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gangue, et qui ont été formées, tantôt simultanément, tantôt à des époques différentes.

On aurait une fausse idée de la figure d'un filon, si on se le représentait comme une fente ordinaire, qui va toujours en se rétrécissant à mesure qu'elle s'éloigne de la surface. L'image ne serait pas plus vraie, si l'on se figurait un tronc d'arbre accompagné de rameaux, ainsi qu'on l'a tant et tant répété. Il n'y a rien de semblable dans la nature, et il suffit de jeter un coup d'oeil sur les plans de mines pour se débarrasser de toutes ces idées fausses. Il est vrai qu'il arrive souvent qu’un filon principal est accompagné de quelques filons secondaires qui s'en détachent momentanément pour s'y rattacher ensuite, que les filons jettent parfois des espèces de petits rameaux éphémères, qu'ils se divisent en plusieurs branches, qu'ils se réunissent pour se séparer encore, en renfermant entre leurs rameaux des espèces d'îles composées de la substance même de la montagne. Mais s'il fallait absolument donner un objet de comparaison pour faire sentir la figure et les accidens d'un filon, j'aimerais mieux proposer le cours d'un fleuve entrecoupé d'atterrissemens et divisé en plusieurs branches, que de choisir, comme on l'a presque toujours fait, l'image d'un tronc d'arbre et des rameaux qui s'y rattachent. (Pl. IV, n.° 1.)

Les filons se montrent souvent à la surface de la terre; ils s'y font remarquer, soit par

leur couleur blanche, soit par une bande qui fait saillie au-dessus du sol et qui est due à leur plus grande dureté, ce qui leur a permis de résister à l'air, tandis que la roche dont ils traversent les couches, a été rongée et dégradée par l'action des pluies, du soleil et de la gelée. On voit de ces filons saillans qui forment des espèces de murs et que l'on suit de l'oeil à travers les montagnes. (Pl. IV, n.° 1.) D'autres fois, au contraire, les filons se dégradent plus facilement que la roche, et alors ils sont moins apparens, parce qu'ils se perdent au milieu des fentes et des irrégularités des

montagnes; ce sont leurs affleuremens. Les montagnards qui font métier de chercher des mines ou des flons de cristal aux environs des glaciers, ont acquis une sorte d'habitude, une espèce de tact, qui les leur fait distinguer au premier abord, et quand ils y remarquent des grains de pyrite, de galène, des efflorescences salines, des taches de rouille ou de vert de gris, ce sont des fleurs qui les engagent à les attaquer sans délai, et si les recherches et les travaux pénibles de ces hommes intrépides sont souvent infructueux, il est juste de dire qu'ils sont quelquefois suivis des plus heureux résultats : la mine de Cormayeur, en Savoie, en était un exemple.

Les mineurs distinguent plusieurs parties dans les filons. La tête ou le chapeau, qui se montre au jour et qui les leur fait ordinairement découvrir.

Le toit : c'est la partie qui recouvre le filon quand il est incliné. Le chevet , le mur ou lit : c'est le côté

opposé au toit; le filon semble couché ou reposer dessus. Ces deux dernières parties, le toit et le mur, se distinguent aussi dans les couches inclinées ou horizontales. (Pl. IV, T M.)

Les salbandes ou épontes : ce sont les parois du filon qui touchent au toit et au mur. Elles sont quelquefois lisses et assez polies pour servir de miroir.

Les détaches ou lisières : ce sont deux filets d'argile grasse et blanchâtre qui forment la séparation entre le filon et la roche; elles se confondent avec les salbandes. Les détaches manquent souvent; mais quand elles existent, elles aident infiniment et facilitent le travail en permettant de faire tomber le filon sans attaquer la roche; ce qui diminue toujours la masse des déblais. Les mineurs considèrent les détaches comme de bonnes marques.

Enfin, les poches, fours, cracques ou druses, sont des cavités qui se rencontrent souvent dans l'épaisseur des filons, et qui sont ordinairement tapissées de substances brillantes et cristallines. Ces poches, qui sont véritablement admirables quand on vient à les ouvrir et qu'elles n'ont pas encore été ternies par la fumée de la poudre et des lampes, existent plus particulièrement dans les

endroits où le filon éprouve un renflement, et comme on a remarqué que ces dilatations sont précédées et suivies d'étranglemens, on a donné aux filons qui sont sujets à ces alternatives, le nom de filons à chapelet. (Pl. IV, n.° 2.)

La manière dont les filons se sont remplis nous importe peu ; mais cependant il n'est pas sans intérêt d'étudier, ou du moins de remarquer les dépôts successifs qui ont comblé ces énormes fentes. J'en citerai un exemple: j'ai fait attaquer un filon de plomb qui traversait les couches d'une montagne schisteuse, et l'on remarquait sur tous les points où il n'était pas brouillé : 1.° à droite et à gauche, près des salbandes, un filet de baryte rouge, ensuite un cordon de pyrite de chaque côté, puis un ruban souvent trèslarge, composé de baryte rose et de calcaire spathique; et enfin, au milieu, une bande de plomb sulfuré, galène à larges facettes, dont l'épaisseur variait depuis 3 lignes (5 millim.) jusqu'à 15 pouces (42 centimètres), et comme c'était un filon à chapelet, les fours qu'il renfermait étaient grands et nombreux, et on les voyait tapissés de baryte rose et de cristaux du plus beau blanc sans un atome de plomb; ce qui semble prouver que le métal est arrivé le dernier, puisqu'il ne se trouve qu'au centre de la masse, et qu'il n'a pas même pénétré dans les poches où il eût pu cristalliser comme les autres substances qui

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lui servent de gangue. J'ai poursuivi ce filon à plus de deux cents pieds au-dessous du sol, et je n'ai cessé de trouver la même association et le même ordre de superposition.

Les filons, qui ne sont que des accidens, sont soumis, comme les couches qu'ils traversent, à des dérangemens qui modifient leur puissance, qui changent leur allure, c'est-à-dire leur direction ou leur inclinaison, ou qui appauvrissent le minerai qu'ils produisent

Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des failles ; mais avant d'aller plus loin, nous devons dire que tout porte à croire que les causes qui ont produit les filons se sont répétées plusieurs fois, puisque nous en trouvons qui sont traversés par d'autres filons de nature toute différente que les premiers. C'est ce que l'on observe surtout dans les filons d'étain, qui sont toujours coupés et qui ne coupent jamais les autres : cela prouve leur antériorité. (Pl. IV, n.os 1 et 3.)

Si l'on admet avec nous et avec la plupart des minéralogistes que les filons ne sont que des fentes remplies, on concevra facilement que ces gîtes accidentels doivent être et sont en effet beaucoup plus susceptibles que les couches, de subir toutes sortes de modifications et de vicissitudes; et, en effet, les accidens qui dérangent les couches proviennent précisément de la cause qui a donné naissance aux filons, et les failles, comme nous

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