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GASSENDI.

SA VIE ET SES OUVRAGES.

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Pierre Gassendi naquit le 22 janvier 1592, à Chantersier, petit village dans le diocèse de Digne. Il montra dès l'âge le plus tendre les plus grandes dispositions, et ce fut le curé de son village qui se chargea de les cultiver, et qui lui enseigna les premiers élémens des lettres. Ses parens l'envoyèrent ensuite à Digne pour y achever ses études; il passa de là à Aix pour y étudier la philosophie; en peu de temps Gassendi approfondit les difficultés les plus abstraites de cette science, et à l'âge de seize ans il obtint au concours la chaire de rhétorique de Digne. Un an après il se rendit de nouveau à Aix pour y étudier la théologie et obtint en 1614 le bonnet de docteur dans l'Université d'Avignon; deux ans après il fut jugé le plus digne de remplir les chaires de philosophie et de théologie d'Aix, mais il n'accepta que celle de philosophie. En 1622 il donna sa démission de professeur et fit paraître en 1624 un ouvrage intitulé : Exercitations paradoxales contre la philosophie d'Aristote, dans lesquelles on réfute les fondemens de cette philosophie, avec des opinions nouvelles ou tirées des anciens philosophes. Cet ouvrage est divisé | en deux parties; dans la première il fait voir l'imperfection des ouvrages d'Aristote. Dans la seconde, il attaque sa logique et n'épargne ni ses opinions, ni sa méthode. L'astronomie fut la science favorite de Gassendi. Ce fut lui qui découvrit que le diamètre apparent de Mercure était la centième partie de celui du soleil, et | tous les savans de l'époque convinrent, qu'il avait fait le premier cette observation.

Gassendi perdit en 1636, Peyrèsc, philosophe distingué et son ami le plus intime. Cette perte l'affligca tellement qu'il resta une année entière sans rien faire. Devenu plus tranquille, il mit la dernière main à un Traité sur la communication du mouvement. Ce traité contient la solution des principales difficultés du mouvement en général et en particulier de celui de la terre. Il est établi sur ce théorème: Si le corps sur lequel nous sommes est transporté, les mouvemens que nous faisons paraissent arriver et arrivent en effet de la même manière que si ce corps était immobile. En 1641 il publia la vie de son illustre ami Peyrèsc.

En 1645 le cardinal de Richelieu lui donna une chaire de mathématiques au Collège royal. Il fit paraître en 1649 son ouvrage sur la philosophie d'Epicure qu'il intitula: De la vie, des moeurs et des opinions d'Épicure. Il y fait l'apologie d'Epicure, entre dans des dé

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tails sur la vie de ce philosophe et nous apprend que son jardin n'était rien moins qu'un lieu de débauche, et que l'étude de la philosophie était l'unique occupation de ceux qui y habitaient. Ce fut à cette époque que la reine Christine lui écrivit pour l'engager à faire le voyage de Stockolm; il s'en excusa sur son grand âge et sur ses infirmités continuelles. Mais malgré son mauvais état de santé, sa tête était si saine et son ardeur pour l'étude si grande, qu'il composa et publia coup sur coup une multitude d'ouvrages.

Ce sont la vie de Ticho-Brahé, celle de Copernic, de Puerbauhius et de Régiomontanus, savans astronomes, puis une notice sur l'Eglise de Digne, un Traité de musique et une nouvelle édition du Traité des sexterces. Disons maintenant quelques mots sur la métaphysique et la morale de Gassendi.

Gassendi chercha long-temps quelle pouvait être la nature, l'essence de cet être appelé âme, dont la présence dans le corps est l'existence, et l'absence la mort de ce corps. Gassendi comprit que cet être, imperceptible å la vue, peut néanmoins ètre aperçu par l'entendement, et de cette réflexion il conclut que l'âme était d'une nature différente de celle des corps.

