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pénétration d'esprit il venoit de montrer ! Sang doute le démon de la philosophie qui l'inspiroit dans ce moment, lui avoit révélé qu'elle deviendroit un jour assez robuste pour enfanter un poëte tel que le chantre de la Guerre des dieux : car il falloit qu'elle fît cet effort signalé, ou la prophétie qu'on vient de lire demeuroit sans accomplissement.

Ce poëte en effet a paru, et le christianisme a été précipité dans la fange : on va voir de quelle manière. Auparavant je demande pardon aux Chrétiens et aux hommes de goût qui liront cet écrit , des détails dans lesquels je vais entrer; je. gens combien ces détails leur paroîtront révoltans; mais je me suis proposé de faire connoitre la philosophie et ce qu'elle est capable d'inspirer aux plus beaux esprits : il ne m'a pas été permis de les passer sous silence. J'abrégerai néanmoins le plus qu'il me sera possible ; quel homme seroit assez hardi pour suivre le cynique auteur dans toutes ses lubies ? (*) je ine bornerai aux • traits suivans.

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(*) Je demandai un jour à Clairville comment le poëme de la Guerre des dieux , et celui de la Pucelle , étant, de son propre aveu , inpirés par le plus affreux cynisme, il avoit pu se déterminer à en parler dans son écrit. Il est certain , me répondit-il, qu’on de vroit traiter ces deux productions comme le vice infâme qu'on y célèbre avec tant d'impudence ; nec nominetur inter vos ; il faudroit laisser ignorer jusqu'à leur existence : mais la chose n'est pas possi. ble. Je les vois étalées chez les libraires , chez les marchands de pouveautés, chez les colporteurs, dans les places publiques, sur les ).

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« Figurez-vous un vénérable père , ni beau , » ni laid, à l'air un peu commun. Il veul riposter » à un compliment de Jupiter, ne trouve rien å » dire , s'incline et rit. Je ne suis pas savant , dit» il, je le confesse, et j'en rends grâce à Mes» sieurs les mortels, mais en revanche ma barbe » est belle , j'espère...... profitons sur l'heure du » pouvoir qu'on nous prête. A moi les vents ; je > veux une tempête. Savez-vous bien qu'un bel » orage est beau ?... Essayons le tonnerre. Feu ! » Ces foudres sont bien lourds ; ouf ! ce seront » nos amusettes. Quel malheur ! ils ont frappé un » autre but ; mais patience, c'est un coup d'essai. » Le tireur pour bien viser désormais prendra des

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luneltes. »

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quais ; des pères imprudens leur donnent place dans leurs bibliothèques; et ce qu'il y a de plus déplorable, ils les laissent exposées à la vue de leurs enfans. Les amis des mæurs sont donc forcés d'en parler. Puissent-ils par leurs salutaires observations en inspirer une juste horreur aux jeunes gens , et faire rougir ceux qui les admirent, en leur montrant que les auteurs de ces deux ouvrages n'insultent pas seulement à la religion, à la morale et à la décence, mais encore au sens commun ; et que quelque soit leur talent pour la poésie, ils ne l'ont guère employé dans cette circonstance qu'à rimer des extravagances et des inepties. — N'y a-t-il pas du danger , lui disje, à répéter leurs épouvantables blasphèmes ?. -- Quel danger ? me répondit - il. Ces blasphèmes sont trop grossiers et trop ineptes pour séduire ceux qui conservent encore quelque pudeur, Au contraire, ils servent à notre cause en prouvant mieux que tout ce qu'on pourroit dire, que rien n'est plus propre que la philosophie à dégrader les plus beaux esprits et à les rendre entièrement mé, connoissables.

