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ger aux opérations de la guerre, puisqu'il est rentré dans l'administration de la guerre, bureau des habillements; de plus il a conservé ses anciennes relations dans le bureau du mouvement; la familiarité, l'habitude de l'y voir, son ancienne qualité lui en maintenoient l'entrée. Aussi est-ce uniquement en considération de son ancien titre qu'il a obtenu de Saget et Salmon , ainsi qu'ils vous l'ont déclaré, les communications qu'ils lui ont faites.

Enfin, ne vous a-t-il pas dit lui-même qu'il avoit puisé une partie de ces renseignements dans le livret qui existoit dans les différents bureaux, et notamment dans le sien ? Or, comment avoit-il connoissance de ce livret de son bureau? Il est bien évident que c'étoit à raison de son état; il ne peut donc éviter de tomber ni dans l'une ni dans l'autre disposition de la loi.

Saget a voulu repousser la complicité dont il est prévenu. Il a dit que Michel, qui a toujours soutenu que lui Saget étoit dans l'ignorance de l'usage des renseignements fournis, devoit en être cru.

Car pourquoi croire Michel, s'est-il écrié, quand il s'accuse lui-même, et ne pas le croire quand il disculpe ses coaccusés ? .

La raison de différence est d'abord en fait que Michel a, dès le principe, accusé Saget, et que ce n'est qu'en se contredisant luimême qu'il vient le disculper.

On lit, en effet, dans un de ses interrogatoires :

« La légèreié de cet homme, la vanité insupportable de mona sieur Czernicheff me tourmenioient. Quelquefois, avec Saget, « nous nous faisions part de nos inquiétudes; Saget craignoit « quelque indiscrétion, et les suites que cela pourroit avoir. »

Peut-on accuser d'une maniere plus formelle et plus explicite le nommé Saget d'avoir connu tout l'objet des instructions provoquées par Michel, et la destination des révélations qu'on lui faisoit!

Il est bien vrai qu'ensuite Michel a voulu revenir sur ses pas, et a prétendu que Saget étoit dans l'ignorance ; il a voulu substituer Wustinger å Saget dans leurs épanchements confidentiels; mais Wustinger vous a dit lui-même, messieurs, que Michel ne lui, avoit témoigné aucune inquiétude de ce genre, avant que le secret de la trahison n'eût été éventé, et qu'on n'eût arrêté le domestique de monsieur Czernicheff, depuis le départ de son maître. C'est alors seulement que Michel lui a manifesté ses inquiétudes ; mais jusques-là, loin de témoigner de l'appréhension et de la crainte, il avoit au contraire cherché à rassurer Wustinger, dans le cas où il auroit conçu quelques alarmes par luimême.

Il lui disoit que « lui (Wustinger) n'avoit rien à craindre, « parcequ'il ne faisoit que servir sn maître; que pour lui Michel, « il ne faisoit que ce qu'un autre auroit fait, que ce qui se pra« tiquoit ordinairement; que les ambassadeurs étoient payés pour a cela; et que, s'il ne se livroit pas à ce genre d'industrie, un autre « s'y livreroit »

ren.

Et lors qu'ensuite de ce démenti donné à Michel, on rapproche toutes les circonstances de la conduite du nommé Saget; lorsqu'on voit l'étendue , la nature et la variété des communications qu'il faisoit au nommé Michel, doit-on croire sérieusement qu'il pouvoit rester dans l'aveuglement sur l'objet de ses communications, lui sur-tout qui connoissoit toutes les parties du service, qui avoit travaillé dans le bureau du mouvement et dans l'administration de la guerre, qui conséquemment savoit le genre de renseignements dont pouvoit avoir besoin un fournisseur, et spécialement un fournisseur d'habillements ?

Est-il donc croyable, disons-nous , qu'un homme qui avoit tant de moyens d'instruction et une aussi longue expérience que Saget, n'ait pas vu qu'il n'étoit pas possible d'adapter à un fournisseur, le nombre et la diversité des renseignements qu'il don. noit à Michel ? Car de quoi pouvoit-il être besoin pour un fournisseur, d'être instruit à point nommé de la promotion des différents généraux et de leur destination ? Quel pressant intérêt pour lui de connoître si la Garde Impériale feroit partie intégrante de l'armée d'Allemagne ? Que pouvoit-il faire de l'organisation des parcs de l'artillerie et du génie?