Tous les hommes désirent naturellement le bien être et le bonheur, et toutes leurs actions tendent à arriver à ce but. Or la morale, dit Gassendi, est l'art de se rendre heureux; en d'autres termes, c'est la règle de conduite qu'il faut suivre pour parvenir à cette félicité, but de nos vœux. Mais, ajoute-t-il, sur cette terre d'épreuves, tout est relatif ; il ne faut pas croire que la morale puisse apprendre à arriver à un état tel qu'on ne puisse en imaginer un meilleur; le but de la morale est de procurer l'état le plus heureux possible. C'est pour parvenir à cet état que Gassendi pose plusieurs préceptes : 1o Connaître Dieu et le craindre.

2o Ne pas craindre la mort et s'y soumettre. 3o Ni trop espérer, ni trop désespérer.

4o Ne pas remettre à l'avenir ce dont on peut jouir actuellement.

5o Ne désirer que ce qui est nécessaire. 6o Modérer les passions par l'étude de la sagesse. Il nous reste à parler du système de Gassendi sur le monde.

Il regarde les divers atomes comme les élémens de la matière ; ces atomes réunis forment les corps, leurdonnent l'activité et suivant leur figure, leur grandeur, leur mobilité, ils excitent dans les corps la chaleur, le mou

vement, l'inertie. En un mot c'est de la combinaison différente des atomes soit en quantité, soit en qualité que viennent les différens corps qui forment le monde et leurs propriétés particulières.

Gassendi respecta toujours la religion dont il fut un des ministres. Il expira en chrétien. « Il est doux dit-il, en mourant, de s'endormir paisiblement dans le Seigneur. » Il fit appeler son confesseur et reçut le ViatiGassendi mourut le 24 octobre 1655, agé de soixan-que. Quand il s'aperçut qu'il touchait à son dernier mote-trois ans et neuf mois. Son ami M. de Montmort, maitre des requètes, et l'un des quarante de l'Académie, le fit enterrer dans la chapelle Saint-Joseph, dans le tombeau de sa famille.

ment, il porta la main de son secrétaire sur son cœur, en lui disant ces mots qui furent les dernières paroles qui sortirent de sa bouche : « Voilà ce que c'est que la vie de l'homme ! »

L'HOPITAL.

NOTICE SUR L'HOPITAL.

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avaient alors besoin d'un gardien aussi fidèle ; car les dilapidations et les malversations étaient arrivées à un tel point, qu'à peine le tiers ou le quart des perceptions entrait-il dans le trésor public. L'Hôpital fit revivre les lois qui étaient tombées en désuétude, punit les prévaricateurs, refusa le paiement de toute dépense qui ne tournait point au profit de l'état, ce qui lui suscita des légions d'ennemis.

rent de nouveau les Calvinistes, que le chancelier Olivier reprit ses fonctions et que des princes de la maison de Bourbon se mirent à la tête des Protestans pour reconquérir l'autorité qu'on leur avait ravie. Ce fut en ce tempslà que la protection des princes lorrains fit entrer L'Hôpital au conseil, et peu après quand la mort du chancelier Olivier fut survenue, elle le fit appeler à lui succéder. La cour, qui avait alors résolu la perte des Protestans, ne voulait leur laisser que l'alternative de l'abjuration ou de la mort. Le nouveau chancelier contraria ses projets inhu

