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aussi sans savoir quelle étoit l'idée qui l'occupoit : mais ils ne doutoient pas qu'elle ne fût très-plaisante et par conséquent décisive contre le christianisme. Ils le prièrent d'en faire part à l'assemblée : aussitôt prenant son ton sérieusement co

: mique, « je respecte, dit-il, cette maxime : hors » de l'Eglise point de salut ; mais n'est-il

pas » ridicule et abominable que des particuliers osent » employer cette sentence générale et comminatoi» re contre des hommes qui sont leurs supérieurs » et leurs maîtres en tout genre. Les hommes rai» sonnables n'en usent pas ainsi. L'archevêque » Tillotson auroit-il écrit à l'archevêque Fénélon, » vous serez damné ? Et un roi de Portugal » écriroit-il à un roi d'Angleterre qui lui enver» roit du secours : mon frère, vous irez à tous » les diables? »(Poëm. sur la loi nat., 3.me part., notes.)

Un rire inextinguible tel que celui des dieux d'Honnère à la vue de Vulcain qui leur servoit le nectar en boitant, s'étoit emparé de nos philosophes. Lorsqu'ils furent revenus à eux-mêmes, le dogme de l'intolérance, s'écrièrent-ils, est abattu par ce seul coup. Voyez quelle impertinente. rusticité il introduiroit dans le langage des hommes. Ecrivez, dirent-ils aux secrétaires nommés pour rédiger ce qui se passeroit dans leurs séances, écrivez que les philosophes sont venus pour donner aux Chrétiens des leçons d'urbanité et de po. litesse : ils en avoient besoin.

Cependant malgré la philosophie profonde qui perçoit à travers cette saillie du grand-homme , ils ne décidèrent pas entre lui et Rousseau; mais ils tachèrent de se montrer dignes de l'un et de l'autre en marchant sur leurs traces. Ils firent passer en revue tous les mystères du christiapisme : au lieu de celle auguste majesté qui les environnoit autrefois, et qui depuis dix-sept siècles étoit l'objet de la vénération des plus beaux, génies de l'univers, on n'y vit plus qu'atrocité ou ineptie. Le moyen qu'après cela un homme sensé pút les concevoir ni les admettre!

Le dogine que nos sages avoient le plus à cour de détruire étoit celui du péché originel. Ils se rappeloient en tremblant les terribles argumens de Platon, de saint Augustin, et surtout de Pascal, pour établir son existence. Attendez , dit Rousseau; je vais en peu de mots faire justice de leur doctrine. « Point de perversité originelle dans » notre espèce ; celle qui existe est uniquement » l'ouvrage de l'homme en société. Ne voyez» vous pas que lorsque les hommes sont réunis, » leur ambition s'éveille, que l'amour de soi , » mis en fermentation, devient amour-propre ,

la conscience , plus foible que les passions » exaltées, est étouffée par elles. Voilà com» ment, l'homme étant bon, les hommes devien» nent méchans. » (Lett. à M. de Beaum. )

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» que

Grâces soient rendues à ce grand philosophe. Nous savons enfin que l'homme se déprave, parce qu'il est déjà dépravé. Ainsi le mystère de notre cæur est tout éclairci. Rousseau satisfait de cette découverte l'a développée depuis dans un long discours, qu'il regarde comme un de ses principaux ouvrages (Lett. à Males.) Il revint ensuite au péché originel. « Par ce dogme , dit-il, les » Chrétiens rendent Dieu injuste, et ils punissent » les innocens du crime de leur père. » (*) (Prof. de foi.)

Ils font plus , dit Voltaire; ils présentent à notre vénération un Dieu

Qui créa des humains à lui-même semblables

Afin de les mieux avilir;
Qui nous donna des cours coupables
Pour avoir droit de nous punir;

Qui nous fit aimer le plaisir
Pour nous mieux tourmenter par des maux effroyables.

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(*) Ce n'est point le péché de notre premier père que Dieu nous impule , mais un péché que nous avons commis en lui , et qui est propre à chacun de nous. Ou est en cela l'injustice? Vous me direz: comment puis-je être coupable de ce péché ? - J'avoue l'impuissance où je suis de répondre à cette question; mais considérez qu'elle porte uniquement sur la manière dont nous avons péché originellement, et non pas sur l'existence de ce premier crime. Les peines sans nombre tant de l'ame que du corps auxquelles nous sommes assujettis en waissant et pendant tout le cours de notre vie , sont. autant de voix qui nous crient que nous sommes coupables, puisque nous sommes punis, et que sous un Dieu juste nul n'est puni sans l'avoir mérité. Quant aux autres imputations de Rousseau et de Voltaire, elles ne méritent aucune réponse : elles ne peuvent tromper que ceux qui veulent l'être.

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Quelle abominable doctrine ! crièrent les philosophes. Inculquons bien à nos lecteurs

que

c'est celle du christianisme.

Pourra-t-on en douter, dit Rousseau , lorsque

m’écrierai avec le ton de l'indignation ? « Le » moyen de concevoir que Dieu crée tant d'ames » innocentes et pures, tout exprès pour les join» dre à des corps coupables pour leur y faire con» tracter la corruption morale, et pour les con» damner toutes à l'enfer sans autre crime que » cette union qui est son ouvrage. » (Lett. à M. de Beaum.)

Jamais la philosophie ne s'étoit exprimée avec plus de vérité. Rien de plus ridiculement atroce qu’un Dieu qui punit les innocens du crime de leur père , qui donne aux hommes des cours coupables , qui les enrichit de certaines facultés afin de les rendre ensuite plus malheureux, qui crée des ames tout exprès pour leur faire con tracter la corruption morale , et pour les condamner à l'enfer ; qui les у

condamne en effet, sans voir en elles d'autre crime que leur union avec des corps , et ce qui rend l'absurdité complète avec des corps coupables. Il restoit à prouver que c'est là le Dicu des Chrétiens : mais sur ce point tous nos philosophes gardèrent le silence le plus absolu. Ils ne se crurent pas moins assurés du succès; c'en est fait, disoient-ils ; l'infame n'en re

lèvera pas.

CHAPITRE CHAPITRE XX.

Fin de la quatrième séance. Suite du même

sujet. Comment les philosophes expliquent l'établissement du Christianisme.-Comment ils

prouvent qu'il est moins sense que le Mahométisme et le Paganisme.

Non, l'infdme n'en relèvera pas, dit un philosophe; je l'en défie : nous avons maintenant un argument irrésistible à opposer aux Chrétiens. Vous nous parlez de mystères , leur dirons-nous; vous oubliez le plus grand de tous ; c'est que

l'univers ait cru à ces mystères.

Ce trait de lumière frappa toute l'assemblée ; voilà s'écria-t-on penser avec profondeur !

Je ne sais , dit un des assistans , si l'on sent comme moi toute l'excellence de cette rétorsion : mais j'y vois une démonstration complète de deux points bien intéressans pour la philosophie , l'ex

, travagance du christianisme et celle du

genre

humain, portées l'une et l'autre à un excés qui doit paroître incompréhensible. Qui d'entre nous ne sent pas cela ? lui répondit-on. - Eh bien ! faisons-le donc sentir à nos lecteurs ; ne nous lassons

pas
de leur remettre sous les

yeux épouvantable argument: ils apprendront par

à mépriser le christianisme et leurs semblables.

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