On sent donc bien qu'il est impossible de faire admettre par des personnes raisonnables des suppositions de ce genre.

C'est donc , messieurs, d'après cette réunion de circonstances, d'après l'activité prodigieuse que mettoit Saget à servir Michel; d'après le danger auquel il s'exposoit, en enlevant les minutes des cartons de ses camarades, que l'on doit conclure qu'il étoit parfaitement au fait de l'objet de ces diverses communications.

Et qu'on ne se rattache point à dire que le profit qu'il en retiroit ne pouvoit être suffisant pour compenser ce péril, et que par conséquent il est impossible d'après cela qu'il ait connu le crime dans lequel on le faisoit tremper.

Mais où est la preuve que Saget n'ait reçu réellement que quatre cents fr. ? L'essentiel est de savoir que Saget ne se livroit point gratuitement; quant à la quotité du prix, c'est à ceux qui argumentent de sa modicité à vérifier sur ce point l'exactitude çle leur assertion , et l'on doit croire jusques-là qu'il étoit proportionné à l'importance du travail. I se peut, au surplus, que, dans le principe, on eit employé auprès de Saget cette fable du fournisseur, qui est aujourd'hui reproduite ; mais avec l'expérience qu'avoit cet employé, il a dû bientôt démêler toute l'intrigue. Aussi n'a-t-il pu dissimuler entierement que du moins il avoit eu des soupçons sur la fausseté du motif que l'on avoit mis en avant.

« Quelquefois , a-t-il dit, j'observois à Michel qu'il étoit éton« nant qu'un fournisseur eût besoin de tous ces renseignements. »

Or, peut-on croire que Saget , ainsi tombé sur la voie , se soit contenté de témoigner à Michel de la surprise, s'agissant d'objets qui touchoient de si près son intérêt, et qui le compromettoient d'une maniere aussi essentielle? Il est clair qu'alors les explications ont été forcées entre ces deux employés, et qu'ainsi Saget a fini par tout savoir.

C'est encore ici qu'il est bon dese rappeler les dénégations obstinées de Saget sur les soustractions des minutes de ses camarades, et sur tous les objets importants de ses communications à Michel, telle, par exemple, que la derniere organisation de la garde; lors donc qu'à des indices déja si violents par eux-même, on vient à réunir la premiere déclaration de Michel, qui nous muntre si manifestement Saget comme ayant été dans son intime confidence, est-il permis de rejeter ce ténioignage d'autant plus précieux qu'il est comme échappé à la force de la vérité? peut-on, disons-nous, recuser ce témoignage pour lui préférer les contradictions de Michel ?

Vous voyez par ces rapprochements, messieurs, l'énorme différence qui se trouve entre la situation de Salmon et celle du nommé Saget. C'est bien relativement à Salmon que l'ignorance paroît probable; c'est bien lui qui a pu, commenous en sommes intimement persuadés , et comme nous nous sommes fait un devoir de vous l'exprimer hier, c'est lui qui a pu être entraîné par la légèreté de son caractere, et par son inconséquence naturelle.

Cette légèreté, au surplus, messieurs, il faut en déterminer l'objet: nous ne la faisons pas consister à avoir trahi les devoirs de son état, en divulguant des secrets qu'il lui étoit défendu de compromettre : nous la bornons uniquement à la facilité avec laquelle il a admis comme vraies les fables qu'on lui présentoit; fables qui prenoient uneespece de réalité à ses yeux partoutes les circonstances dont on les enveloppoit; et notamment par la proposition qui lui étoit faite au nom du prétendu fournisseur, de payer son travail pour ainsi dire en nature, savoir en draps ou en habits.

Vous appercevez donc, messieurs, tous les motifs de la distance prodigieuse à laquelle nous plaçons ces deux accusés, et pourquoi nous ne pouvons voir dans Salmon un complice de haute-trahison.

Nous aurions desiré pouvoir nous convaincre de même de l'innocence de Saget à cet égard, et qu'il n'avoit péché que par imprudence. .

Mais plus nous avons examiné, plus nous avons percé cet odieux mystere, et plus nous nous sommes convaincus que Saget n'a rien ignoré des intelligences que Michel entretenoit avec la Russie.

RÉPLIQUE

De Me PETIT-D’AUTERIVE, pour Michel Michel.

