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second rira ou qu'il réfutera facilement. Les Chré. tiens crieront à la calomnie et à la mauvaise foi. Que m'importe ? leur dirai-je froidement, « S'en>> suit-il , des inepties que debite un inspiré que » ce soit un catholique ? Vous auriez bien pus » ajouterai-je, vous dispenser de vous reconnoi» tre à un langage si plein de bile et de déraison; » car vous n'aviez pas encore écrit contre moi. (Lett. à M. de Beaum.) Cet excellent trait épigrammatique mettra les rieurs de mon côté.

C'est le point essentiel dans la cause que nous défendons , s'écrièrent les philosophes. Faisons rire nos lecteurs , et la victoire sera pour nous.

Qui: dirent Voltaire et d'Alembert. « Moquons w nous de tout : encore une fois , moquons-nous » de tout; il n'y a que cela de solide. » C'est là notre éternel refrein. — Moquons-nous de tout, répétèrent les philosophes.

CHAPITRE XIX.

Suite de la quatrième séance. Objections des philosophes contre les mystères du christianisme.

Vous avez raison , reprit Rousseau , rions et faisons rire nos lecteurs. C'est la méthode que je me propose de suivre dans l'excellent dialogue dont je viens de concevoir l'idée. Je vous promets de le rendre extrêmement plaisant. Mais savezvous sur quoi je comple attirer d'abord l'attention des rieurs ? Sur les mystères que le christianisme

propose à notre foi.

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A ce nom de mystères, nos sages poussèrent un cri de joie qui fut entendu au loin. L'infáme est à bas , disoient - ils tout transportés et hors d'eux-mêmes, nous avons enfin découvert son talon d'Achille. Dirigeons là tous nos traits : ce sont les dogmes de la loi naturelle , c'est la morale surtout que notre philosophie veut anéantir. Mais si nous les attaquons trop ouvertement, nous passerons pour des libertins ou pour des apologistes du libertinage. Nous n'avons rien de semblable à redouter dans la guerre que nous déclarons aux mystères : c'est notre raison dans laquelle nous avons une extrême confiance qui les rejète. On ne verra en nous que les vengeurs, les restaurateurs de cette raison.

Ensuite ils s'excitèrent mutuellement à bien profiter de tous les avantages que leur position leur promettoit. Il ne faut pas , disoient-ils, qu'un

, seul de nos coups soit perdu. Le moindre de ceux que nous porterons doit écraser l'infame, ou nous ne sommes que

des imbéciles. Ces nobles élans furent suivis de quelques momens de silence pendant lesquels nos sages se hâtèrent de recueillir toutes leurs forces. Puis d'un ton triomphant ils proclamèrent une grande vérité qui sans doute étoit demeurée inconnue jusqu'à eux: c'est que les mystères du christianisme

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sont incompréhensibles. (*) Les voilà , dirent-ils, jugés sans appel au tribunal de notre raison. Tirons la conséquence : elle saute aux yenx. Notre raison ne comprend pas ces mystères , donc elle doit les rejeter. Cela ne suffit

pas,

dit Rousseau. « Le monde » intellectuel, sans en excepter la géométrie, est » plein de vérités incompréhensibles, et pour>> tant incontestables. Tel est le dogme de l'exis» tence de Dieu ; tels sont les mystères admis » dans les communions protestantes. » (Lett. à d'Alemb. )

L'assemblée fit un mouvement de surprise et d'indignation. Quoi ! dit-on à Rousseau , des ménagemens pour les protestans ? Quelle foiblesse ! leurs mystères considérés en eux-mêmes, ne sont pas plus admissibles que ceux qui sont particuliers aux catholiques. Et quand ils le seroient, la philosophie ne peut pas s'en accommoder. Ce sont des têtes de l'infdme, il faut les couper. Aussi est-ce le sort que je leur prépare.— Et vous venez de les déclarer invulnérables. C'est un leurre pour mes chers compatriotes auxquels je ne veux pas rompre en visière. Mais cela ne tirera pas à conséquence. Je saurai bien leur faire payer

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(*) Pour parler exactement, il auroit fallu dire que les mystères du christianisme sont incompréhensibles pour nous dans cette vie. On a fort bien remarqué que ce ne sont pas des vérités obscures , mais des vérités voilées.

cher

et que

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cher dans la suite ce petit moment de complaisance. — A la bonne heure: mais en attendant, on prendra contre nous acte de votre aveu. — Vous n'avez rien à craindre. Dans l'endroit même où je paroitrai flatter les Protestans , je ferai l'apologie des Sociniens dont la raison rejète tous les mystères, en déclarant néanmoins que « je ne w

sais ce que c'est que le socinianisme » sur quelques notions confuses de cette secte et » de son fondateur, je me sens plus d'éloigne» ment que de goût pour elle. » (Lett. à d'A.) Bientôt après je publierai ma profession de foi. C'est là que je battrai en ruine tous les mystères du christianisme sans aucune distinction. Les coups que je leur destine sont tout prêts. Il n'y en a pas un qui ne soit accablant. Vous allez en juger.

D'abord je dirai d'une manière vague, et en général : « celui qui charge de mystères, de con» tradictions, le culte qu'il me prêche, m'apprend » par cela même à m'en défier. » ( Prof. de foi.) Admirez ce mot contradictions qui paroît mis là sans dessein : il fera certainement effet. On ne manquera pas de le regarder comme synonime de mystères. Quand j'aurai ainsi préparé les esprits , je ferai paroître mon inspiré qui donnera un démenti bien net aux axiomes les plus évidens, et qui déclarera de la part de Dieu , que la révélation dont il est le porteur nous impose l'obligation de les rejeter. Enfin viendra le mot de

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l'énigme : je me plaindrai d'une voix touchante , de .ce que « l'Évangile rst plein de choses incroya» bles, de choses qui répugnent à la raison, et » qu'il est impossible à tout homme sensé de con» cevoir ni d'admettre , » ( Ibid. ) c'est-à-dire, qui sont en opposition avec les axiomes que mon inspiré aura proscrit.

Vous sentez maintenant où gît le fort de la difficulté contre les mystères du christianisme. Non seulement ils sont incompréhensibles , mais ils heurtent la raison, ils contredisent les axiomes qui sont la base de toute certitude. C'est sous ce rapport que je les dénoncerai au public, comme

, des objets de croyance qu'un homme sensé ne sauroit admettre.

Rien de mieux imaginé, s'écrièrent les philosophes. Mais , nous répondront les Chrétiens , « il ne suffit pas de dire que nos mystères com» battent les vérités éternelles. »

C'est là que je les attends , reprit vivement Rousseau. « J'en conviens , leur dirai-je avec la » confiance que m'inspire le sentiment de mes » forces : tâchons de faire plus. »

« Une de ces vérités éternelles qui servent d'élé» ment à la raison , est que la partie est moindre

que le tout. Or, selon la doctrine de la tran» substantiation , lorsque Jésus fit la dernière '9 cène avec ses disciples, et qu'ayant rompu le » pain, il donna son corps à chacun d'eux, il est

à

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» que

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