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et déguisé le personnage sous l'ajustement d'un homme du monde ; j'ai eu beau lui donner un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l'habit, mettre en plusieurs endroits des adoucissements, et retrancher avec soin tout ce que j'ai jugé capable de fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux d'un portrait que je voulais faire : tout cela n'a de rien servi. La cabale s'est réveillée aux simples conjectures qu'ils ont pu avoir de la chose. Ils ont trouvé moyen de surprendre des esprits qui, dans toute autre matière, font une haute profession de ne se point laisser surprendre. Ma comédie n'a pas plutôt paru, qu'elle s'est vue foudroyée par le coup d'un pouvoir qui doit imposer du respect; et tout ce que j'ai pu faire en cette rencontre, pour me sauver moi-même de l'éclat de cette tempête, c'est de dire que Votre Majesté avait eu la bonté de m'en permettre la représentation, et que je n'avais pas cru qu'il fût besoin de demander cette permission à d'autres, puisqu'il n'y avait qu'Elle seule qui me l'eût défendue.

'Je ne doute point, Sire, que les gens que je peins dans ma comédie ne remuent bien des ressorts auprès de Votre Majesté, et ne jettent dans leur parti, comme ils l'ont déjà fait, de véritables gens de bien, qui sont d'autant plus prompts à se laisser tromper, qu'ils jugent d'autrui par euxmêmes. Ils ont l'art de donner de belles couleurs à toutes leurs intentions; quelque mine qu'ils fassent, ce n'est point du tout l'intérêt de Dieu qui les peut émouvoir ; ils l'ont assez montré dans les comédies qu'ils ont souffert qu'on ait jouées tant de fois en public sans en dire le moindre mot. Celles-là n'attaquaient que la piété et la religion, dont ils se soucient fort peu; mais celle-ci les attaque et les joue euxmêmes, et c'est ce qu'ils ne peuvent souffrir. Ils ne sauraient me pardonner de dévoiler leurs impostures aux yeux de tout le monde. Et sans doute on ne manquera pas de dire à votre Majesté que chacun s'est scandalisé de ma comédie. Mais la vérité pure, Sire, c'est que tout Paris ne s'est scandalisé que de la défense qu'on en a faite, que les plus scrupuleux en ont trouvé la représentation profitable, et qu'on s'est étonné que des personnes d'une probité si connue aient eu une si grande déférence pour des gens qui devraient être l'horreur de tout le monde et sont si opposés à la véritable piété dont elles font profession.

'J'attends avec respect l'arrêt que Votre Majesté daignera prononcer sur cette matière; mais il est très-assuré, Sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire de comédie, si les Tartuffes ont l'avantage, qu'ils prendront droit par là de me persécuter plus que jamais, et voudront trouver à redire aux choses les plus innocentes qui pourront sortir de ma plume.

'Daignent vos bontés, Sire, me donner une protection contre leur rage envenimée ; et puissé-je, au retour d'une campagne si glorieuse, délasser Votre Majesté des fatigues de ses conquêtes, lui donner d'innocents plaisirs après de si nobles travaux, et faire rire le monarque qui fait trembler toute l'Europe !

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TROISIÈME PLACET

PRÉSENTÉ AU ROI 'SIRE,-Un fort honnête médecin, dont j'ai l'honneur d'être le malade, me promet et veut s'obliger par-devant notaires de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté. Je lui ai dit, sur sa promesse, que je ne lui demandais pas tant, et que je serais satisfait de lui, pourvu qu'il s'obligeât de ne me point tuer. Cette grâce, Šire, est un canonicat de votre chapelle royale de Vincennes, vacant par la mort de .

Oserais-je demander encore cette grâce à Votre Majesté le propre jour de la grande résurrection de Tartuffe, ressuscité par vos bontés ? Je suis, par cette première faveur, réconcilié avec les dévots ; et je le serais par cette seconde avec les médecins. C'est pour moi sans doute trop de grâce à la fois ; mais peut-être n'en est-ce pas trop pour Votre Majesté; et j'attends avec un peu d'espérance respectueuse la réponse de mon placet.'

Page 2, roi Pétard. King of the beggars, at whose court every one is master.

Page 12, la tour de Babylone. Possibly an intentional misquotation from Fr. N. Caussin's (1583-1651), La Cour Sainte (1624), 'les Géants . voulurent bâtir la tour de Babel ; mais les femmes. bâtissent la tour de babil.'

Page 12, Nos troubles. The civil war 'La Fronde' during the minority of Louis xiv., 1648-1653. The passage would be peculiarly acceptable to the king who, later (Act v., last scene), rewards Orgon for his fidelity.

Page 14, Fleur des Saints. By the Spanish Jesuit Ribadeneira (1527-1611), translated into French 1641.

Page 20, autant que de cela. The actor's gesture of disdain is the thumb nail rasped along the edge of the teeth.