Michel de L'Hôpital naquit en 1505, fils d'un médecin auquel le connétable de Bourbon confiait le secret de ses affaires plus que le soin de sa santé; Michel se trouva, encore étudiant, enveloppé dans la disgrâce du connétable. On le mit en prison; mais le roi le fit relâcher et lui permit d'aller en Italie rejoindre son père. Le jeune L'Hôpital continua ses études à Padoue et le fit avec tant de succès qu'ayant été rejoindre son père à Rome, il devint auditeur de la Rote. Plus tard, il retourna en France, recou- Ce fut vers cette époque que survint la mort d'Henri II, vra la modique fortune de sa famille qui avait été confisque sous le gouvernement des princes lorrains se soulevèquée, et reçut avec la main de la fille de Jean Morin, lieutenant-criminel, une charge de conseiller au parlement, mais à une époque où cette illustre compagnie avait beaucoup perdu de son ancien éclat. Bientôt, cité comme un modèle dans la magistrature, L'Hôpital se vit entouré d'une grande considération. Cependant ce cercle étroit et ces travaux monotones satisfaisaient mal l'ardeur de son génie actif. Il fallut s'en contenter long-temps; car la rancune que François 1er conservait à tous les partisans du connétable fut pendant toute la durée de ce règne un obstacle à l'avancement de L'Hôpital; vainement le chan-mains; il empêcha l'Inquisition de s'établir en France, celier Olivier, qu'une grande conformité de mérite avait réunit autour de lui tous ceux qui partageaient ses princiintimement lié à L'Hôpital intercéda-t-il en sa faveur; pes de modération et de justice et forma le tiers-parti qui tous ses efforts devinrent inutiles, et ce ne fut que sous le ne voulut alors reconnaître d'autres ennemis du bien purègne suivant que le chancelier parvint à tirer son ami blic que ceux qui troublaient le repos de l'état, violaient de l'état obscur dans lequel il languissait. En 1547, il le les lois, anéantissaient la constitution; enfin il assembla fit nommer ambassadeur au concile de Trente. Cette mis- les notables en 1560 à Fontainebleau, fit ordonner la consion n'eut qu'une courte durée; et pour le malheur de vocation des états-généraux, celle d'un concile national et L'Hôpital quand il revint en France, les intrigues de Diane la suppression des poursuites exercées contre les Protesde Poitiers avaient fait renvoyer le chancelier Olivier. tans. Ce sont eux-mêmes qui se sont perdus, par leur emLe hasard permit que les espérances qu'une femme ve- pressement à réchauffer la révolte; ils empêchèrent l'exénait de ravir à L'Hôpital lui fussent rendues par une au- cution du plan que le chancelier L'Hôpital avait conçu tre. Marguerite de Valois, duchesse de Berri, princesse pour les sauver; ils couraient à leur perte quand la mort lettrée et philosophe, désira connaître L'Hôpital, apprécia de François II vint changer les événemens. Infatigable son mérite et le fit son chancelier particulier, place qui dans son zèle pour le bien de l'état, dans son désir de le conduisit à obtenir celle de chef et surintendant des fi- prévenir la guerre civile, le chancelier fit tenir le Colloque nances du roi en la chambre des comptes. Les finances de Poissy, mais encore sans obtenir de résultat. Peu

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après il publia l'édit de janvier qui, sous certaines restric- | tions, permettait la profession publique de la religion protestante. L'Hôpital contint assez les deux partis pour les empêcher d'en venir aux mains pendant tout le temps qu'il siégea au conseil. Malheureusement il en fut exclu, et les hostilités commencèrent.

L'assassinat du duc de Guise ayant rendu la paix possible entre les Ligueurs et les Protestans, L'Hôpital la conclut, en régla les conditions, et croyant confondre tant d'intérêts divers dans l'intérêt national, fit peu après déclarer la guerre aux Anglais. Charles IX ayant à cette époque atteint sa quatorzième année, L'Hôpital fit reconnaître sa majorité et détermina ce jeune roi à parcourir le royaume. Tant de sages mesures eussent infailliblement fini par rendre le repos à la France, si Catherine de Médicis ne se fût pas déclarée l'ennemie du chancelier et ne l'eût pas fait exclure des assemblées du conseil où l'on délibérait sur la guerre qu'on voulait faire aux Protestans. Par les intrigues de cette princesse ambitieuse, L'Hôpital se vit accabler de calomnies et abreuver de dégoûts. Ce qu'on voulait, c'était de le contraindre à renoncer à un pouvoir qu'on savait parfaitement bien qu'il emploierait toujours à empêcher la violation des édits de pacification, la dissipation des finances et la naissance de la guerre civile. On y parvint; L'Hôpital fut sensible aux injustes calomnies qui se répandaient sur son compte ; il se retira des affaires et alla se fixer à Vignay. Des écrits utiles à son pays, l'étude, la prière, la culture de quelques champs, et l'éducation de ses petits enfans, occupèrent les loisirs de ce grand homme et calmèrent les regrets que lui faisait éprouver l'impossibilité dans laquelle on l'avait mis de donner à son roi de nouvelles preuves de sa fidélité et de contribuer à préserver la France des maux dont il la pressentait menacée. L'Hôpital ne vit dans la fallacieuse paix qui précéda la Saint-Barthélemi qu'uu piége que les partis se tendaient. On sait qu'après avoir couru le risque d'en être victime, il mourut en 1573 des suites de la profonde douleur dont ce déplorable événement avait pénétré

son âme.

