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Jefus, valame Dios,

Dios me libre,

Valameô valgame fanta
Maria,

Valame ô valgame nuef-
tra Señora,
Valame ô valgame la
Madra de Dios >

Jefus, Dieu me foit en aide.

Dieu me veuille déli

vrer.

Sainte Marie me foit
propice.
Notre Dame me fe-

coure.

La Mere de Dieu foit mon aide.

Recueil & Obfervations, tant de quelques dictions fimples, qui ont diverfes fignifications, que de certaines façons de parler propres & particulieres à la Langue Efpagnole.

A nature, j'ai cru Près avoir parlé généralement des parties néceffaire d'ajouter à la fin diverfes annotations & remarques fur quelques difficultés, tant à l'égard des dictions, que de certaines phrafes ou manieres de parler, propres & particulieres à la Langue Efpagnole.

Je dis donc d'abord que la particule des qui eft une prépofition inféparable, fe trouve feulement en compofition, & fert pour montrer le défaut, la contrariété, ou la privation de la chofe, de même qu'en François; comme: deshonra, deshonneur; defdicha, malheur; defventura, infortune; defaprovechado inutile " deshecho, défait; defarmado, defarmé; defatinado, écervelé ; defvergonçado, effronté; & autres femblables compofitions, où il fe voit que des eft privatif de là chofe fignifiée par le nom qui lui eft adjoint.

;

Il y a de certaines dictions compofées, qui fe peuvent compter entre les adverbes, d'autant qu'elles font indéclinables, & fe joignent à ces Verbes, andar, venir, eftar, poner; auffi gouvernent-elles quelques cas: en cuerpo, en pourpoint, ou fans manteau; en piernas, les jambes nues; en carnes, tout nud: yo estoy en cuerpo, je fuis en pourpoint; vos estays en piernas, vous êtes jambes nues; púfofe en carnes, ou en cueros, il fe dépouilla tout nud.

De la diction Hideputa.

Les Espagnols ont une expreffion moqueufe ou interjection, favoir: hideputa, qui s'emploie pour exprimer du mépris. O hideputa y que Roldan, para hazer fieros! O quel Roland pour faire des bravades ! 6 hideputa y que Nembroth , que magno Alexandro! ô quel Nembroth, quel grand Alexandre! ó hidefuta, y que hombre eres! ô quel homme tu es! hideputa, y que confejero nos à venido! ô quel confeiller nous eft venu! Dans la colere ce mot

fignifie autant que hijo de puta, étant abregé par fyncope, pour hijo de puta, fils de putain. Elle fe trouve en compofition avec ce Verbe Impératif andad, qui s'accomode fort bien aux injures avec la prépofition para, comme: andad para hideputa, allez, fils de putain que vous êtes: ándad para vellaco, ruin, perro, Moro > Judio, ladron, hereje, puto, allez, vilain que vous êtes, méchant, chien, More, Juif, larron, hérétique, bougre, ce dernier ne ( devroit jamais fortir de la bouche des honnêtes gens; j'aimerois mieux le rendre par ce mot, paillard ;) hideputa ruin mechant fils de putain: hide ruin, fe dit pour hijo

>

de ruin.

Du mot Hidalgo.

Hidalgo eft un abrégé de hijo dalgo, duquel je n'ai jamais lu ni oui dire hidalga, féminin, mais bien hija dalgo; fi ce n'eft quand il eft adjectif, comme condicion hidalga, condition noble; mais remarquez ici que condition fe prend pour l'humeur de la perfonne & non pour fa qualité les François difent, naturel noble. Le premier, qui eft hidalgo, ou hijo dalgo, fignifie, Gentilhomme; & hija dalgo veut dire Demoifelle, c'eft-à-dire fille ou femme noble: de ce mot eft dérivé hidalguia, nobleffe.

"

L'Etymologie de hidalgo ou hijo dalgo, eft amplement déduite dans l'Examen de los ingenios: j'en dirai feulement un mot en paffant. L'Auteur fait une comparaifon de ce mot, algo, dont la diction eft en partie compofée; & de fon contraire, qui eft nada; le premier fignifiant en Latin aliquid, & en François quelque chofe; l'autre veut dire, nihil, rien. Or il rapporte ledit nada au peché, ou ́vice, qui eft à bon droit dit, rien : & par algo, il entend la vertu voulant inférer que hijo dalgo, fignifie fils de la vertu, ou des œuvres vertueufes: il 'n'y auroit pas moyen de dire en François, fils de quelque chofe, pour expliquer ce

mot.

