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Après avoir cité Bossuet, Kant, de Schelling, le célèbre Balmer et Buffon, l'auteur dit : « La vérité est une et nécessairement une. Toute « vérité émane de Dieu et aboutit à Dieu, qui est la vérité première 1, «aussi bien que la cause première de toutes choses; » il cite d'Alembert (p. i72), Bacon, et arrive à cette conclusion:

«Les idées de vérité et de science étant corrélatives*, la science, une « au point de vue le plus élevé, se divise et se subdivise en sciences par«tielles, comme la vérité une en vérités partielles. Autant on peut ad« mettre de groupes principaux, secondaires, tertiaires, de vérités, autant «on peut distinguer de sciences principales, secondaires, tertiaires; et u tels sont les rapports, directs ou indirects, de ces groupes les uns avec « les autres, tels aussi ceux de ces sciences entre elles.

« Comme, au fond, il n'y a qu'une vérité et qu'une science, on ne sau« rait ni déterminer d'une manière absolument rigoureuse le nombre « des sciences partielles, ni délimiter chacune d'elles avec une entière pré«cision...» (Pages i76 et i77.)

1 iToute vérité vient de Dieu; elle est en Dieu; elle est Dieu même il est

la vérité originale (Bossuel). C'est dans le même sens que mon père a dit : « con«quérir un principe à la pensée publique, c'est prendre à Dieu et sur Dieu. • (Note d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.)

2 Peut-on dire avec M. Isidore Geoffroy que les idées de vérité et de science sont corrélatives? Nous ne le pensons pas; car le mot corrélatif indique un rapport, une relation, une analogie ou ressemblance, entre deux choses, deux objets, deux sujets; il a un sens restreint dans la sorte de relation qu'il exprime. En effet, deux choses sont corrélatives, deux objets, deux sujets sont corrélatifs quand on ne peut définir une des choses que par l'autre chose, un des objets, un des sujets, que par l'autre objet, l'autre sujet.

Exemple.

Les mois père ou mère etjlls oajllfe sont corrélatifs, car vous ne pouvez définir l'un de ces mots que par l'autre.

Nous avons fait remarquer, il y a longtemps, que les mots : électricité positive et électricité négative; magnétisme boréal et magnétisme austral; propriété comburante et propriété combustible; propriété acide et propriété alcaline, sont des expressions corrélatives , et que l'histoire des sciences physiques et des sciences chimiques, auxquelles ces expressions appartiennent, présente ce fait, sur lequel nous avons insisté, à savoir, que ces propriétés ont été considérées successivement: i° au point de vue absolu; 2° au point de vue relatif; 3° au point de vue corrélatif; de sorte que cet ordre successif de considération des propriétés électrique, magnétique, combustible, acide et alcaline, correspond au progrès des connaissances auxquelles l'étude deces propriétés se rattache. (Dictionnaire des sciences naturelles, t. X, p. 5i2, année i8i8.)

«La science une, autant qu'il nous est donné de nous élever jusqu'à « ses hauteurs, c'est la philosophie, dans le sens que les plus grands esprits «de l'antiquité et des temps modernes ont donné à ce mot, si souvent «et si malheureusement détourné de sa haute et juste acception. Les « sciences partielles, ce sont les sciences proprement dites : nom que l'on « applique également aux divisions principales et naturelles du savoir «humain et à leurs subdivisions secondaires, tertiaires, et parfois pure« ment artificielles; simples chapitres et sections de chapitres, comme les «appelle M. Jean Reynaud, assimilés ainsi, dans la nomenclature, aux «groupes primitifs. » (Page i 78.)

Ces citations ne sont pas tout le chapitre, mais certes, elles en sont la substance; eh bien, nous le demandons, sans en faire la critique, jettent-elles une lumière bien vive sur le sujet? simples paraphrases du titre que nous avons fidèlement reproduit, suffisent-elles pour éclairer le lecteur comme l'auraient fait des exemples, des applications?

Le chapitre H, intitulé, Des vues diverses émises sur les rapports et la classification des connaissances humaines, se résume de la manière suivante.

Les distinctions des connaissances humaines, relativement à leur classification, se rapportent à trois considérations différentes:

A, à celle de la source d'où elles émanent. Ainsi elles sont rationnelles et expérimentales; de là, par exemple, la distinction des sciences relativement à la mémoire, à l'imagination et à la raison.

B, à la considération du but où elles tendent; elles sont théoriques ou pratiques.