exister; mais il ne prétendait pas pour cela que l'autorité du monarque dût être absolue. Il était si convaincu du contraire, qu'il composa sur ce sujet un poème latin que François II apprit par cœur afin d'avoir toujours présentes à la pensée les sages maximes qu'il renfermait. L'Hôpital considérait la division des ordres comme étant alors inhé rente à la monarchie, mais pourvu qu'aucun d'entre eux ne pût dominer les autres. Il mit ce précepte en pratique alors qu'il acheva d'abattre la puissance des grands et de leur enlever les prérogatives dont ils abusaient. On peut dire avec vérité que L'Hôpital fut, avec Charlemagne et Saint-Louis, l'un des principaux législateurs de la France.

Ce grand homme d'état se montra toujours éminemment religieux, en dépit de ce que l'esprit de parti fit dire à quelques-uns de ses contemporains: on en trouve d'irrécusables preuves non pas seulement dans sa conduite, en tous points si conforme aux préceptes de l'Évangile, mais encore à chaque page de ses écrits. Son projet était de diviser les ordres religieux en quatre classes et de les employer à des occupations d'un intérêt public; et s'il soutint les jésuites contre l'Université dans le procès qu'elle leur intenta en 1564, ce fut parce qu'il les regardait comme étant plus qu'aucun autre ordre propres à l'éducation de la jeunesse.

L'illustre chancelier a écrit en vers latins six livres d'épîtres, de satires et de discours dans lesquels respirent une foi vive et un ardent amour de la religion. Une des plus remarquables est l'épitre qu'il écrivit à un poète célè– bre de son temps, sous ce titre : De fide Christiana.

Après avoir rappelé les vaines recherches dans lesquelles s'égarèrent les plus grands génies de l'antiquité pour découvrir la vérité qui leur échappa pendant tant de siè– cles, le poète chrétien montre comment la sainte foi, présent du Ciel, pénétra d'abord dans les rangs inférieurs de la société, chez les hommes les plus modestes et se répandit dans le peuple, malgré les persécutions et les supplices de ses adeptes, et finit par soumettre les princes et les rois et porter sa bannière triomphante chez toutes les nations de la terre.

« Cette éclatante victoire, dit-il, n'a pas pour signe ces images de guerre qui portent au loin la terreur. Son étendard est une croix tachée de sang, humble trophée d'où la sainte foi s'est épanchée dans tous les cœurs.

» Du haut de ce signe vénéré ne descendent. pas des menaces de mort et de destruction pour l'ennemi. C'est aux fidèles qu'elle offre le tableau de toutes les souffrances humaines, l'appareil du supplice le plus cruel et une mort infàme. La foi sublime fait trouver légers ces horribles tourmens. Lorsque cette foi vive a embrasé notre âme, elle l'élève tout entière à la contemplation des choses cé— lestes, l'attache à Dieu par le lien d'un amour sans partage et lui donne la croyance de mystères presque incroya

L'Hôpital mourut si pauvre, après avoir administré les finances de l'état, qu'il fut obligé de demander au roi, à la fin de sa vie, des alimens pour lui et une dot pour sa fille unique. Les biens confisqués sur son père lui avaient à la vérité été rendus ; mais quoique ses mœurs aient toujours été austères, ses goûts simples et sa sobriété grande, ils étaient insuffisans pour sa famille. Des építres, différens poèmes et une satire contre le luxe, sortirent de sa plume et sont pour la plupart reconnues appartenir aux ouvrages de ce temps qui méritent le plus d'estime, L'Hôpital ne voyait de remède aux maux qui accablaient alors la France que daus la réformation des mœurs et tous ses efforts tendirent vers ce but. Les lois rendues sous son administration sont citées par D'Aguesseau comme étant la base fondamentale des plus utiles institutions qui aient été don-bles. Elle lui fait dompter la fortune et supporter les misènées par les rois. Il protégea toutes les bonnes études, entre autres celle du droit, et fit venir à Paris le fameux Cujas dont le mérite était délaissé dans le fond d'une province. L'Hôpital regardait le gouvernement monarchique » L'âme que la foi domine ne cherche pas à pénétrer comme étant le plus parfait de tous ceux qui peuvent les secrets de la nature, ni les mystères de la Divinité;

res humaines; elle lui inspire le mépris des richesses et de tous ces biens que le vulgaire poursuit de toute l'ardeur de ses vœux.