Page 22, D'avoir pris une puce. See the life of S. Macarius in The Golden Legend, and also Boccaccio, 1st Novel 1st Day.

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Page 24, dévots de place. Valets de place were servants who showed off publicly to be hired; so dévots de place were those who made a parade of their religion. It has also been sug. gested by M. Livet that the phrase is of Spanish extraction and means dévots d'importance.

Page 46, un siége pliant. The folding chair was given to a visitor as a sign of inferiority.

Page 46, Fagotin. A performing monkey who flourished in the middle of the seventeenth century, and whose name was later applied generically.

Page 60, discipline. A whip used by religious.

Page 86, Pour la gloire du Ciel. The doctrine of 'intention' carried to extremes.

Page 102, la pureté de notre intention. See Pascal, Les Provinciales, 7th Letter.

Page 104, Puisqu'on ne veut point croire. By the use of the indefinite pronoun on Elmire addresses her husband, whilst Tartuffe naturally applies it to himself. It will have been noted that, throughout the scene, she has used the same pronoun with an admirably delicate effect.

Page 110, des serments contre la vérité. See Pascal, Les Provinciales, 9th Letter.

Page 114, Le pauvre homme. See Act 1. 4.

Page 128, L'exempt. In this case, probably an officer of the king's body-guard. Originally, an officer exempt from ordinary duties to perform special services.

Page 132, Nous vivons sous un prince. This éloge de Louis XIV.' is obscure and confused by its profusion of pronouns, which refer now to the king and now to Tartuffe. It is possible that it was not written by Molière.

Page 134, en appuyant ses droits. See note to p. 12.

DON JUAN

Page 140, tabac. A sneer at the doctors who set forth the new introduction as a universal panacea.

Page 144, un pourceau d'Epicure. Hor. Epis. I. *.

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Page 164, Nostre dinse, etc. The use of provincial dialect upon the stage was an innovation in the days of Molière. To have translated these scenes into the English of the others would have given a false impression of this part of the play, and therefore I have changed them into the provincial dialect with which I am most familiar, viz. that of the North Country. It will be seen that Charlotte does not speak so broad a language when she addresses Don Juan as when she talks with her Pierrot.

Page 196, une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes. See Le Malade Imaginaire, III., 3. Molière's views on the medical profession of his day were expresssed frequently in terms as uncompromising as these.

Page 196, vin émétique. An antimonial mixture much in vogue at the time, owing to its having cured Louis XIV.

Page 258, que les hommes . . The spectre who takes part in the next Scene appears at this moment.

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L'AMOUR MÉDECIN

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The address 'Au Lecteur' is as follows:

Ce n'est ici qu'un simple crayon, un petit impromptu, dont le Roi a voulu se faire un divertissement. Il est le plus précipité de tous ceux que Sa Majesté m'ait commandés ; et lorsque je dirai qu'il a été proposé, fait, appris et représenté en cinq jours, je ne dirai que ce qui est vrai. Il n'est pas nécessaire de vous avertir qu'il y a beaucoup de choses qui dépendent de l'action. On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées ; et je ne conseille de lire celle-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. Ce que je vous dirai, c'est qu'il serait à souhaiter que ces sortes d'ouvrages pussent toujours se montrer à vous avec les ornements qui les accompagnent chez le Roi. Vous les verriez dans un état beaucoup plus supportable; et les airs, et les symphonies de l'incomparable M. Lully, mêlés à la beauté des voix et à l'adresse des danseurs, leur donnent sans doute des grâces dont ils ont toutes les peines du monde à se passer.'

from

De de po

The 'incomparable M. Lully' is Giovanni Battista Lully (1633-1687), of Florentine birth, whom Louis XIV. made director of the royal orchestra, and, later, of the opera.

Page 274, la foire Saint-Laurent. 'Held from June 28th to September 30th, Faubourg Saint-Martin, between SaintLazare and the Récollets, in a walled enclosure, which belonged to the priests of the Mission, established since 1632 at Saint-Lazare." (Despois and Mesnard.)

Page 288, MM. Tomès, Des Fonandrès, Macroton et Bahys. Four court physicians of Molière's day are here brought on the stage, their special qualities hardly disguised under their Greek names (the bleeder, the killer of men, the slow talker or stammerer, and the barker or fast talker).

Page 292, Ruel. A fashionable village on the road to SaintGermain.

Page 292, un médecin de dehors. A doctor who did not possess a Parisian degree.

Page 300, Orvietan. A quack_remedy for everything, brought from Orvieto by Jeronimo Ferranti. See Kenilworth, Chapter XIII.

Page 304, Trivelins ... Scaramouches. Buffoons of the Italian Comedy.

Page 304, M. Fil. Compare this speech with Montaigne's Essays, Book II. Chapter XXXVII.

Page 312, des anneaux constellés. Rings bearing the marks of certain constellations and supposed to possess healing virtues.

Printed by T. and A. CONSTABLE, Printers to His Majesty

at the Edinburgh University Press

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