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d'Allemagne nous comprenons plusieurs États séparés et indépendans, mais formant toutefois la plus antique et la plus imposante des fédérations modernes. Cette observation divise naturellement ce précis en deux parties.

La première ne doit traiter que des lois générales, publiques et fondamentales, composant la constitution de l'Empire.

A la seconde, doit se rapporter tout ce qui est relatif aux 1 principes ou actes qui établissent le droit public de chacun

des États appartenans à l'association germanique. Une division semblable a dû se retrouver dans le texte même des lois politiques que nous avons cru devoir comprendre dans ce recueil.

L'histoire de la constitution de l'Empire est certainement un des points les plus intéressans, et je puis ajouter, les moins connus en France, de l'histoire moderne. Toutes les questions qui intéressent la société politique, tous les droits et toutes les libertés que revendiquent les sujets ou la couronne, tous les principes que proclament la sagesse et l'esprit de conservation, y sont successivement amenés par les évènemens. Là, sur des faits discutés, sur des habitudes avérées, l'expérience a pu baser des doctrines positives, tandis qu'on créait ailleurs de vagues et dangereuses théories. Enfin, dans les derniers siècles, l’Empire devient le point central de l'Europe; et la connaissance des traités qui le constituent est indispensable pour l'intelligence des évènemens dont cette partie du monde est le théâtre.

Malheureusement, les esprits ont été long-temps détournés en France des études historiques approfondies, soit par une légèreté naturelle, soit par l'impulsion que savait imprimer le gouvernement vers une littérature plus légère. Il est arrivé encore, et peut-être par une conséquence naturelle, que les livres d'histoire ont été en général faits parmi nous avec de l'érudition sans esprit, ou avec de l'esprit sans érudition. On n'a pas lu les premiers, et l'on a cru savoir après avoir lu les seconds. Le résultat a dû être une infériorité de connaissances sur ce point que nous avouons aujourd'hui ; ce qui prouve que nous marchons à une instruction plus vaste et plus solide. Cette infériorité a été telle qu'elle a pu être facilement sentie dans une foule de nos écrits les plus estimés; la plupart, en effet, constatent que leurs auteurs n'ont eu que des notions fort superficielles sur ces grands corps de faits, sur ces vastes collections d'actes et de pièces des divers peuples, dont l'examen et la comparaison sont les véritables et principales sources de l'histoire moderne; il ne faut que citer l'étonnant ouvrage de Voltaire, pour faire sentir toute la justesse de cette réflexion.

Le tableau qu'on offre ici, où l'on verra naitre successivement la fameuse bulle-d'or, les divers recès de l'Empire, la paix publique, les traités et actes fédératifs qui ont constitué ou constituent l'Allemagne; ce tableau sera donc de quelque intérêt et neuf jusqu'à un certain point; quoique rapide et court, il ne sera pas fait avec la légèreté qu'on vient de reprocher à la plupart des ouvrages où la même matière est traitée : il faut ajouter encore que la série des évènemens sera marquée dans ce précis d'une manière plus précise et plus positive que dans les précédens, parce qu'ils sont généralement beaucoup moins connus.

Ire PARTIE.

CONSTITUTION DE L'EMPIRE.

S. I. Des Germains. La Germanie est le berceau des nations modernes. Si toutes les hordes qui la conquirent après la chute des enfans de Théodose n'en furent pas immédiatement originaires, au moins peut-on dire qu'elles y firent un assez long séjour pour en contracter toutes les habitudes politiques et sociales; aussi l'étude réfléchie de tout ce que les Anciens nous ont laissé sur les Germains est-elle, en quelque sorte, si je peux m'expri, mer ainsi, la clef de l'histoire dans les premiers siècles ; c'est là qu'on reconnaît les germes de ces moeurs et de ces institutions des peuples de l'Occident, où l'on retrouve une origine commune, diversement altérée par le temps et par les révolutions. C'est ainsi qu'en méditant, avec la profondeur de son génie, l'admirable tableau de Tacite, Montesquieu a pu faire tant de rapprochemens ingénieux, qui jettent un jour tout nouveau sur quelques points curieux de histoire nationale.

Ce qu'il y aurait de plus intéressant dans notre objet serait sans doute de déterminer si les diverses peuplades qui habitaient la Germanie étaient, long-temps avant la chute de l'Empire, unies par un pacte fédératif; et, dans ce cas, quelle était la nature de ce pacte. Malheureusement des notions précises manquent sur ce point: on peut croire, à la vérité, d'après les écrits des Anciens sur les Germains, qu’une espèce d’union fut opérée en diverses circonstances à l'approche d'un danger commun, bien qu'on puisse douter qu'elle ait jamais été générale et composée de toutes les peuplades que nous sommes dans l'usage d'appeler germaniques ; mais il est infiniment probable que cette confédération se formait d'une manière en quelque sorte instinctive, qu'elle se dissolvait quand le besoin qui l'avait produite n'existait plus, et qu'elle n'était régie par aucune règle politique.