elle dédaigne les raisonnemens humains, et ne compte pas sur ses propres forces, mais elle se dépouille de son enveloppe terrestre, s'élève au-dessus des astres comme emportée sur des ailes légères, et s'arrêtant devant la face de Dieu, puise comme dans un miroir les flots de lumière qui portent partout une vive clarté. »

Dans une autre épitre intitulée: De pocsi christiana, judicium et exemplum, ce grand magistrat expose son opinion sur la poésie sacrée; et joignant l'exemple au précepte, il célèbre la naissance de Jésus-Christ en vers faciles et harmonieux où sont redites avec la vie de ce divin maitre les principales vérités de la foi évangélique.

DE LA PIÉTÉ ET DE LA JUSTICE 1.

Heureux les princes qui ont fondé la paix de leurs états sur les deux colonnes destinées à l'immortalité, savoir en la piété et la justice.

Qu'est-ce qui fait, ajoute saint Augustin, que tant de milliers d'hommes de diverses contrées, langues, mœurs, qualités et conditions, se rangent si volontairement sous l'empire, sous la loi et domination d'un scul? Sinon la justice qui veut que l'on rende à chacun

Auguste, sous lequel notre Sauveur et Rédempteur voulut revêtir notre humanité, voyant la terre sous la puissance de ses armes, appliqua toute son étude à ré-ce qui lui est dû, en commençant en premier lieu à former les mœurs. Aussi régna-t-il le reste de ses jours en une profonde et solide paix.

Ce qui rend non-seulement tous les états, républiques, cités, familles, mais encore chaque homme en particulier, heureux ou malheureux, sain ou malade, bon ou mauvais, sage ou fou, juste ou injuste, doué de bonnes ou de mauvaises qualités; c'est l'ordre ou le désordre. Cette maxime est des plus certaines et se vérifie généralement dans tout ce qui se trouve en l'univers, et de fait y a-t-il chose au monde qui étant hors de son lieu, rang et situation naturelle, ne soit aussitôt en tourment et en inquiétude?

On peut poser pour maxime vraie et indubitable que l'ordre ou désordre qui est aux monarchies, cités et républiques, émane et procède nécessairement de la justice sous le nom de laquelle je comprends la piété qui en est inséparable, ou de l'injustice qui ne s'éloigne jamais d'impiété, d'irreligion et même d'athéisme.

Dieu notre créateur auquel à juste titre, le premier degré d'honneur, d'amour et d'obéissance appartient, puis de degré en degré à ceux qui nous sont proposés pour nous régir, nous policer, nous protéger et nous garder d'oppression.

Ce paisible consentement des peuples et des nations et cette convenance générale vient du ciel, c'est la vraie harmonie du monde, laquelle entretient d'un lien ferme et assuré la société des hommes, rend heureux et les supérieurs et les inférieurs.

L'un des principaux articles du serment des rois de France, à leur sacre, est de bien juger en équité et en justice. « Je fais profession et serment devant Dieu et ses anges, dit saint Louis, dans ce moment et pour la suite de faire avoir et conserver, selon ma puissance et connaissance, à la sainte Église et au peuple qui m'est soumis, loi, justice et paix, en la manière que nous pourrons aviser mieux dans le conseil de nos fidèles, sauf

Tout homme qui a vraiment la crainte de Dieu em-ce qui regarde l'usage convenable de la miséricorde. » preinte dans son âme ne veut rien d'autrui, rend à Dieuce qui lui appartient, et ne fait à autrui que ce qu'il voudrait qu'on lui fit, et cela s'appelle faire justice et accomplir en le faisant le premier commandement de

Dieu.

