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» manichéisme sur lesquels il étoit allé le consul» ter, qu'il eut lieu en effet de reconnoître

par » lui-même que ce qui prévenoit les esprits en sa » faveur , c'étoit la grande facilité qu'il avoit à » parler et qui étoit accompagnée d'adresse d'es» prit, et d'une certaine grâce naturelle ; mais » que de toutes les sciences, il ne savoit

que

la » grammaire et encore assez médiocrement; que » ce fut même cette ignorance qui le dégoûta de » la secte des Manichéens dans laquelle il étoit » engagé depuis long-temps. » ( Conf. de saint Aug. , l.v, c. 6 et 7. ) Mais saint Augustin détruit lui-même son témoignage par le plus impudent de tous les mensonges. Il étoit né en 354, et il prétend avoir eu une entrevue avec Fauste à l'âge d'environ trente ans, c'est-à-dire , à la fin du quatrième siècle. Or la chose est impossible, puisque l'auteur des Ruines assure que Fauste étoit un des plus savans hommes du troisième siècle. Ensuite croyez aux Pères de l'Eglise.

Quelle gloire pour la philosophie, d'avoir ainsi d'un tour de main et malgré les titres les plus authentiques, dépouillé les apôtres et leurs disciples de la propriété des livres qui courent sous leurs noins ! Il ne restoit plus qu'à lever le voile épais qui nous cachoit leur origine. La philosophie l'a tenté et elle y a réussi. Nous savons maintenant ce que ces livres ont été dans le principe, et par quelles métamorphoses successives ils ont pris

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enfin la forme sous laquelle nous les possédons aujourd'hui. « Ce sont, dit l'auteur des Ruines, » les livres des Mithriaques de Perse , et des » Esséniens de Syrie , qui n'étoient eux

mêmes » que des Samanéens réformés : car tous con» viennent que Krisna , Fôt, et Jésus, ont abso. » lument les mêmes traits. Mais le préjugé reli» gieux a égaré sur les conséquences à déduire. » C'est au temps et à la raison à le redresser. » (C. 2, et n. 38.) Notre philosophe l'a fait au nom de l'un et de l'autre. Quoi de plus clair et de plus rigoureux que sa démonstration !

a

CHAPITRE XI.

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Suite de la troisième séance. Ce que les phi,

. losophes opposent aux preuves du christianisme. De la dispersion des Juifs et de leur

. conservation.

Les livres sacrés des Chrétiens rejetés comme supposés et ineptes , leur religion demeuroit sans appui. A la rigueur , les philosophes auroient pu borner là leur triomphe ; mais ils sentoient leurs forces : ils résolurent de pousser l'infáme jusque dans ses derniers retranchemens : ils attaquèrent les

preuves qu'elle étale avec tant d'assurance. Voyez, dit-elle, l'état des Juifs sans roi , sans

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princes , sans sacrifice, sans autel ; ( Osée.) dispersés et errant sur toute la terre depuis plus de dix sept siècles ; distingués par leur religion , leurs lois, leurs meurs et leurs coutumes ,

des nations parmi lesquelles ils sont répandus; universellement méprisés, haïs , souvent persécutés, et massacrés; et néanmoins toujours subsistans et même excessivement nombreux, malgré toutes ces causes qui auroient dû cent fois les anéantir: c'est une merveille dont il n'y a pas d'exemple, et qui se refuse à toute explication humaine.

Mais cette merveille si incompréhensible et à peine croyable pour ceux mêmes qui en sont les témoins, a été annoncée par leurs prophètes : les circonstances qui l'accompagnent, les caractères qui la distinguent , sa longue durée , l'époque même à laquelle elle devoit commencer, tout a été décrit plusieurs siècles auparavant, dans le plus grand détail et avec une précision que l'évè- . nement a complètement justifiée. C'est un fait qu'il n'est pas permis de révoquer en doute : il est attesté

par

les Juifs eux-mêmes , dépositaires de ces étonnantes prédictions, et qui malgré la flétrissure qu'elle leur imprime, les conservent religieusement, et se les transmettent de père en fils sans se permettre d'y faire la moindre altération. Mais où leurs prophètes ont-ils puisés des lumières si extraordinaires ? Est-il donné à l'esprit humain de lire si loin dans l'avenir des évène

a

mens qui sont hors de toute vraisemblance ? Il y
auroit de la folie à le prétendre. Il faut qu'ici sous
le poids de l'évidence succombe l'incrédulité la
plus obstinée. C'est Dieu lui-même qui a révelé
la dispersion future des Juifs et leur conserva-
tion jusqu'à la fin des temps. L'une et l'autre sont
donc l'ouvrage de sa droite.
Et

pourquoi ce Dieu déploie - t-il une telle rigueur contre un peuple jadis l'objet de ses plus tendres affections ? Les prophètes vont encore nous l'apprendre. Les maux terribles que nous vous annonçons, disoient-ils aux Juifs , tomberont sur vous, parce que vous rejéterez et mettrez à mort le Messie que Dieu vous a promis et que vous aurez attendu et demandé avec ardeur pendant tant de siècles ; et vous ne cesserez de gémir sous ce joug pesant dont vos têtes seront chargées, qu'au moment où enfin vos yeux et vos cours s'ouvriront, et où vous adorerez comme votre libérateur celui que vous aurez percé : autre prédiction aussi incontestable, aussi souvent repétée dans les livres des Juifs, et plus extraordinaire encore que la précédente. Voyons si elle s'est accomplie avec le même éclat.

J'interroge les Juifs : sur ce point leur témoignage ne sauroit être suspect : ils conviennent que quelques années avant leur dispersion , il a paru dans la Judée un homme nommé Jésus, qui s'est donné pour le Messie si souvent annoncé par

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leurs prophètes, qu'ils l'ont condamné à mort comme un imposteur , et qu'ils ont demandé à grands cris que son sang fút sur eux et sur leurs enfans. Cet aveu me suffit : satisfait de l'avoir obtenu, je reviens à leurs livres sacrés; je les ouvre et j'y vois clairement deux choses ; la première, que l'époque à laquelle leur Messie devoit venir les visiter est celle même où Jésus-Christ a accompli sa mission; la seconde , qu'entre les caractères de ce Messie et ceux que nous remarquons en Jésus-Christ, il existe une parfaite conformité. La conséquence est évidente : le Messie est venu, et ce Messie est Jésus-Christ. Si les Juifs sont punis , c'est parce qu'ils ont méconnu et qu'ils méconnoissent encore aujourd'hui cette importante vérité ; et s'ils sont conservés par un miracle qui dure depuis tant de siècles, c'est pour rendre à cette même vérité un témoignage toujours subsistant par le déplorable état auquel nous les voyons réduits.

Quelle preuve de la divinité du christianisme ! et cette preuve , ce sont ses ennemis les plus acharnés qui nous la donnent eux-mêmes. Elle n'a rien d'abstrait , rien qui exige une grande force, ni une grande contention d'esprit. Il ne faut point, comme dit l'Ecriture , monter au ciel pour l'en faire descendre, ni pénétrer au fond de la terre pour l'en faire sortir, ni voler au-delà des mers, pour la découvrir ; elle est toute proche

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