J'ai appris une autre Etymologie du même mot, qui a bien de l'apparence; c'eft que hidalgo feroit compofé de ces trois mots hijo de Godo, fils de Goth; & cela à caufe que les Goths, ayant été les premiers Chrétiens en Efpagne, ils font tenus pour les plus nobles, à la différence des nouveaux Convertis ; tellement que par corruption de hijo de Godo, fe feroit formé hidalgo.

De la Diction Merced.

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Il fera bon de dire encore touchant ce mot merced, que les Efpagnols ne répétent pas toujours en parlant, ou en écrivant; mais à la place ils mettent le relatif; comme pour dire vm. me haga merced defto, ils diront ainfi, vm. me la haga defto tellement que l'article la relatif, vaut autant que merced. Ils disent auffi la de vm. recebi; où il faut fous-entendre carta, pour fignifier j'ai reçu votre lettre : nous difons auffi en François, j'ai reçu la vôtre : & en fe faluant réciproquement, l'un dira, Befo las manos de vm. l'autre répondra, y yo las de vm. Néanmoins, fi deux inégaux en qualité fe rencontrent, le moindre ayant dit au plus grand, Befo las manos de vm. le grand ne luirépondra pas, y yo las de vm. mais bien, fervidor de vm. Au cas toutefois que l'inégalité ne foit pas trop grande entr'eux (car s'il y en avoit beaucoup, alors il ne feroit pas bienféant au grand, de s'abaiffer fi fort, ) il pourroit dire, felon la qualité de fon inférieur, buena noche tenga, ou, bien venido fea el Señor fulano, ou bien vm. Sea bien venido: & au contraire, il ne conviendra pas au petit de dire à fon Supérieur, fervidor de vm. ou de vueftra Señaria, d'autant que befo los manos eft plus humble.

"

J'ai dit v. m. fera bien venido, & non pas venida, comme difent quelques-uns non encore verfés en la Langue, penfant que l'adjectif doit s'accorder avec vueftra merced. mais je les avertis, qu'il faut toujours l'accorder avec le genre de la perfonne à laquelle l'on écrit ou parle: car fi c'eft à un homme, il le faut du genre mafculin: comme V. Md. V. S. V. Ex. V. Al. V. Mag. V. Santitad fea bien venido ; mais fi c'est à une femme, il faudra le fémi

nin, & dire, bien venida. Et s'il arrivoit que l'on parlât à deux perfonnes de fexe différent, le mafculin l'emporteroit, & l'on diroit, Vueftras mercedes fean bien venidos, & non venidas. Et au cas pareil fi l'on fpécifie les deux genres, le mafculin aura le deffus > comme Fulano tiene un Esclavo, y Efclava muy buenos.

On pourroit, après ce que j'ai dit, penser que vueftro & vueftra fe duffent comprendre fous cette regle, comme étant adjectifs, mais, pour ne point laiffer d'équivoque, je dirai que cela ne fe doit entendre que de l'adjectif qui vient après; ainfi vueftro ou vueftra, conviendra toujours à la parole y jointe, fans avoir égard à la perfonne; on ne dira donc pas à un homme, vueftro merced, mais vueftra merced; & au pluriel, tant aux hommes qu'aux femmes, on dira vueftras mercedes; favoir: à des hommes vueftras mercedes fon buenos ; & à des femmes, vu ftras mercedes fon buenas.

Vueftro & vueftra, veulent dire en François, votre. Exemples. Vueftro padre, vueftra madre, votre pere, votre mere, vueftros hermanos vueftras hermanas, vos freres, vos fœurs.

De ces deux noms, Fulano & Çutano.

Les Espagnols fe fervent bien fouvent de ces noms Fulano & Cutano, pour fignifier une perfonne fans nom ou fuppofée, comme qui 'diroit en François, tel ou telle; à l'imitation des Latins, qui fe fervent de ces noms Titius & Mevius. Ils ont auffi les féminins, car ils difent Fulana & çutana. Exemples, Fulano es hombre de bien: Fulana es hermofa: & s'ils en veulent fignifier deux enfemble, ils difent Fulano y çutano, c'est-à-dire, tel & tel; mais il faut noter qu'ils ne commencent jamais par gutano, ni par çutana.

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