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C'est ici le dernier coup de pied porté aux su.

perstitions des Chrétiens. Ils s'efforcent de

prouver la divinité de leur religion par les miracles et les autres faits rapportés dans l'Évangile , mais c'est bien inutilement. Ces faits ne sont pas histo. riques ; l'auteur de la Religion universelle assure qu'il y a de l'absurdité à le supposer.

Les mystères et la morale du christianisme , disent les Chrétiens, sont de nature à n'avoir pu s'établir dans le monde que par l'intervention de la toute-puissance de Dieu : erreur grossière ! Tous les raisonnemens qu'on fait pour l'accréditer, pechent par le principe. Jésus-Christ n'a pas existé comme étre humain, la chose est maintenant évidente ; ainsi plus de mystères. Quant à la morale de l'Évangile, elle est absurde et abominable ; l'auteur de la Religion universelle nous l'assure expressément. Il n'y a donc rien de merveilleux dans l'établissement du christianisme, c'est un fait tout simple, et tout naturel. Et les prophéties? Oh ! c'est là que

le savant système triomphe. Les prophètes avoient annoncé un réparateur aux hommes. « Ce réparateur de >> nature divine ou céleste devoit vivre abaissé y obscur, indigent. Mis à mort par des méchans, >> il devoit ressusciter gloricusement, et remon» ter des enfers aux cieux. » Il est clair que de telles descriptions ne peuvent avoir pour objet que le soleil, qui, « abaissé pendant l'hiver squs » l'horizon , parcourt une période qui est un » temps d'obscurité, de disette , de jeûne, et de » privations; qui, terminant sa carrière au solstice » d'hiver, lorsque dominoient Typhon et les » anges rebelles, sembloit être mis à mort par » eux, mais qui bientôt après renaissoit , resur» geoit dans la voûte des cieux où il est encore. » (Ruin. , chap. 22.)

Voilà donc le christianisme anéanti pour toujours. Mais non ; je me trompe : ces étonnantes découvertes n'attaquent que son spectre. Quant au christianisme lui-inême, non seulement il demeure intact, mais nous allons le voir briller d'un éclat nouveau. Notre savant auteur nous apprend « que c'est une religion grande, majestueuse, qui » est le plus bel ouvrage de l'homme et le seul di» gne de nos respects.» (Tom.5, p. 450.) Il eût » été plus juste, dit-il, en parlant des philosophes, >> de chercher à entendre la religion avant que de » l'injurier. ( Tom. 5, p.iv.) Les livres où sont >> consignées les histoires qu'elle nous propose, » forment la base du code religieux de plusieurs » nations , et ont toute l'authenticité qu'on peut » exiger dans les monuinens de la croyance hu» maine. ( Tom. 5, pag. 18.) L'antiquité de ses » dogmes , leur universalité et le respect profond >> que tant de milliers d'hommes ont eu pour eux,

des » leur courage à les défendre, ( au point que » millions de martyrs ont répandu leur sang

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» plutôt que de les abandonner; ) le soin qu'ils » ont toujours pris de les perpétuer et de les pro» pager : tout devoit leur empêcher de croire

que » ce ne fût qu'un assemblage d'idées bizarres et » monstrueuses, sorties d'un cerveau mal orga» nisé, dont le délire fût devenu un délire presque » universel. » ( Ibid. , p. VI.)

Mais pour avoir une si haute idée du christianisme , il faut l'approfondir , il faut appeler la science à son secours ; et c'est ce que fait notre philosophe. Aussi voyez quels avantages il en tire pour répandre sur cette question les plus vives. lumières. « Places, dit-il, entre les uns et les.. » autres, entre ceux qui croient tout, et ceux qui » rejètent tout , nous leur dirons : examinons, et » rendons-nous enfin compte de notre eroyance » et de celle de nos pères. ( Ibid., p. vi.) Les Chrétiens croient à l'existence des faits

rapportés dans leurs livres sacrés ; les philosophes n'y ont vu que des contes, et ils s'en sont moqués : les uns et les autres ont été dans l'erreur. L'histoire de la prévarication et de la chute de l'homme, et celle de Jésus-Christ, sont fausses; on ne peut y croire sans être convaincu de la plus stupide crédulité. Mais ces histoires renferment des allégories qui sont très-vraies : je viens de les exposer. « C'est ainsi, dit-il, que nous détruisons » d'un seul coup les erreurs du peuple et celles » des nouveaux philosophes : » (Av. pr., p. x.)

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les erreurs du peuple en lui faisant voir que la chute de l'homme et sa réparation ne sont pas des faits historiques ; celles des philosophes en leur disant: lisez et respectez : les dogmes que vous méprisez avec tant d'injustice, ce sont les grands fails que la nature nous présente chaque année, de l'automne et de l'hiver qui succèdent au printemps et à l'été, et du printemps et de l'été qui succèdent à l'automne et à l'hiver. « Par là » le christianisme se trouve vengé du ridicule et » du mépris dont l'ont voulu couvrir tous ceux » qui ont cherché à l'attaquer faute de le com» prendre. » (Tom. 5, p. 449. ) Chose admirable! doit dire un admirateur de cette nouvelle philosophie; toute sotte qu'est la Genèse, comme Voltaire et ses disciples l'ont démontré depuis long temps, cette découverte nous y fait trouver de l'esprit. Si Moïse enseigne le dogme de la chute d'Adam et d'Ève, comme le croient les Chrétiens, il n'est qu'un imbécile: si au contraire il n'a voulu exposer dans son récit que l'ordre successif des saisons, c'est un philosophe, un homme de génie. Quel bonheur pour nous de vivre dans un temps où l'on a pu connoître cette docte explication ! Nous en serions encore privés , si la nature par un heureux effort, n'avoit pas produit enfin les grands philosophes à qui nous la devons. On peut leur appliquer ce que l'auteur de la Religion universelle dit de Voltaire , que la nature n'offrit

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jamais que cet exemple : et cela se prouve par le fait même , puisqu'eux seuls , après tant de siècles, ont eu la clef de la Genèse et de l'Évangile : et quelle clef encore ! une clef qui les introduit dans le sanctuaire de la science , une clef mystérieuse qui les initie, (on ne peut pas se lasser de le répéter, ) à ce grand fait astronomique qui sert de base å toutes les religions , savoir que le soleil s'affoiblit pour nous en automne, et qu'il se fortifie au printemps ; que les jours d'hiver sont courts et froids, et ceux d'été longs et chauds.

Combien il seroit à souhaiter que les Chrétiens ouvrissent enfin les yeux, et qu'il leur fût donné de sentir toute la vérité de cette sublime doctrine ! « Leur religion ne peut que gagner » aussi-bien

que

la raison et l'humanité, à cette » nouvelle manière de considérer ses dogmes. » ( Relig. univ. , tom. 5, pag. 451. ) Pour avoir cru que Jésus-Christ est un être réel, que c'est un Dieu incarné, mort et ressuscité pour nous, « on a fait des Saint-Barthélemi, on a dévasté » le nouveau monde , on allume encore aujour>> d'hui les bûchers de Madrid , de Goa; on nous » livre aux bourreaux et aux prêtres plus cruels » qu'eux. » ( Ibid., pag. 448. ) Quand on sera bien convaincu que Jésus-Christ est le soleil, on n'aura plus à redouter de semblables fléaux. « Ce » n'est pas la religion qui les cause , mais

son

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