C, à la considération des objets auxquels elles se rapportent; elles concernent Dieu, l'homme, la nature.

L'auteur consacre les trois chapitres suivants à l'examen de ces trois catégories de considérations, en commençant par examiner la diversité du but des sciences, la diversité de leurs sources, enfin la diversité de leurs objets respectifs, c'est-à-dire que le dernier chapitre est le point de vue objectif, et le précédent le point de vue subjectif.

L'énoncé des matières traitées dans les chapitres H, ni, iv et v, montre bien le degré d'abstraction auquel s'élève M. Isidore Geoffroy dans ses généralités, non que celles-ci soient difficiles à comprendre, car on les trquve dans les cours de philosophie proprement dite dont elles font partie intégrante. D'un autre côté, si l'auteur expose des opinions extrêmes de divers savants sur un même objet, il ne discute pas, en général, si l'on doit adopter l'une à l'exclusion de l'autre; sa tendance est, au contraire, de prendre la moyenne des deux, et d'agir, en cela, conformément à ce qu'il fait quand il place Etienne Geoffroy entre de Schelling et Cuvieri. On ne peut donc pas l'accuser d'obscurité, ou d'énoncer des idées difficiles à être comprises, parce qu'elles se rattacheraient h des opinions inattendues, nouvelles, originales, comme on en trouve dans beaucoup d'écrits de M. Etienne Geoffroy.

Si M. Isidore a inscrit cette phrase de Dupaty, Cet ouvrage est le tien, dans la dédicace qu'il fait à son père, de l'Histoire naturelle générale des règnes organiques, et s'il est très-vrai que la sympathie fut toujours parlaite entre le père et le fils, on ne peut méconnaître cependant une différence extrême entre leurs esprits respectifs : autant le père mettait de chaleur dans l'exposition de ses idées et paraissait peu préoccupé des idées d'autrui, autant le fils est tempéré et soigneux de rechercher toutes les opinions qu'il juge avoir quelque rapport avec son sujet, et, si le nombre en est trop grand , il les répartit à la fois et dans le texte et dans des notes supplémentaires.

Or c'est précisément cette accumulation d'opinions citées, et non classées, dans lesquelles les mêmes expressions avaient souvent des sens différents pour les savants qui les ont employées, sens différents que M. Isidore ne discute ni ne signale à ses lecteurs, qui jettent ceux-ci dans le trouble, dans l'incertitude; et cette incertitude est singulièrement accrue encore et de la tendance d'esprit de l'auteur à prendre des opinions moyennes, et de sa préoccupation de l'usage de la synthèse, qui lui fait tirer des opinions les plus opposées, les plus hétérogènes, des conclusions générales, qu'il juge favorables à sa thèse.

De sorte que l'étudiant, désireux de s'instruire, mais qui est incapable de pénétrer au fond des choses en isolant, par une analyse exacte, les éléments divers qu'une synthèse préconçue a mis en œuvre, est conduit fatalement à accepter des idées générales qui lui semblent la conclusion d'un éclectisme irréprochable.

Nous nous dispensons de l'examen d'un grand nombre d'objets dont il est question dans l'Histoire naturelle générale des règnes organiques, soit parce que nous en avons traité ailleurs, soit parce que ces objets dépassent la circonscription de ceux que nous nous sommes proposé d'examiner: les arbres encyclopédiques do Bacon et de d'Alembert; les classifications des sciences de Descartes et de Jean Reynaud, de Babinet, de Comte, d'Ampère, de Blainville et de Maupied, de De Candolle,

1 Voir le premier article.

d'Omalius D'Halloy, de Gerdy, de Cournot, etc. etc. ne nous arrêteront donc pas; en les rappelant, nous exprimons le regret que l'auteur n'ait pas défini le sens qu'il attache au mot subjectif, emprunté à la langue philosophique depuis Kant, et, de plus, nous aurions désiré qu'il l'eût défini, avec le mot objectif, concurremment avec les mots a priori et a posteriori, d'usage dans le langage philosophique des sciences naturelles; car, si l'auteur a cru nécessaire, avant d'en venir à traiter de l'Histoire naturelle générale des règnes organiques, de s'élever aux idées philosophiques les plus abstraites, il semblerait que la conséquence de cette nécessité eût été d'établir, en premier lieu, l'analogie et la différence qui peuvent exister entre des expressions appartenant au langage de la philosophie générale et à celui de la philosophie naturelle. Eu effet, il ne suffit pas au lecteur de savoir que l'auteur préfère la classification des sciences faite au point de vue objectif à celle qui l'est au point de vue subjectif, sans dire le motif de cette préférence, et le dire, bien entendu, après qu'il aurait eu donné les définitions que nous aurions désirées.

