Images de page
PDF
[ocr errors]

les vents soufflent long-tems du même côté, & que la surface de la Mer ne prenne pas de mouvement dans le même sens. Mais les terres qui sont dans laZone Torride, détournent aussi les vents de leur premiére direction, & elles les en détournent d'une maniére qui est bien digne de remarque : les vents s'écartent de la ligne droite pour aller rencontrer les Côtes presque perpendiculairement. Il faut apparemment attribuer cet effet à la facilité qu'ont les Continents de s'échauffer plus que la Mer; ils communiquent leur chaleur à la partie basse de l'air qui se trouve au-dessus, cet air devenant plus léger, parce qu'il se dilate en s'échauffant, tend à s'élever ; il céde en-bas sa place, & il donne lieu à l'air des environs de survenir en refluant, & de s'élever à son tour après s'être échauffé; ce qui entretient une circulation continuelle, & ce qui fait que le vent soufHe vers la terre de tous les côtés. C'est ce qu'on remarque en divers endroits de la Mer des Indes & de celle du Sud , de même qu'à une certaine distance d'Afrique dans notre Océan.Une partie de l'air entre les deux Continents suit la direction des vents alisez, en allant vers l'Oüest ; pendant que l'autre partie prend un autre chemin pour s'approcher de la Côte †; & l'esace du milieu qui n'est guére éloigné dans la Mer du § , de l'intersection de notre premier Méridien & de l'Equateur, est souvent sujet à des calmes & à des orages que les Marins ne sçauroient éviter avec trop de soin. i 6 I. On verra à la fin de cet Ouvrage sur une Carte réduite qui représente presque tout le Globe terrestre, & ui est principalement destinée à marquer de combien étoit la variation de la Boussole en 17oo & 1744 , la direction des vents réglés dans la ZoneTorride & au dehors, jusques vers le 3 1 ou 32 degrez de latitudes tant Septentrionale que Méridionale. On a marqué les directions des vents par de foibles hachures avec des fléches qui indiquent le sens dans lequel se fait le mouvement. On distinguera en divers § un double rang de fléches , parce que les vents y changent de six mois en six mois, en prenant une direction toute opposée. On donne le nom de Monsons à ces alternatives de vents contraires qui déendent des causes que nous venons d'indiquer , & qui n'ont effectivement lieu que dans les parties de la Zone Torride où la Mer est interrompue par plusieurs terres. Toutes les autres circonstances étant les mêmes , l'air est toujours déterminé à se mouvoir vers les Continents où la chaleur du Soleil est actuellement la plus forte. I 62. La Mer participe à la fin aux changemens de directions du vent ; & on juge assez que de ces mouvemens il en résulte d'autres; ou parce que les eaux sont plus sujettes à trouver des obstacles, & qu'elles rejaillissent par la rencontre des Côtes ; ou parce que les eaux qui viennent remplacer celles que le courant principal entraîne, forment nécessairement des courans particuliers. Nous ne devons pas entreprendre d'expliquer ces choses en détail : il nous suffit de bien persuader les Lecteurs u'elles sont de la plus grande importance, & qu'ils ne § rien négliger pour s'informer de tout ce qui a rapport aux voyages qu'ils vont entreprendre. Nous raconterons ici un fait singulier qui est bien propre à en montrer la nécessité. Il n'y a pas long-tems qu'on mettoit dans la Mer du Sud plus d'un an pour faire le voyage du Chili , lorsqu'on partoit du Callao qui est le Port de Lima. Il ne tomboit dans l'esprit de personne qu'en prenant le large pour chercher les vents favorables ou plus variables , & se soustraire aux courans contraires , on n'employeroit qu'un mois & demi ou deux mois à faire cette même Navigation. Ce fut un Pilote Européen qui s'en avisa le premier ; mais il n'eut pas une médiocre peine à son retour, à justifier devant l'Inquisition de Lima qu'il n'étoit pas Magicien, & qu'il n'y avoit qu'à prendre la même route que lui pour naviguer aussi vite.

[ocr errors]
[ocr errors]

De l'Ordre que les Pilotes doivent mettre dans la Réduction de leurs Routes.

I 63. Les observations que nous faisons en Mer de la latitude, sont indépendantes les unes des autres ; mais comme nous n'avons pas de semblables moyens pour déterminer notre longitude, & que nous ne réussissons qu'à la trouver à peu près par la réduction de nos routes, nous ne sçaurions être trop attentifs à n'en pas perdre le fil. Les Pilotes se partagent en deux troupes pour faire le Quart , de même que tout l'équipage , & chaque troupe veille alternativement. On écrit avec de la craye sur une espéce de tableau qu'on nomme Table de Loch, le nombre de nœuds qu'on fait, le rumb qu'on suit,la force & la direction du vent, & les autres circonstances essentielles. C'est à cette Table que les Pilotes qui se reposoient , ont recours, lorsqu'ils viennent se charger à leur tour du soin d'observer toutes les circonstances de la Navigation. On réduit toutes les routes chaque jour, ordinairement d'un midi à l'autre, & le Pilote en fait entrer au moins le résultat dans sa Relation journaliére.

I 64. La forme du Journal est indifférente à bien des égards, mais on trouvera un avantage considérable à le distribuer par colomnes : on s'épargnera beaucoup d'écriture , & on aura la commodité dans un autre tems de retrouver beaucoup plus aisément , & d'un simple coup d'œil , les choses qu'on voudra y chercher. La Table suivante peut servir de modèle : nous allons en parcourir les différens titres, à cause de la double utilité qui peut en résulter. En même tems que nous réglerons la distribution des articles , nous appercevrons mieux quelles sont les matiéres sur lesquelles il nous reste encore à nous

T

[ocr errors]
[ocr errors][ocr errors]
« PrécédentContinuer »