Le lecteur, ce voyeur absoluRodopi, 1998 - 433 pages Tout le monde en conviendra : lire n'est pas une activité de tout repos. La vue y est certes sollicitée, et même d'emblée, mais c'est pour aussitôt s'éclipser. S'il était purement vu, le texte (dans son sens étendu d'objet de l'interprétation) ne serait pas encore lu. La lecture proprement dite aura lieu dès l'instant où je cesse de voir ce qui m'est donné à voir pour me faufiler au-delà. J'embrasse à présent une réalité tri-dimensionnelle, je deviens le texte et le texte m'épouse, je flaire et je ressens, j'hallucine et je jubile, bref : je lis. La lecture sera synesthésique ou ne sera pas. Mon voyeurisme n'est plus trivial mais absolu. Or ce don de voyance que je m'accorde pour pallier mon aveuglement du départ n'est pas sans risques : je ne suis à l'abri ni de la méprise ni de la foi aveugle. Et c'est là le côté ironique de toute lecture. On a beau s'investir dans l'oeuvre, tôt ou tard l'enchantement sera rompu. Je me vois en train de lire, donc je ne lis plus. Le texte me renvoie soudain à mes propres limites. Il n'empêche que cet ébranlement du sujet soit souvent déclencheur d'une expérience esthétique, expérience qui porte également un enseignement : la lecture aujourd'hui engage quiconque s'y adonne à être prêt à abdiquer à chaque instant ou, du moins, à respecter l'illisible et l'inappropriable. L'aboutissement de ce travail ce confond avec son présupposé majeur : inutile de vouloir maintenir le clivage entre lecture textuelle et lecture tout court (d'une image, du monde, d'un corps désiré, etc.), ce sont leurs empiètements qui restituent à ce geste ancestral et sans doute universel son souffle et son ampleur. Des scènes de perception entravée, lacunaire ou défectueuse, glanées dans le patrimoine littéraire et plastique contemporain (Proust, Cocteau, Michaux, Calvino, Manganelli, De Chirico, Alechinsky, Fuentes, Biély, Nabokov, Gombrowicz et tant d'autres) et appréhendées comme autant de simulacres de l'expérience de lecture, nous ont permis de cerner l'activité lectorielle au plus proche des textes. |
Table des matières
| 1 | |
| 7 | |
| 9 | |
| 16 | |
| 22 | |
| 26 | |
| 33 | |
| 37 | |
Balzac | 73 |
Nabokov | 82 |
PETITE LEÇON DESTHÉTIQUE | 87 |
Parcours paradigm3atique | 103 |
Le paradigme du corps ployé | 105 |
Le chiasme épistémologique | 111 |
Le paradigme du regard frontal | 113 |
IMAGINATION SENSIBLE | 135 |
| 38 | |
Verne | 40 |
Proust | 46 |
Jorif | 51 |
Laclos | 55 |
Manganelli | 58 |
AVEUGLEMENT | 61 |
ADHÉSIONENGLUEMENTEXPULSION | 63 |
Nabokov | 64 |
Diderot | 70 |
Nabokov | 140 |
Husserl | 148 |
Fuentes | 157 |
Kafka | 173 |
ΤΑΤΟΝΝΕMENT | 233 |
VOYEURISME | 315 |
CONCLUSION | 411 |
FIGURES | 431 |
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Expressions et termes fréquents
Actéon Artemio Cruz aveugle axolotl Biély bruit Calvino cécité chambre chiasme Chirico chose coeur Condillac conscience constitue corps d'emblée déictique Derrida dessin Diderot dire doigt dorénavant Dufrenne effet esthétique expérience fiction figure Gallimard geste Giorgio Giorgio de Chirico haptique Henri Michaux herméneutique Husserl Ibid image imaginaire imagination indicielle J.DERRIDA Jacques Derrida Jean Cocteau Klossowski Kotik l'autre l'aveuglement l'écoute l'écriture l'espace l'expérience l'image l'imaginaire l'imagination sensible l'indice l'invisible l'objet l'occurrence L'oeil et l'oreille l'oeuvre lecture Létaiev lire littérale M.DUFRENNE main Merleau-Ponty métaphore monde Nabokov narrateur objet oeuvre passe passion peinture pensée perception phénoménologie Piero della Francesca Pierre Klossowski potentiel pourrait Pradines présent propre proprioceptivité réalité récit réel regard frontal représentation reste roman s'avère Sang d'un poète Sartre savoir scène semble sémiotique sens sensation sensoriel sentiment serait seulement signe signifiant sonore sorte spectateur statue sujet surprise synesthésique tableau tactile texte toile toucher visage visible vision visuelle voyeurisme yeux
Fréquemment cités
Page 35 - Peeters, 1995. -34Cette obscure fraîcheur de ma chambre était au plein soleil de la rue ce que l'ombre est au rayon, c'est-à-dire aussi lumineuse que lui et offrait à mon imagination le spectacle total de l'été dont mes sens, si j'avais été en promenade, n'auraient pu jouir que par morceaux...