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« De son bras droit à son bras gauche vole » certain pigeon qui chante en fausset. En man» geant bien, il prend un air dédaigneux. Sur sa » main repose un agneau ou un mouton né d'un » pigeon. L'entendez-vous qui bêle d'une façon » gentille? honteux, gêné, ne regardant personne, » croyant de plus que le bon ton l'ordonne , il » mange peu. » Derrière le trio , est une vierge dont la vertu ne résiste pas aux chants divins et aux cajoleries d'Apollon. Plus loin on voit « les » Séraphins , ces esprits divins qui jour et nuit » brûlent sur leurs bobèches.» A quelque distance sont les anges, ensuite les saints qui , par passetemps , célèbrent dans le paradis des orgies toutà-fait plaisantes. C'est alors que devenus tout-àcoup philosophes , ils maudissent tous à qui mieux mieux Moïse , Jésus-Christ et sa religion.

Mais quelle cause imprévue vient troubler subitement le bonheur dont ils jouissent ? Les dieux païens leur déclarent la guerre. Jupiter saisit la barbe du vieillard : « n'arrachez

pas ,

n'arrachez » pas , morbleu , s'écrie-t-il ; je vous abandonne

; » mon autel, l'encens qu'on me donne ; mais >> laissez-moi ma barbe au nom de Dieu. Le beau » pigeon est grippé et plumé par l'aigle de Jupiter. » Le mouton est presque croqué par le loup Fen» ris : déjà sous cette dent barbare les os divins » commençoient à craquer. On souffle sur la > bobèche : adieu les Séraphins. » Tout étoit

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perdu sans un édit de Constantin qui vient heureusement rétablir le calme, et rendre les dieux chrétiens paisibles et uniques possesseurs du paradis.

Quoi ! diront les Chrétiens tout étonnés, voilà nos anges, nos saints, notre Dieu , enfin tout notre culte ? - Eh ! oui : selon le chantre de la Guerre des dieux. — Qu'a de commun cet amas de dégoûtantes platitudes avec ces dogmes sublimes si éloquemment développés par Bossuet dans ses élévations sur les mystères, et dans la seconde partie de son discours sur l'histoire universelle? - Je l'ignore : mais c'est bien là le christianisme. L'auteur l'a démontré rigoureusement pour deux classes d'ètres bien précieuses à. la philosophie, les libertins et les filles perdues : d'ailleurs il a tout écrit sous la dictée du SaintEsprit..... Vous riez; c'est ici un nouvel exemple de l'extrême babileté avec laquelle nos philosophes savent faire usage de leurs armes. Plusieurs d'entr'eux avoient déjà imaginé de mettre dans la bouche des Chrétiens quelques-uns de ces aveux qui les écrasent, mais notre poële déploie ici un art bien plus profond. Ce ne sont plus les Chréticns qu'il introduit sur la scène, c'est leur Dieu même. L'enthousiasme de la philosophie porté å son comble dans ces dernières années pouvoit seul produire cet élan du génie. Jugez combien il est plaisant d'entendre le Saint-Esprit rapporter

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force extravagances qui se passent dans le paradis, s'égayer en histoires faites pour charmer certains lieux, et présenter des tableaux..... Non; jamais on n'imagina rien de plus inepte et de plus absurde que les

personnages mis en jeu par le poëte, et qu'il appelle les dieux chrétiens.

ll y paroît ; mais ce ne sont là que des portraits de fantaisie. — Que vous êtes stupides! prenez le cœur, les affections, les yeux de ceux pour qui ils ont été tracés, et vous les trouverez ressemblans : l'invention, l'exécution, tout vous paroîtra étin"celant de vérité et même d'esprit.

CHAPITRE XXI.

Ce que

l'auteur de la Religion universelle pense des raisonnemens des philosophes. Son système particulier de philosophie,

Ce sont sans doute de vigoureux raisonnemens que ceul que j'ai exposés jusqu'ici : l’esprit humain a droit de s'en glorifier. Voyez quels coups terribles ils portent aux preuves du christianisme, à sa morale, et à ses dogmes. Ils ont eu les succès les plus éclatans; en peu de temps ils ont fait des conquêtes sans nombre à la philosophie. Cependant , qui le croiroit! ils ont paru foibles et misé

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