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» sont effacés : elle auroit admis Néron à ses » mystères , s'il se fût déclaré pour elle; elle en» hardit

par là aux forfaits , elle étouffe dans le » cæur des coupables le ver rongeur et les re» mords du crime. » ( Ibid., p.524,528 et 551.) L'auteur de la Guerre des dieux et plusieurs autres philosophes tiennent le même langage. Tous s'accordent à dire avec Helvétius , que « la dévo» tion des Chrétiens n'est qu'un voile à leurs cri» mes. » ( De l'hom. , pag. 102.)

PONVAL. Quelles épouvantables horreurs ! Mais est-ce bien là le caractère de la religion chrétienne?

VALCOURT. C'est celui que nos maîtres lui ont reconnu, et tout le monde sait qu'ils ont le coupd'oeil juste. Lisez L'examen philosophique , que l'auteur de la Religion universelle fait des mystères considérés dans leurs rapports avec la politique et la morale. ( Rel. univ., t. 4, part, 2.me) Vous

y verrez que ce savant homme soutient avec force, que toutes les initiations anciennes, quoique fondées sur l'imposture, avoient cependant un but moral, qui étoit honnête et utile à la société, mais

que

l'initiation chrétienne ne proposant à notre esprit que des dogmes absurdes , confondant toutes les idées de vertu et de vice , ne tendant qu'à dégrader les ames et à les enbardir aux forfaits , est une institution funeste, et une véritable monstruosité en politique comme morale, qu'on doit se hâter de proscrire.( Tom. 4, pag. 628.)

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Mais allons jusqu'au bout , continua Valcourt. L'Évangile rend ses sectateurs vicieux et méchans: vous êtes maintenant forcé d'en convenir. Il n'est pas moins clair qu'il tend à les rendre imbéciles et idiots. « Le premier sacrifice qu'il exige est ce» lui de la raison et du bon sens : et quiconque » n'ose l'abjurer est dévoué pour toujours aux » horreurs du Tartare. » (Rel. univ., t. 4, p. 496.)

PONVAL. Et on trouve encore ces sottises-là dans l'Évangile ?

VALCOURT. Vous faites quelquefois des questions bien niaises : on croiroit que vous entendez parler de philosophie pour la première fois. Que vous dis-je ici que nous ne répétions sans cesse depuis plus de quatre-vingts ans. Ce qui m'étonne; c'est qu'on ne se soit pas encore rendu à cette observation , c'est qu'il existe des Chrétiens. PONVAL. Les Chrétiens ne conviennent

pas

de la solidité de ce reproche : ils disent avec Rousseau ; « il nous faut des raisons pour soumettre » notre raison. » Selon eux, ce n'est

pas crifice de la raison et du bon sens que l'Évangile demande, mais une soumission de ceur et d'esprit aux vérités qu'il enseigne ; et cette soumission, les Chrétiens l'accordent, non parce que l'Évangile la commande , mais parce qu'il donne les raisons qu'il a pour l'exiger, et qu'il déclare n'y prétendre qu'à ce titre.

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VALCOURT. Voilà ce qu'ils disent ; mais nous ne sommes pas dupes de ce langage. Il y a plus, mon cher Ponval ; « selon la doctrine du chris

tianisme, les incrédules seront les plus rigou» reusement punis aux enfers. ^ ( Ibid., p.496.)

Pour cette fois je gardai le silence : j'étois las de relever tant de faussetés. Je laissai Valcourt continuer.

En vérité, dit-il, cela fait pitié ; aussi l'auteur de la Religion universelle, qui certainement n'est pas un homme pusillanime, nous dit fort plaisamment : « à ce titre, j'avoue que je ne mérite pas » de grâce. » ( Ibid.)

PONVAL. Voilà un trait de caractère.

VALCOURT. C'est le langage que doivent tenir tous les philosophes. Que pourroient-ils trouver de séduisant dans l'Elysée des Chrétiens? « Il n'est

fait
pour

les

gens d'esprit. Quelle morale ! » Orphée et Linus , avez-vous jamais cru que le » génie qui avoit créé l'Elysée, et où Virgile vous » a donné la première place devoit être un jour » un titre d'exclusion ? Quels sont donc ceux qui » y seront admis ? Des moines sous toutes sortes » de frocs, souillés de toutes sortes de vices , des » capucins à longue barbe', aux pieds boueux, >> couverts d'un manteau sale et rembruni, et des » gueux couverts de baillons. » ( Ibid.,505 et 506.)

Je ne pus mempêcher de rire de ce tableau grotesque et de la manière dont il m'étoit présenté.

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Valcourt qui crut bonnement que j'approuvois, m'en témoigna sa satisfaction par un sourire extrêmement gracieux. Puis reprenant un ton imposant; disons donc, poursuivit-il, avec notre philosophe : « je me fais gloire de renoncer à cet » Elysée qui est celui d'un visionnaire, d'un mi» santrope, de l'être le plus anti-social. ( Ibid. ,

, , p. 495.) Mon aine est une émanation de l'ame » universelle que mon être isolé et passager a » reçue en naissant. Je veux qu'à ma inort elle » retourne à sa source. » (Tom. 1 , pag. 369.)

CHAPITRE XVIII.

Suite de la quatrième séance. Comment les

philosophes attaquent les dogmes du christianisme.

Mais c'est insister trop long-temps sur des rêveries plus plates qu'absurdes : je vous fais grâce du reste de l'entretien , et je reviens au récit que j'ai interrompu. Nos sages

s'étoient débarrassés heureusement de la morale du christianisme : il restoit encore la partie dogmatique. Cette partie a deux objets : les dogmes qui sont du ressort de la raison, et ceux auxquels elle ne peut atteindre, et que nous nommons communément mystères. Quelle conduite tenir à l'égard des uns et des autres ?

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Les premiers présentoient à nos sages

de

gran. des difficultés : ils ont éminemment les quatre caractères qu'on doit rechercher dans tout dogme religieux: 1 o. la raison n'y trouve rien qu'elle puisse reprendre: 2°. proposés sans discussion, par voie d'autorité, et rendus sensibles dans des histoires simples et intéressantes, ils sont enseignés aux hommes d'une manière parfaitement adaptée à la nature de leur esprit: 3o. ils sont bien dirigés quant au but, puisqu'ils tendent tous à nous rendre meilleurs et plus heureux : 4o. enfin leur divin auteur assure leur durée en les défendant lui-même selon ses promesses , contre tous les efforts que pourroient faire les passions humaines pour les anéantir ou pour les altérer. .

Nos sages savoient toutes ces choses ; et leur fureur contre le christianisme en recevoit de nouveaux accroissemens. Ecoutez ces fanatiques, disoient-ils; ils vous soutiendront qu'il n'y a pas un seul point dans les dogines et dans la morale de l'Évangile , qu'une saine philosophie ne doive avouer. On n'y voit , selon eux, que cette philosophie même éclaircie , developpée , épurée , agrandie et élevée tout-à-coup à une perfection que les plus grands hommes de l'antiquité n'auroient

soupçonner. L'existence et les attributs de la divinité, l'origine de l'homme , sa nature, son état présent, sa destination , ses besoins , ses rapports avec Dieu et avec ses sem

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