La justice et le bon prince sont inséparables, et dès lors qu'un prince entre au gouvernement de son état, il se charge au même instant de rendre une bonne, briève et sincère justice à ses sujets; il doit croire, avec saint Augustin, que c'est la justice seule qui donne le nom à son royaume, et que le pays où la justice n'est pas exercée, ce n'est pas un royaume, c'est un vrai brigandage, c'est une pure et manifeste tyrannie.

1 Le morceau suivant du chancelier de L'Hôpital n'est pas placé ici au même titre que les autres fragmens et comme preuve de la vérité chrétienne établie par une discussion dogmatique. Nous avons voulu montrer seulement que ses réflexions sur la justice avaient été inspirées par une foi vive et que l'illustre chaucelier puisait dans les plus sublimes inspirations de la religion, ses argumens les plus forts en faveur de la vérité dans les institutions humaines. Ce fragment, d'ailleurs, est remarquable par une éloquence forte et élevée, et la vétusté du langage ajoute même à son énergie et à sa naïveté.

Au demeurant que les juges tant souverains qu'autres quels qu'ils soient, prennent bien garde comme ils jugeront, car il leur sera indubitablement fait tout de même par le grand juge des vivans et des morts qu'ils

auront fait aux autres.

Ce grand juge qui est fort et patient, qui juge sans crainte, sans faveur, sans aucune acception de personnes, qui pénètre aux plus secrètes conceptions des âmes, auquel comme aux hommes on ne saurait donner des paroles en paiement, et les jugemens duquel sont terribles et inévitables; c'est cet oil clairvoyant qui perce au plus profond des abîmes, et auquel enfin rien ne peut être caché.

L'œil de Dieu, tout voyant et tout pénétrant voit et regarde toutes choses, et rien ne lui peut être caché de toutes les injustices qui se font ordinairement.

Bienheureux sont ceux qui auront fait justice en tout temps, car c'est à eux à qui le royaume des cieux est promis.

Les princes doivent se håter de faire le bien parce que la mort peut les prévenir. Cela n'arriverait pas si (comme le disait le vaillant Odon à l'un de nos rois étant au lit de mort), nous estimions notre vie n'être que

d'un jour; comme de vrai, à comparaison de l'éternité, Ia plus longue vie de l'homme est beaucoup moindre qu'un jour naturel.

Et puis, disait ce grand prince, il n'y a rien en ce monde qui, à toute heure, ne nous menace de la mort. La mer, le ciel, la terre, les divers accidens naturels, même la justice, les querelles, les maladies, nous la font toujours présente, et souvent la vie est si ennuyeuse à plusieurs qu'il voudraient n'être jamais nés, et néanmoins nous sommes si attachés au monde, si mal avisés, et tellement enivrés des vanités de la terre, que s'il se présente quelque chose de bien pour l'honneur de Dieu, pour le bien de la justice ou du public, nous remettons toujours de demain en demain l'exécution de nos meilleures pensées, tout ainsi que si nous ne devions jamais bouger d'ici-bas.

L'HISTOIRE SACRÉE, SEUL ET FIDÈLE GUIDE DE LA POLITIQUE DE L'HÔPITAL.

Tout ainsi que l'œil est le guide, le conservateur et gardien de tout le corps, aussi l'œil du corps politique, c'est la justice, laquelle est administrée par les rois et princes souverains, comme aussi par leurs lieutenans, gouverneurs, officiers et magistrats, qui n'ont ou ne doivent rien avoir en plus grande recommandation que de garder les peuples que Dieu leur a commis, les préserver de toute oppression, injustice ou violence, les faire vivre dans la discipline de leurs équitables lois et ordonnances, et sous l'heureuse protection de la justice, laquelle, en tant qu'il sont jaloux et amateurs de leur vie et de leur couronne, leur doit être chère, précieuse et véritable, parce que la justice est un don du ciel mis en dépôt entre les mains du prince souverain, qui la tient immédiatement et conjointement avec sa couronne, du grand juge éternel, que Malachie appelle Deum judicii, de qui toute puissance dérive, et sous la divine grâce et majesté duquel les rois règnent et ont domination sur les hommes, et parce qu'ils ne la peuvent pas exercer tout seuls, ils commettent la simple administration à leurs magistrats, en retenant toujours par devers eux la propriété d'icelle.

