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de l’étalonnage. Les anciens Romains les gardoient dans le temple de Jupiter au Capitole , comme un dépôt sacré 8c inviolable; c'est pourquoi la mesure originale étoit surnommée Capitolina , Capitoline. Les Empereurs Chrétiens en confierent dans la suite la garde aux Gouverneurs ou aux premiers Magistrats des Provinces. Honorius chargea le Préfet du Prétoire de l’étalon des mesures , ô( confia celui des poids au Magifirat appellé Comes sacraram largin'onum , qui étoit alors ce qu'est aujourd’hui chez nous le Contrôleur-Général des Finances. Jufiinien rétablit l’usage de conserver les étalons dans les lieux saints; il ordonna que l'on vérifieroit toutes les mesures ô( tous les poids , ôt que les originaux en seroient gardés dans la principale Eglise de Constantinople. Il en envoya de semblables à Rome, ôt les adressa au Sénat comme un dépôt digne de son attention. La Novelle [18 dit aussi qu’on en gardoic dans chaque Eglise : de ces étalons, les uns étoient de cuivre ou d’airain , les autres de pierre.

En France , les étalons étoient autrefois gardés dans le Palais de nos Rois , comme nous l’apprenons d’un titre daté de la vingtieme année du regne de Dagobert pour l'Abbaye de Saint-Denis , dans lequel on lit que ceux qui contreviendront à ce qui est ortó par ce titre , seront condamnés à dix livres d’or très-pur &t dix livres d'argent fin , ad penfizm Pçzlazii , ce qui fait assez connoître que dans ce temps-là, c’efl—à—dire, vers l’an 6 ;O , on gardoit dans le Palais du Roi , l’original des poids &t mesures du Royaume. Un autre titre de Louis le Débonnaire , daté de la cinquieme année de son empire , qui étoit l’an 8-19 , contient la même formule d'amende, 6C nous apprend la même chose concernant les étaIons; il y a une peine ordonnée contre les infracteurs de ce titre, de dix livres d’or très-pur ô( de vingt livres d’argent fin , adpondus Palatii rzo/Zri.

Charles le Chauve renouvella , en 864 , le Réglement pour les étalons , 8c ordonna que toutes les Villes &c autres lieux de sa do~_ mination, rendroient leurs poids &c mesures conformes _aux étalons Royaux qui étoient dans son Palais , &t enjoignit aux Comtes

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sel, qui faisoit alors l'objet le plus important du commerce par eau dans cette Ville , on leur donna la garde des étalons de toutes les mesures des arides : c’es’c pour la garde de ce dépôt qu’ils ont une chambre dans l’Hôtel-deTVille. _ ‘

' Les Apothicaires ô( les Epiciers de Paris ont conjointement la garde de l’étalon des poids de la Ville , tant Royal que médicinal; ils ont même , par leurs Statuts , le droit d’aller deux ou trois fois l'année , assistés d’un Juré-Balancier , visiter les poids ôt,ba~ lances de tous les Marchands ô( Artisans de Paris; c'est delà qu’ils prennent leur devise , Lancer ê'- pondera servant.

Il faut néanmoins excepter les Orsévres ,F qui ne sont sujets à cet égard qu’à la visite des Officiers de la Cour des Monnoies , attendu que l'étalon du poids de l'or 6c de l’argent , qui étoit anciennement gardé dans le Palais du Roi, est gardé à la Cour des Monnoies depuis l'ordonnance de 1540. Les Merciers ne se Èrétendent pas sujets non plus à la visite des Apothicaires ô(

piciers.

Pour ce qui est des Provinces, la plus grande partie de nos Coutumes donne aux Seigneurs hauts-Jufiiciers , ô( même aux moyens , le droit de garder les étalons des poids ô( mesures , &t d'en étalonner tous les poids ô: mesures dont on se sert dans les Juflices de leur ressort.

Les Coutumes de Touraine 6c de Poitou veulent que Ie Seigneur qui a le droit de mesures , en dépose l’étalon dans l'Hôtelde-Ville le plus proche , si cette Ville a le droit de Mairie ou de Commmunauté , sinon au Siége Royal supérieur d'où sa Justice reléve.

Dans tous les Etats du monde , soit que l’on parcoure les Annales de l'antiquité , soit que l’on jette un coup-d oeil sur les Gou-,ñ vernemens actuels , on appercevra par- tout 8.( en tout temps la même vigilance sur la conservation du prototype des mesures ; c’es’c qu’on a toujours été parfaitement convaincu qu’en vain on auroit établi ô( réglé par les Loix ce qu’elles doivent contenir, si l’on avoit laissé à chaque particulier la liberté de s’en servir comme elles sortent des mains de l’ouvrier , ô: sans aucun contrôle z ou si , même après les avoir eues d’abord dans leur jufie proportion, elles n’avoient été sujettes dans la suite ‘a aucun examen , pour en faire réparer les diminutions qui doivent nécessairement y arriver parun trop long usage. La cupidité du gain auroit porté les uns

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