Les chapitres v et vi prêtent surtout à des remarques que nous allons formuler d'une manière précise, en même temps que nous reproduirons les passages qui nous les ont suggérées. M. Isidore Geoffroy, après avoir critiqué la conception de l'arbre encyclopedique de Bacon, parce qu'elle appartient à la méthode subjective, expose une conception encyclopédique attribuée à Descartes, qui, tout objective, est, selon lui, bien supérieure à la première, puisqu'il y rattache, pour ainsi dire, toutes les classifications des connaissances humaines proposées, après Descartes, par divers savants. La critique approuvera-t-elle la manière dont M. Isidore a procédé pour faire ces rapprochements!> C'est au lecteur à prononcer d'après les remarques suivantes : M. Isidore Geofl'roy rappelle la puissance d'esprit de Descartes, puis s'exprime en ces termes:

« Malheureusement cet énoncé, tel que je viens de le donner, ne se « trouve point dans les œuvres de Descartes : ses vues y sont exposées «par parties, ou même seulement indiquées; elles n'y sont nulle part «présentées didactiquement et dans leur ensemble; et c'est pourquoi « l'arbre encyclopédique de Descartes est si longtemps resté, non pas seu«lement moins célèbre que celui de Bacon , mais méconnu et presque « ignoré de tous. »

Voilà le texte: ne semble-t-il pas, malgré toutes les phrases restrictives, qu'en définitive Descartes serait l'auteur d'un arbre encyclopédique, qui, s'il rappelle celui de Bacon, en serait absolument distinct? mais on se tromperait, car, après le passage précité, on lit la note que nous reproduisons:

« Outre le discours sur la méthode, les méditations et les principes de « philosophie, voyez, pour la conception encyclopédique de Descartes, les « traités des météores et des passions de l'âme (page 225).

« Ce n'est pas une œuvre sans difficulté que de poursuivre l'enchaîne« ment des vues de Descartes dans ses nombreux écrits. Le meilleur « guide que l'on puisse ici choisir est sans nul doute le travail de «M.Jean Reynacd, intitulé, De l'Encyclopédie de Descartes (dans l'ar«ticle Encyclopédie de l'Encyclopédie nouvelle, tome IV, i843, page 776 « et suiv.), travail où Descartes a trouvé, dans l'un des philosophes les «plus cminents de notre époque, un interprète et un commentateur « digne de lui.

«Je dois faire remarquer que M. Reynaud a été, sur quelques points, «au delà de Descartes, énonçant ce que l'auteur du Discours sur la « méthode n'avait fait qu'indiquer et ne concevait sans doute qu'obscu« rément; parfois aussi enrichissant la conception encyclopédique qu'il «analysait de vues qu'il eût pu revendiquer pour lui-même, mais qu'il «a voulu rapporter à Descartes, comme des conséquences nécessaires, « non encore tirées toutefois des prémisses posées par ce grand homme. «Il est donc vrai de dire que nous ne devons pas seulement à M. Rey« naud un excellent résumé et une haute appréciation de l'œuvre de « Descartes : il en a développé quelques parties, il y a rempli quelques «lacunes. »

Les louanges données par M. Isidore Geoffroy à M. Jean Reynaud ne nous étonnent pas, ayant eu l'avantage de le connaître personnellement; mais, précisément à cause de l'estime que l'étendue de son savoir nous inspire, nous aurions voulu que l'historien des règnes organiques, avant de déclarer Descartes le fondateur de la véritable classification des sciences, eût mis d'abord sous les yeux de ses lecteurs les textes mêmes du grand philosophe, puis ce que M. Jean Reynaud y a ajouté : car l'œuvre de ce dernier est datée de i843; or n'a-t-il pas pu arriver que, dans son admiration pour Descartes, J. Reynaud ait été conduit, à son insu, à attribuer à l'illustre philosophe des idées qu'il n'aurait point aperçues dans les fragments d'où il a tiré ce qu'on appelle l'arbre de Descaries, si son esprit n'eût pas été préoccupé d'idées que lui avaient suggérées des écrits postérieurs à Descartes, et particulièrement ceux de Comte et d'Ampère? Et cette citation des textes de Descartes relatifs à la conception de la classification qu'on lui attribue n'était-elle pas commandée à l'historien de la science par la critique que dirige l'amour du vrai et

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