MESSIEURS,

D'après l'acte d'accusation présenté contre Michel, il me sembloit incontestable que s'il avoit agi comme enuployé au bureau du mouvement sous la législation de 1791, il ne pouvoit être prévenu, accusé, condamné, quepar les termes mêmes de cette législation. J'ai donc cru qu'on devoit décider, d'après elle, s'il étoit fonctionnaire public chargé d'un secret à cette époque, et s'il avoit agi traîtreusement et méchamment; que Michel ayant fourni depuis des renseignements sur notre situation militaire par le moyen des autres accusés, si ces renseignements pouvoient caractériser le secret d'une expédition militaire, on devoit décider encore s'il auroit agi dans le but, ou d'engager la Russie à commettre des hostilités, ou d'entreprendre la guerre contre la France, ou dans l'intention criminelle de procurer les moyens de la lui faire avec succès.

Pour repousser l'idée de la criminalité intentionnelle de Michel, j'avois rappelé son inexpérience, résultant, selon moi, de son peu d'instruction, de son emploi subalterne lui-même, et de la probabilité qu'on l'auroit induit facilement en erreur sur les résultats de sa conduite, sur les véritables caracteres qui lui appartenoient.

Pour justifier entièrement Michel à cei égard, j'aurois pu me servir du propos qui lui est attribné par un témoin qui n'est pas suspect, par Jean Wustinger, que vous avez entendu hier:

Si je ne le faisois pas, lui auroit dit Michel, un aulrc le furoit. « Rien n'est plus simple et plus naturel; cela se fait dans tous les pays. »

En effet, Messieurs, s'il fant en croire Michel, on lui arroit persuadé que tout consul de la Russie, que tout envoyé sur les

lieux verroit ce qui se passoit comme Michel lui-même. Qu'ai-je donc dit en défendant ses intentions? Que l'état de paix entre la France et la Russie avoit pu éloigner de sa pensée toute idée d'un but nuisible dans la demande qui lui étoit faite de renseignements dont il n'étoit point à même de juger l'importance: que Michel avoit pu se laisser séduire par ce prétexte plausible de l'artificieux diplomate, que ces renseignements devoient servir à perfectionner l'organisation militaire de la Russie.

J'ai dit que Michel a pu facilement penser que donner approximativement et même réellement la nomenclature de nos forces, et la composition d'une armée dont il n'a jamais connu la destination, dans un état de paix où nous nous trouvons encore, n'étoit pas procurer les moyens de faire la guerre. J'ai dit que si cela pouvoit avoir ce résultat connu de l'étranger, au moins il pouvoit être ignoré de Michel.

J'ai dit que le sentiment de la cupidité même avoit pu déterminer Michel à faire ce qu'il a fait, sans qu'il vît tout ce que sa conduite pouvoit avoir de repréhensible. .

J'en ai conclu que la défense de Michel étoit présentable sous ce rapport, de le justifier de l'intention du crime, si on ne pouvoit songer à excuser la gravité de ses imprudences, la gravité de ses fautes, d'avoir cédé à un sentiment d'intérêt et aux insinuations de quelques membres de la légation russe et d'un grand personnage.

Je croyois qu'il étoit dans l'intérêt de Michel et de la vérité, de. prévoir que la question de savoir s'il a été le corrupteur de Saget, Salmon, et Mosès, pouvoit être ajoutée comme paroissant ressortir des débats : et je devois produire sa justification fondée, vous le "savez, sur le silence de l'acte d'accusation à.cet égard, sur les inoyens de la défense principale des autres accusés, sur ce que les sommes ont été données moins pour les renseignements obtenus, que pour le prix d'un travail manuel. .

Voilà quel a été le résultat de la défense que j'ai eu l'honneur de vous proposer hier.

Aujourd'hui, Messieurs, après avoir rétabli quelques faits, on insiste sur un premier moyen, et on soutient que le but de nuire à son pays, résultant de l'action, est indépendant de l'intention niême de Michel, qui n'étoit que de gagner de l'or. On convient qu'il n'avoit point en vue de procurer le saccagement de la France; on convient qu'il ne vouloit point la destruction des armées : mais on prétend qu'il n'en étoit pas moins coupable.

On dit enfin que Michel est toujours dépositaire du secret de l'État, à raison de la profession qu'il exerçoit; qu'ainsi, sous l'empire de la loi nouvelle comine sous l'empire de la loi ancienne,

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