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DE POMPADOU R.

Madame,

Oser faire paroître CATILINA sous vos auspices , c'est acquitter un vou général. Il y a long-temps que le public vous a dédié de lui-même un ouvrage qui ne doit le jour qu'à vos bontés : heureux si on l'eût jagé digne de sa protectrice ! Et qui ne sait pas les soins que vous avez daigné vous donner pour retirer des ténèbres un homme absolument oublié ? Soins généreux, qui ont plus touché que surpris. Que ne doit-on pas attendre d'une ame telle que

la vôtre ? Puisse l'hommage que je vous rends, madame, consacrer à la postérité la protec. tion

que vous accordez aux talents, et ce monument de ma reconnoissance !

Je suis ; avec le plus profond respect,

MADAME,

votre très humble et très obéissant

serviteur,
JOLYOT DE CRÉBILLON.

PERSONNAGES.

CATILINA.
CICÉRON, consul.
CATON.
PROBUS, grand-prêtre du temple de Tellus.
TULLIE, fille de Cicéron.
FULVIE
LENTULUS.
CRASSUS.
CÉTHÉGUS:
LUCIUS.
SUNNON, ambassadeur des Gaules.
GONTRAN.
LICTEURS

La scène est dans le temple de Tellus.

TRAGÉDIE.

ACTE PREMIER.

SCÈ NE I.

CATI LINA, LENTULUS.

CATILINA.

Cesse de t'effrayer du sort qui me menace :
Plus j'y vois de périls, plus je me sens d'audace;
Et l'approche du coup qui vous fait tous trembler ,
Loin de la ralentir , sert à la redoubler.
Crois-moi, sois sans détour pour un ami qui t'aime.
Dans le fond de ton coeur je lis mieux que toi-même,
Lentulus ; et le mien ne peut voir sans pitié
Ce qu'un ambitieux coute à ton amitié.
Ce tyran des Romains, l'amour de la patrie ,
Te trompe, et se déguise en frayeur pour ma vie.
Est-ce à moi d'abuser du penchant malheureux
Qui te fait une loi de tout ce que je veux ?

Issu des Scipions, tu crains qu'à ta mémoire
On ne refuse un jour place dans leur histoire;
Et le rang de préteur, qui te lie au sénat ,
Trouble en un conjuré.le coeur du magistrat.
Tu crains pour Rome enfin ; voilà ce qui t'arrête,
Quand tu ne crois íz craindre que pour ma tête.
Va, de trop de rërgords je te vois combattu,
Pour te Lavie l'Sonneur d'un retour de vertu.

LENTULUS.

Catitina, laissons un discours qui m'offense :
Tes soupçons sont toujours trop près de ta prudence.
A force de vouloir approfondir un coeur ,
Un faux jour a souvent produit plus d'une erreur;
Et les plus éclairés ont peine à s'en défendre :
Mais un chef de parti ne doit point s'y méprendre.
D'entre les conjures distingue tes amis,
Et qu'un discours sans fard leur soit du moins permis.
De toutes les grandeurs qui feront ton partage,
Je ne t'ai demandé que ce seul avantage ;
Laisse-m'en donc jouir : mon amitié pour toi
N'a que trop signalé sa constance et sa foi.
Dis-moi, si ta fierté jusque-là peut descendre ,
De tant d'excès affreux ce que tu peux prétendre.
Pourquoi faire égorger Nonius cette nuit ?
Et de ce meurtre enfin quel peut être le fruit ?

CATILINA.

Celui d'épouvanter le premier téméraire
Qui, de mes volontés secret dépositaire ,
Osera comme lui balancer un moment,
Et s'exposer aux traits de mon ressentiment.

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