui contien» nent des histoires vraies ou apocryphes ; qu'au » contraire il soit inspiré , saint , divin , qu'il » porte en soi ces caractères ; qu'il se trouve de» puis près de deux mille ans, dans une société » nombreuse qui n'a pas permis qu'on y ait fait » pendant tout ce temps la moindre altération, et » qui s'est fait une religion de le conserver dans » toute son intégrité, qu'il y ait même un enga»gement religieux et indispensable d'avoir de la

pour tous les faits contenus dans ce volume y où il est parlé de César et de sa dictature; avouez»> le, Lucile , vous douterez alors qu'il y ait eu » un César. » (Ch. des esp. forts.)

Est-ce un portrait de fantaisie que La Bruyère a tracé et que vous nous rappelez ici, me direzvous ? Non; c'est , en peu de mots l'histoire de ce qui se passa dans la troisième séance tenue par

» foi

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nos sages.

Le procès de nos livres saints étoit fait. A la honte de Bossuet, de Massillon, de Racine, de J.-B. Rousseau , de Milton, etc., qui avoient eu la sottise d'y puiser leurs plus sublimes beautés, on venoit de marquer irrévocablement leur place au dernier rang des plus chétives productions de l'esprit humain. Cet arrêt est beau et digne de la philosophie, dit un de nos sages, mais je crains que le public ne refuse d'y souscrire. Pourquoi ? dit le grand-homme; manque-t-il quelque chose à mes parodies et à mes commentaires ?

Non certainement on les lira avec avidité. Je n'en demande pas davantage ; mais de plus , vous verrez qu'on en rira. Qui en doute? Eh bien! c'est tout ce qu'il faut dans un siècle tel que le nôtre, nous aurons gain de cause. — Nous l'aurions encore plus sûrement si on vous croyoit. Mais j'y vois un grand obstacle. - Et quoi ? Les noms des auteurs de ces livres que vous savez si bien travestir. — Ah! ah! Simon Barjones, Matthieu , Jacques ? Voilà de beaux noms à m'opposer. Comme je vais m'en divertir. J'en ris d'avance; je serai là dans mon fort. Grandhomme, nous en rirons tous avec vous. Mais les gens à préjugés sentiront-ils le coup mortel qu'un ridicule aussi fin et aussi ingénieusement préparé porte aux livres des Chrétiens ? Ils s'obstineront à respecter ces sots livres précisément parce qu'ils sont l'ouvrage de Pierre , de Jacques , et de

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