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selon vos prophètes, ce temple doit être rebati un jour; je ne veux pas qu'il le soit sous mon ré gne, ainsi je révoque mes ordres. Sortez donc de l'erreur qui vous abuse, et ne vous attendez plus que ce temple, objet de vos désirs, et pour lequel vous venez de faire à mon profit de si grands sacrifices, soit jamais rétabli. Cette leçon vaut bien les millions que vous avez fait entrer dans mon épargne ; la vérité n'est jamais payée trop cher. Que pouvoient-ils répondre à ce terrible argument?

Ajoutez à celá , dit un sage, que voilà nos jeunes gens dans un étrange embarras. Leurs prêtres, leurs professeurs, leur ont fait voir dans les Écritures cet arrêt de Jésus-Christ et des prophètes contre le temple de Jérusalem : il ne restera pas pierre sur pierre; et cet état de désolation durera jusqu'à la fin : et le grand-homme leur dira avec cette légèreté et ces grâces piquantes qui savent lui concilier tous les cours , que les prophètes ont annoncé tout le contraire : ils ne sauront auquel entendre; cela brouillera toutes leurs idées.

C'est un grand avantage , s'écrièrent plusieurs voix ; c'est même un de ceux que nous devons le plus rechercher.

J'en garantis le succès , dit Voltaire : aussi c'est toujours à ce but décisif que je tends dans mes écrits philosophiques. On ne me croira pas : soit; mais au moins on ne croira rien, on sera même

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hors d'état de rien croire. — La philosophie n'a rien de plus à désirer, ajouta-t-on.

J'en conviens dit un sage ; mais, grand. homme, quelque ingénieuse que soit l'explication que vous nous donnez du trait d'histoire que nous discutons dans ce moment, je crains quelques chicanes de la part des raisonneurs chrétiens. Supposons , diront-ils, que Julien touché du déplorable aveuglement des Juifs, n'ait eu d'autre intention

que

de les en retirer, comme il convenoit à un empereur philosophe, il semble qu'il s'y est pris assez mal. La conduite et les motifs que vous lui attribuez ne prouvent rien à la rigueur, ni contre eux, ni contre la manière dont ils interprètent leurs prophètes. Mais d'ailleurs dans la lettre de ce prince que vous nous avez mise sous les yeux, il n'est fait aucune mention d'ordre révoqué; on n'y voit, ainsi que dans les récits faits par les auteurs chrétiens et païens, qu’un aveu de son impuissance à rebâtir le temple de Jérusalem. C'est tout ce .qu'il nous en faut : l'inutilité de ses tentatives justifie pleinement les prédictions de Jésus-Christ et des prophètes.

Bon ! repartit le grand-homme; qui est-ce qui fera ces réflexions ? un lecteur sur mille. Allez, tout ce que je viens de dire est excellent pour nos Welches : je vous réponds que

dans

peu on ne parlera plus de l'infructueuse entreprise de notre illustre confrère Julien, ni des conséquences que

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les docteurs chrétiens en ont tirées jusqu'à ce jour. Cessons d'en parler nous-mêmes ainsi que des Juifs et de leur dispersion : ce seroit compromettre nos lumières et la philosophie, que de faire trop d'attention à ces misérables. Je l'ai déjà dit: ils ont été dans tous les temps un peuple d'ignorans, de sots, de barbares, d'usuriers, de fripons , de voleurs, d'antropophages et de polissons. Combien de fois n'ai-je pas dénoncé au public le juif d'Acosta , qui m'a fait perdre une somme de trente mille livres. Je lui pardonne de bon cour, mais quant à sa nation , elle n'aura de moi que justice: j'en ai fait, et j'en ferai encore cent fois l'affreux portrait que vous venez d'entendre, et que mes lecteurs retrouveront dans la plupart de mes écrits. C'est ma réponse à tout.

Nos sages s'applaudirent beaucoup du tour que le génie du grand-homme donnoit à cette épineuse discussion. O fanatiques ! s'écrièrent-ils , ô superstitieux ! l'entendez-vous ? nous peindrons les Juifs comme le plus vil et le plus méprisable de tous les peuples ; donc leur dispersion et leur conservation ne prouvent rien en faveur de votre infdme culte.

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CHAPITRE XII.

Suite de la troisième séance. Objection des

philosophes contre la résurrection de JésusChrist.

Bon! Beau début ! ajoutèrent nos philosophes tout étonnés et comine émerveillés d'euxinêmes. Poursuivons : les preuves du christianis- . me ne tiendront pas une heure en notre présence.

Je me charge , dit Rousseau, de celle qu'on prétend tirer de la résurrection de Jésus-Christ : j'en ai découvert tout le foible; une phrase, un inot me suffira

pour

la renverser. Voici en quoi cette belle preuve consiste : JésusChrist durant sa vie a donné sa résurrection future pour preuve de sa mission ; si donc il est ressuscité, on est forcé de reconnoître qu'il est l'envoyé de Dieu: or' il est véritablement ressuscité selon la prédiction qu'il en avoit faite plusieurs fois : donc nous devons croire en lui : donc sa religion est divine.

Est-il rien de plus puéril ? poursuivit Rousseau. Je soutiens, moi, et je soutiendrai toujours quelques passages de l'Evangile qu'on m'objecte, que Jésus-Christ ne s'est jamais autorisé sur sa résurrection ; et la preuve en est bien simple : « la mort d'un homme n'est pas un miracle ; ce

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a

» n'en est pas même un qu'après avoir resté trois » ► jours dans la terre , un corps en soit retiré. » ( Trois. lett. de la mont. )

Optimè , s'écrièrent quelques enthousiastes ; O Jean-Jacques, que vous étiez bien fondé à vanter l'excellence de cette phrase ! tous les termes en sont merveilleusement choisis. - - Cependant, reprit-il, elle n'est

pas de celles qui me coûtent plusieurs jours de travail : (Conf.) elle a coulé de source.

Quant à moi, dit Voltaire, je crois toute résurrection impossible: je l'ai déjà prouvé pour nos Welches dans plusieurs de mes ouvrages (*). La conséquence saute aux yeux : donc Jésus-Christ n'est pas ressuscité. Mais disons un mot de la preuve que donnent les Chrétiens de cette résurrection prétendue. Certes , elle le mérite bien. .

Un fait , disent-ils, est indubitable , lorsque les témoins qui l'attestent n'ont pu être abusés , et qu'ils ne veulent, ni ne peuvent nous tromper: or telle est la résurrection de Jésus-Christ.

Les témoins de cette résurrection ont été au nombre de plus de cinq cents , tous fort peu enclins à la croire, tous au contraire dans des dispositions si peu favorables à ce fait , qu'il leur a fallu pour se rendre les preuves les plus démonstratives et les plus multipliées. Jésus-Christ s'est

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(*) Voyez cette preuve , ( Prem. part. c. 3.)

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