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tables Chrétiens ne formeroient pas un état qui pút subsister. « Pourquoi non? dit-il, ce seroient » des citoyens infiniment éclairés sur leurs de» voirs, el qui auroient un très-grand zèle pour » les remplir. Ils sentiroient très-bien les droits » de la défense naturelle. Plus ils croiroient de» voir à la religion, plus ils penseroient devoir » à la patrie. Les principes du christianisme bien » gravés dans le cæur seroient infiniment plus » forts que ce faux honneur des monarchies , ces » vertus humaines des républiques, et cette crainte » servile des états despotiques. » (Esp. des lois, liv. 24, chap. 6.)

* Je ne conçois pas, dit Voltaire, comment un » esprit aussi éclairé et aussi hardi que celui de » Montesquieu , a pu condamner sévèrement un » autre génie bien plus méthodique que le sien.... » Il ne se souvenoit pas que les principes de la » défense naturelle, sont très-clairement anéantis » dans l'Evangile. Ceux que nous appelons Qua» kers ont toujours refusé de combattre.... Il sem» ble que Montesquieu ait voulu prévenir les in» justes accusations qu'il a essuyées des fanati» ques en leur sacrifiant Bayle ; et il n'y a rien » gagné. Ce sont deux grands-hommes qui parois» sent d'avis différent, et qui auroient toujours » eu le même s'ils avoient été également libres. » ( Quest. sur l'Enc., art. Esséniens.) Aussi, dit Rousseau, vous voyez que l'autorité

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de ce beau génie ne m'effraie pas.

J'ai

pour appuyer mon opinion, des preuves qui proposées et assaisonnées comme doit l'être tout raisonne. ment philosophique, feront certainement effet. L'Évangile nous prescrit une soumission entière aux ordres de la providence ; il veut que nous rapportions tout à une autre vie pour laquelle nous avons été créés. Je ne connois rien de plus contraire à l'esprit social. Il doit en résulter nécessairement cette apathie, cette sottise, cette imbécillité, cet esprit de servitude dont je fais le caractère distinctif des Chrétiens. ( Cont. soc. liv. 4, chap. 8.)

Tous nos sages étoient dans le ravissement. Vraiment, dirent-ils , Jean-Jacques est un génie créateur ; il a une manière toute nouvelle de voir les choses.

Faut-il en être surpris? dit le bon Jean-Jacques : « ce n'est pas sur les idées d'autrui que j'écris , » c'est sur les miennes. Je ne vois point comme » les autres hommes, ajouta-t-il avec une secrète » complaisance, il y a long-temps qu'on me l'a » reproché. » (Em., préf. ) Mais si je ne vois pas comme les autres hommes , je saurai bien amener la multitude de mes lecteurs à voir comme moi. Concluez, leur dirai - je, après que j'aurai déduit ma démonstration , qu'il faut bien se garder de faire du christianisme une religion civile. Un peuple sagement constitué, ne doit pas en

avoir d'autre que celle à laquelle je me suis réduit moi-mê ne et qui consiste « à croire l'existence » de la divinité, puissante, intelligente , bienfai» sante, prévoyante et pourvoyante, la vie à ve» nir, le bonheur des justes, le châtiment des » méchans, la sainteté du contrat social et des » lois. Voilà ce qu'on doit exiger d'un citoyen, et » rien de plus. » (Cont. soc., l. 4, c. 8.)

Le bon Jean-Jacques qui faisoit entrer dans sa religion civile , le dogme de la providence et celui d'une vie à venir , avoit déjà oublié que c'étoit précisément à cause de ces deux dogmes que le christianisme lui paroissoit une religion antisociale. Mais qu'est-ce Jean-Jacques n'oublie pas? Est-ce mauvaise foi ? est-ce incohérence dans les idées ? Je l'ignore. Il avoit un esprit très-philosophique, a-t-on dit de lui; et rien n'est plus vrai: il ne s'agit que d'entendre ce mot philosophique.

Il faut néanmoins lui rendre justice. En publiant les deux dogmes dont je viens de parler, il a eu soin , à l'exemple des autres déistes, de prendre des précautions qui en éloignent tout le danger. Le christianisme veut que ces dogmes soient à la fois dans l'esprit et dans le coeur , et plus encore dans le cæur que dans l'esprit. Le déisme se contente de les mettre dans l'esprit et même le moins avant qu'il est possible. La philosophie se trouve ainsi parfaitement rassurée sur les suites.

CHAPITRE X VII.

Suite du même sujet.

Nouvelles attaques livrées à la morale du christianisme.

J'INTERROMPS, mon cher Belmont, le récit de ce qui se passa dans la quatrième séance de nos sages, pour vous rapporter un fragment d'un entretien que j'ai eu avec ce philosophe si exalté et si enthousiaste dont je vous ai déjà parlé. Ce fragment m'a paru nécessaire pour achever de vous faire connoître la manière dont les écrivains de sa secte attaquent la morale du christianisme.

Ce philosophe se nomme Valcourt. Si vous comniuniquez à quelques personnes le recueil que je vous adresse, peut-être ces personnes seront tentées de croire que l'entretien que je vais mettre sous vos yeux, et un autre que je vous rapporterai dans la suite, sont de mon invention; et voyant que Valcourt ne débite que des inepties, elles conclueront que j'ai voulu marcher sur les traces de Rousseau, de Voltaire, et de plusieurs de leurs disciples, qui dans leurs livres font jouer aux Chrétiens un rôle si ridicule et si niais. Un tel jugement seroit bien injuste. Qu'on regarde, si l'on veut, ces entretiens comme une fiction ; je ne m'y oppose pas : mais je prie de considérer que Valcourt ne dit rien de lui-même ; il ne fait

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qu'exposer les opinions des philosophes, et les conséquences qui en découlent. Si on les trouve absurdes, tant pis pour ceux qui en sont les inventeurs. Ce sont eux que Valcourt représente: c'est sur eux que retombent tous les traits qui sont lancés contre lui. Il n'en est pas de même de l'inspiré de Rousseau, du père Nicodème de Voltaire, et de tous les Chrétiens qu’on introduit avec tant de mauv aise foi comme interlocuteurs dans les ouvrages philosophiques. On leur fait dire force sottises et force extravagances que le christianisine n'a jamais enseignécs. Ces interlocuteurs ne représentent donc aucun personnage réel : ce sont purement des êtres d'imagination : tout ce qu'on prouve contre eux est étranger au christianisine. C'est une platte bouffonnerie de nos philosophes qui peut en imposer aux ignorans , mais qui excite l'indignation et la risée de toutes les personnes instruites. Celte petite observation n'est

pas pos. A la vérité , l'objection que je crains est peu importante en elle-même, mais elle peut frapper certains esprits qui manquent d'attention : il étoit bon de la détruire d'avance. Je reviens maintenant à mon sujet.

A l'époque où j'eus avec Valcourt l'entretien que vous allez lire, mes opinions sur la philosophie étoient déjà fixées ; mais je me gardois bien de lui en faire confidence : la prudence ne le per

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hors de pro

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