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» célébrer à jamais l'aventure des sept-dormans : » aucun Grec n'en a jamais douté dans Ephèse ; » les Grecs n'ont pu être abusés ; ils n'ont pu » abuser personne : donc l'histoire des sept-dor» mans est incontestable. » ( lbid.) Pour le coup, Monsieur Abbadie, vous voilà pris dans les filets que vous avez tendus. Oui , mon ami, je consens de grand coeur d'être fessé dans les murs de Paris , si après qu'on aura lu mon article des Sept dormans, on ose encore soţ. tenir , comme vous avez eu la sottise de le faire, qu'il n'est pas permis de révoquer en doute un fait dont il existe des monumens publics et bien authentiques, et dont les témoins n'ont pu être ni trompés ni trompeurs.

On rit beaucoup de cette saillie du grandhomme, et plus encore de l'adresse avec laquelle il venoit de triompher d'Abbadie et de tous les Chrétiens. Sentez-vous, leur dit-il alors, combien il est avantageux pour nous d'attaquer directement le principe dans les raisonnemens qui nous incommodent? - Parfaitement. - Autant que je le puis, c'est toujours là que je dirige mes coups. J'en veux aux faits de l'ancien Testament et du nouveau : eh bien ! pour les 'anéantir plus sûrement, j'arrache sans pitié les bases mêmes de l'histoire.

Périsse l'histoire, s'écrièrent plusieurs philosophes , périsse toute espèce de certitude pourvu que la philosophie triomphe.

La perte ne sera pas grande , dit l'auteur du Pyrrhonisme du sage ; la certitude n'est qu'un mot. «Qu'on essaie de démontrer les vérités les » plus communes , les plus évidentes, on n'y » parviendra jamais. Non: il ne faut rien admet» tre comme démontré, parce que rien ne l'est : > qu'on ne me parle pas de ce qui saute aux yeux, » de ce qu'on conçoit clairement; l'évidence est » de toutes les démonstrations celle qu'on recher» che le plus, et elle est la plus foible quand on » n'est pas prévenu. Que dis - je ! elle n'existe » nulle part. En veut-on une preuve ? les Maho» métans croient que l'Alcoran est véritable , les » enfans

que

les fantômes sont redoutables: donc » il n'y a rien d'évident. » (S. 12, 35, 24 et 25.)

( Eh ! s'écrièrent plusieurs philosophes charmés de ce bel élan, voilà une nouvelle lumière qui brille à nos yeux. Que de préjugés elle va dissiper

!- Qui en doute, reprit notre sage pyrrhonien ? Ces vérités une fois reconnues, nous n'avons qu'un mot à opposer aux Chrétiens; le voici: « il n'y a point de sentiment qui ne trouve des » défenseurs et des adversaires. Quel parti choisir? » Doutons. » (Ibid., S. 18.) Ainsi lorsqu'ils viennent tout triomphans nous étourdir de la résurrection de leur Dieu, répondons-leur avec confiance : cette résurrection est douteuse, car nous

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la contestons : or c'est un principe indubitable , que « ce qui est contesté ne sauroit être regardé » comme certain. » ( Ibid., C. 19.) — Oui : cela répond à tout. — « Qu'ils se tire nt delà, s'ils » peuvent. » ( Ibid.)

Ainsi fut ébranlé ou pour mieux dire renversé, ce grand fait de la résurrection de Jésus-Christ , prêché par

les apôtres au milieu d'une multitude de prodiges que Dieu opéroit pour le confiriner, cru pendant dix-sept siècles par les hommes les plus vertueux, et par les plus beaux génies de l'univers , et scellé du sang de tant de millions de martyrs. Autrefois

par sa force invincible et par l'éclat qui l'environnoit il avoit soumis toute la terre à l'Evangile. Nos philosophes ont paru ; deux mots de leur bouche ont fait en un instant évanouïr le prestige : il n'a plus été permis de croire ce fait sans renoncer à la raison. Il est vrai que ces deux mots sont d'une force rare : on en est convaincu plus que jamais depuis les iminortels travaux de l'auteur de la Religion universelle. Ce grand - homme faisant habilement usage du principe de la science, qu'il a heureusement retrouvé après tant de siècles , a découvert

que

la fête de Pâque chez les Juifs et chez les Chrétiens a pour objet, sans qu'il s'en doutent, le

passage du seigneur Soleil aux régions boréales à l'équinoxe du printemps. De là il a conclu que Jésus-Christ n'est jamais ressuscité et que même

il

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il n'a pas existé comme être humain. C'est ; comme on voit , remonter bien plus haut

que

n'a fait et que n'auroit osé faire Voltaire lui - même avec toute son audace. Mais telle est la philosophie: rien ne borne ses conquêtes et son accrois

sement.

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.. malum quo non aliud velocius ullum;
Mobilitate viget, viresque acquirit eundo ;
Parva metu primò , mox sese attollit in auras;
Ingrediturque solo , et caput inter nubila condit.
Illam terra parens , irâ irritata deorum
Extremam, ut perhibent, Cao Encelado que sororem
Progenuit , pedibus celerem et pernicibus alis :
Monstrum horrendum , ingens. ( Enéide , liv 4. )

CHAPITRE XIII.

Suite de la troisième séance. Objection des

philosophes contre les prophéties et les prophètes.

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Les philosophes enchantés de ces premiers succès jetèrent la discussion sur la preuve des prophéties ; mais à ce mot les plus intrépides furent glacés d'effroi. « Que ferons-nous , mes » frères ? dirent-ils comme les premiers ennemis

? » du christianisme, ce sont ici des choses évi» dentes , et nous ne pouvons pas les niér. » (Act. des Ap., c. 4, v. 16.)

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Ils réfléchirent pendant quelques momens. Eh ! morbleu, dit enfin Voltaire, qu'est-ce que les prophètes juifs ont de si merveilleux pour

' mériter nos hommages ? « Plusieurs nations, les » Grecs , les Egyptiens, etc., eurent aussi leurs » oracles, leurs prophètes , leurs Nabi , leurs » Voyans. » (.Dict. phil. , Phil. de l'hist.) Eh ! bien, je les mets tous au même niveau.

Cette idée est grande, lui dit-on , mais elle paroîtra peut-être trop hardie.

Aussi , répliqua le grand-homme, je protesterai que « je n'ai pas dessein de confondre les » Nabi et les. Roch des Hébreux avec les » imposteurs des autres nations. » C'est après avoir pris cette adroite précaution oratoire que j'insinuerai qu'il n'y a entr'eux aucune différence. J'accuserai les prophètes juifs d'avoir « cherché » comme ceux du paganisme à réussir par l'am» biguité des paroles. »

Nos philosophes se sentoient déjà soulagés ; mais ils désiroient, sinon pour eux, du moins pour

leurs lecteurs que cette assertion fût appuyée de quelques preuves ou de quelque apparence de

preuve.

Vous serez satisfait, dit le grand-homme après y avoir long-temps rêvé. J'ai trouvé un exemple de cette ambiguité qui caractérise les oracles des Nabi hébreux. Voyez-le dans le quatrième livre des Rois.

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