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DR 242 D65x 1857

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82-B29369
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INTRODUCTION.

2891-8 2/5 Nannaha

En 1814 et en 1848, la Turquie ne prit aucune part aux actes du congrès de Vienne, quoique ses armées et ses flottes se fussent associées plus d'une fois aux grandes luttes qui venaient d'agiter l'Europe et le monde, durant près d'un quart de siècle. Elle jugea inutile d'intervenir dans les traités qui allaient inaugurer une ère pacifique et sanctionner un nouveau droit public entre la plupart des États civilisés.

C'était une conséquence de l'espèce d'indifférence ou de mépris que la Porte ottomane apportait, depuis des siècles, aux relations diplomatiques; une longue suite de victoires avait accoutumé les sultans à ne compter que sur le glaive, en négligeant un moyen dont se

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servaient les puissances chrétiennes qui toutes accréditaient des ambassadeurs à Constantinople tandis que l'empire des Osmanlis n'était pas représenté au dehors. Même en face du développement de voisins redoutables, comme les czars de Russie et les empereurs d'Autriche, les successeurs de Mahomet II et du grand Soliman ne renoncèrent point à un isolement systématique qui devenait un danger.

Cette indifférence du gouvernement ottoman, 1814 et en 1815, a été bien expiée, depuis lors, par les sacrifices successifs que lui ont imposés, au milieu de la tranquillité générale, soit des insurrections et révolutions intérieures, soit des invasions et des conquêtes étrangères. Le tableau d'un passé si voisin de nous, dont les principaux faits sont présents à toutes les mémoires, ce tableau, je n'ai point à le tracer ici; car il me détournerait du but que je poursuis, de l'examen de la question des principautés danubiennes. Il me suffira seulement de citer l'insurrection de la Grèce, la bataille de Navarin, le traité d'Andrinople, la conquêled’Alger, les victoires de Konieh, de Nézib, etc., etc.

La Turquie a compris, mais trop tard, combien il est essentiel, même pour une puissance de premier ordre, d'entrer dans le concert européen, de voir l'intégrité de son territoire maintenue par les traités, établissant un échange, une réciprocité de garanties internationales.

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A cet égard, dans le rapprocheinent seul du congrès de Vienne et du congrès de Paris il y a tout un ordre d'enseignements qu'il est impossible de méconnaitre.

Ainsi, le congrès de Vienne, avec le silence que ses actes ont gardé sur la Turquie, a compromis pendant quarante années l'équilibre de l'Europe ; au contraire, le congrès de Paris a mis un terme à ce long tiraillement, dont souffraient et les peuples et les rois, car il a consacré le respect des possessions ottomanes. Que ces possessions soient menacées par une révolution intérieure ou par une guerre étrangère; le sultan en appellera de suite aux puissances signataires du traité du 30 mars 1856. Les manifestes militaires et les ordres du jour des arinées devront céder la place aux protocoles.

Pendant que la Turquie entrait ainsi dans le concert européen, pour y puiser les germes d'une nouvelle existence, d'une grande régénération, le congrès de Paris accomplissait une cuvre encore plus importante : il rendait à la France le rang d'où l'avait fait déchoir le congrès de Vienne.

C'est donc une ère meilleure qui ouvre à la civilisation les plus larges perspectives et des horizons en quelque sorte illimités. Précisément, notre époque a, pour seconder son essor, le concours des trois agents de progrès qui manquaient à nos devanciers, et qui peuvent remplir toutes leurs destinées. Ces trois agents, le lecteur les devine, et il nomme :

Le capital créant les relations et la solidarité internationales de crédit public et privé;

LA VAPEUR appliquée aux chemins de fer, à la navigation, à l'industrie;

LE TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE transmettant nos communications à travers l'espace avec la rapidité, l'instantanéité de l'éclair.

Grâce aux merveilleuses ressources de ces trois agents de progrès, encore plus féconds en résultats que ne le furent pour nos pères l'application de la poudre de mine, l'invention de l'imprimerie et la découverte du Nouveau-Monde, qui peut prévoir où s'arréleront les conquêtes morales et matérielles de ce xixe siècle, né au milieu des orages, mais qui doit achever -son cours au milieu des développements de l'ordre et de la paix !

Voilà ce que garantit l'attitude de la France, dégagée des liens dans lesquels le congrès de Vienne avait essayé de la garrotter, et n'ayant ressaisi son influence glorieuse, son noble ascendant que pour les faire servir à la cause de la civilisation. Alliée intime de la Grande-Bretagne, amie de toutes les autres puissances, ne poursuivant plus de conquêtes guerrières, et se reposant tranquille dans sa force, la France doit à celte situation, sans exemple dans son histoire, l'initiative de rapprochement et de conciliation qu'elle exerce depuis le traité de Paris.

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