Aussi est-ce bien le plus beau fleuron de leur couronne, la principale, la plus haute, la plus divine partie de leur puissance, que cette justice qui leur attribue le droit de commander, lequel est tellement important qu'il étend sa force et vertu sur la vie, l'honneur et les biens de tous leurs sujets; pouvoir, dis-je, non tyrannique, arbitraire et déréglé ; mais réglé, conduit et borné par la justice."

C'est pourquoi en tant de passages de la SainteÉcriture, les juges sont appelés dieux, comme ayant la communication et participation de l'une des graudes puissances de la divinité.

De ce fait foi cette belle remontrance que le bon Josaphat, roi de Juda, donne aux juges qu'il établit et commet pour juger son peuple.

« Prenez, dit-il, bien garde à ce que vous ferez, c'est

le jugement du Seigneur, et non des hommes, que vous avez en maniement, et tout ce que vous jugerez, afin que vous l'entendiez, retombera sur vos têtes; que la crainte de Dieu soit toujours devant vos yeux; faites toutes choses avec soin et extrême diligence, et vous souvienne que le Seigneur est au milieu de vous, lequel ne fait point de grâce aux iniquités, ni acception de personnes, et ne reçoit aucun présent. » Voilà, en peu de paroles, le devoir des juges bien exactement déduit.

Si jamais prince en a compris la conséquence, ç'a été Salomon, lequel ayant fort jeune perdu son père David, et ayant appris de lui que le principal office des rois consiste à juger et à faire justice (chose fort difficile, et qui requiert, avec probité, constance et magnanimité, une rare et singulière prudence à l'homme), et après s'être bien préparé par le moyen d'une grande humilité, ferveur et dévotion, et de grands et solennels sacrifices et prières publiques, Dieu exauça ses prières, lui apparut en songe, et lui donna le choix de demander ce qu'il voudrait.

Ce jeune prince, qui, selon le désir de la chair et vœu ordinaire de la jeunesse peu sage et expérimentée, pouvait demander les richesses, les empires et principautés du monde, une force et beauté corporelle, une longue vie, des victoires sur ses ennemis, et autres biens temporels, fragiles et périssables, néanmoins tant estimés par les sages mondains, ne demande rien de tout cela, mais seulement un bon et sain entendement, afin que lui, qui n'était encore qu'un enfant, et qui avait un si grand peuple à gouverner, lui pût rendre la justice, le juger comme il appartient, discerner le bien et le mal, et le vrai d'avec le faux; ce qui ne pouvait être que par le moyen de la science. Invocavi, dit-il, et venit in me spiritus sapientiæ, et præposui illam regnis et sedibus, et divitias nihil esse duxi in comparatione illius.

L'histoire sacrée nous apprend que cette prière fut si agréable à Dieu, qu'il lui accorda non-seulement sa requète qui était pleine de piété et d'un bon zèle envers le peuple qui lui était commis, mais y ajouta de plus ce que Salomon n'aurait pas demandé, savoir, les richesses avec une gloire et renommée telle qu'aucun prince de tous ceux qui avaient été devant lui et viendraient après, n'en aurait eu et n'aurait jamais rien de semblable. Le tout pourvu qu'il marchat toujours en sainteté du cœur, et équité et justice, et qu'il suivit ses commandemens comme son père David avait fait, et en cas de contravention, il ajouta des menaces épouvantables, qui furent depuis effectuées en son fils Roboam

son successcur.

De vérité, Salomon ayant gravé dans son cœur de si hautes promesses d'un côté, et de si terribles menaces de l'autre, se gouverna assez long-temps en la voie du Seigneur, fit des choses admirables, fut chéri et obéi de tout son peuple, et vécut pendant ce temps en profonde paix, laquelle lui acquit des richesses innumérables.

Son alliance et amitié fut recherchée de tous les princes de son siècle, et n'y avait cour en toute la terre où

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