Dans un cercle plus rétréci, on voit que certaines nations, ou plutôi certaines subdivisions de la même nation, étaient réellement unies entre elles, et soumises à des lois générales qui constituaient bien une espèce d'union fédérative : un passage de Tacite nous l'atteste. « Il faut maintenant parler des

Suèves, dit l'admirable historien, ceux-là ne sont pas, comme » les Cattes ou les Bructères, une seule nation : ils occupent » une grande partie de la Germanie, par peuplades séparées, » et ayant chacune un nom qui leur est propre, quoique » toutes soient généralement désignées sous le nom commun » de Suèves (1). » Voilà tout ce que dit Tacite dans l'objet

(1) De Mor. Gerin.

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qui nous occupe. Les divisions et les classifications géographiques faites par Pline ou Ptolomée ne nous apprennent absolument rien.

Après ces remarques sur la composition générale et sur la situation politique du corps des peuplades germaniques, passons à quelques observations sur leur gouvernement; j'ouvre encore Tacite : « Parmi les Germains, l'illustration du sang fait » les rois, et la bravoure les généraux. Les rois n'y ont pas » une autorité libre et sans entraves. Les généraux ont sur» tout l'autorité de l'exemple : actifs, vaillans, combattant

toujours en tête, ils entraînent surtout l'armée par l'en» thousiasme qu'ils inspirent. .

» Les petites affaires sont décidées par les chefs, la nation entière prononce sur les plus importantes, après toutefois

qu'elles ont été discutées par les chefs. Ils s'assemblent or► dinairement, si ce n'est quand une circonstance fortuite et

pressante les appelle, au plein et au renouveau de la lune; » car ils pensent que c'est alors qu'on peut traiter des affaires » sous les auspices les plus favorables. » Un inconvénient caractérise leur indépendance; ils n'ar» rivent pas tous à-la-fois à l'assemblée et comme d'après un

ordre; deux ou trois jours se passent quelquefois avant » l'ouverture des délibérations. Lorsqu'ils se croient assez

nombreux, ils siégent tout armés; les prêtres, auxquels

appartient le droit de maintenir l'ordre, font faire silence; » le roi ou un autre chef sont entendus selon ce qu'ils ont

d'âge, de noblesse, de gloire militaire ou d'éloquence; » mais là, c'est par la persuasion surtout qu'il peuvent di

riger; si l'avis déplait, il est repoussé par un sourd mur» mure; s'il les satisfait, ils entrechoquent leurs framées. » Cette manière d'exprimer ainsi leur assentiment avec leurs » armes, est la plus glorieuse pour l'orateur. . . . . Il est » loisible de porter devant ce conseil les affaires criminelles v et les accusations capitales.

Là, encore, on élit les chefs qui doivent rendre la justice dans les can

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par

» tons et dans les bourgs, et auxquels on adjoint cent as» sistans tirés du peuple, qui leur donnent conseil et par>> tagent leur autorité. »

Il n'y a rien à ajouter à ce tableau ; mais il y faut remarquer l'établissement de cette antique assemblée nationale, dont on retrouve toujours quelques traces dans la suite au travers des altérations amenées les âges. Ce n'est pas sans un vif intérêt qu'on porte son attention sur cette assemblée, qu'on examine sa formation et son objet, qu'on voit son caractère de souveraineté si clairement exprimé par

l'historien, quand on songe qu'elle est le berceau des libertés politiques de la plupart des peuples modernes. On a vu, dans les inorceaux qui ont précédé celui-ci, que le servage, la vassalité ,, que l'arbre féodal tout entier enfin, avait ses racines dans les forêts de la Germanie. Il n'est donc pas nécessaire de revenir sur ce sujet. Il s'agit de présenter ici seulement d'autres résultats provenant d'une même origine par des circonstances différentes.

Telle fut cette sauvage Germanie, devant laquelle vint échouer l'orgueil des légions, et qui, après avoir, pendant plusieurs siècles, constamment ravagé les frontières de l'Empire, se déborda enfin comme un torrent dévasteur, porta le dernier coup à l'édifice de César et de Constantin, et forma de ces débris la plupart des États qui composent actuellement encore l'Europe. Mais arrêtons-nous un instant sur cette époque.

S. II. Des Ligues germaniques. (36 siècle).

Vers le milieu du troisième siècle de l'ère chrétienne, la situation politique de la Germanie prit une nouvelle face. Les peuples qui l'habitaient, armés par les souvenirs d'Arminius et de Tetoburgium, avaient soutenu jusque-là les alternatives de la guerre opiniâtre que les Romains portaient constamment au-delà du Rhin. Ils changèrent alors de rôle, reconnaissant que c'était leurs divisions et leur élat d'isolé

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