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conçus:[*] Art. 86, « L'attentat contre la vie on prisonnement, doit être regardée comme un contre la personnedu roi est punie de la peine du crime et être punie de mort si elle a été dirigée parricide. L'alteniat contre la vie ou contre la contre l'une de ces personnes ? Pour admettre personne des membres de la famille royale est une conséquence aussi rigoureuse, il faudrait puni de la peine de mort. » — Art. 87. « L'at- une loi plus explicite. Il nous semble qu'une tentat dont le but sera , soit de détruire, soit de distinction doit être adoptée:ce serait de ne comchanger le gouvernement ou l'ordre de succes, prendre sous la qualification d'attentat que sibilité au trône, soit d’exciter les citoyens ou seules violences que la loi pénale range dans la habitants à s'armer contre l'autorité royale, classe des crimes. Cela nous parait résulter de sera puni de mort. » — Art. 88. « L'exécution ou la gravité même de la peine applicable à l'allenla tentative constitueront seules l'attentat, » tat; de ce que cette expression , qui indique une

Il résulte de ces dispositions que l'attentat action matérielle violente, une attaque à main puise son caractère dans le but même qu'il se armée, s'appliquerait difficilement à un simple propose d'atteindre. Ainsi ce crime, dans l'es- délit ; enfin, de ce que l'article 305 semble resprit du Code pénal, tantôt c'est l'acte qui met treindre les attentats contre les personnes aux en péril la vie du roi ou des membres de la famil- faits qui sont punissables de mort, des travaux le royale; tantôt c'est le soulèvement qui veut forcés å perpétuité ou de la déportation. la destruction du gouvernement; tantôt l'insur Il n'est pas nécessaire, pour qu'il y ait attenrection contre l'autorité royale. Les art. 86 et tat , que le crime soit le résultat d'une pensée 87 reconnaissent et énumèrent quatre espèces politique. L'article 86, dans un intérêt social, d'attentats.

a couvert les membres de la famille royale d'une L'attentat contre la vie ou la personne du roi protection spéciale. Le législateur a pensé qu'à ou des membres de la famille royale occupe le leur sûreté était attachée la sûreté de la société, premier rang. Les termes dans lesquels la loi et que les crimes commis contre ces personnes a défini ce crime soulèvent plusieurs réflexions. avaient un retentissement funeste et de fatales

L'expression d'attentat contre la vie pré- conséquences pour la paix publique. Or , qu'imsente une idée nelle et précise: c'est l'assassinat, porte que ces crimes soient le fruit des vengeanl'empoisonnement, le meurtre même ; ce sont ces des partis ou d'une vengeance privée, d'une tous les crimes qui menacent l'existence même haine particulière ? Si l'ébranlement social peut de la personne. Mais qu'est-ce qu'un attentat n'être pas le même, les conséquences ne sont pas contre la personne ? Il nous semble que ces moins alarmantes, le péril n'est pas moinsgrave. mots, mis, en opposition avec ceux d'attentat La généralité de l'art. 86 ne peut donc être rescontre la vie, ne peuvent s'entendre que des treinte par une distinction puisée dans la source blessures ou des violences graves commises sans d'où le crime émane , dans le sentiment qui l'a intention de tuer. Il faut d'ailleurs rapprocher produit. l'art. 86 de l'art. 305 du Code, qui comprend sous Cette disposition protége, il est nécessaire de la dénomination d'attentals contre les personnes le remarquer, tous les membres de la famille non - seulement l'assassinat et l'empoisonne- royale. Or cette extension soulève deux obserment, mais les autres violences graves. Or, quelle valions. D'abord est-elle nécessaire en elle-mêsera la gravité des violences pour qu'elles soient me? Le Code du 25 septembre-6 octobre 1791 qualifiées d'altentat? C'est là seulement qu'est n'avait étendu cette garantie qu'à l'attentat conla difficulté, et la loi ne l'a point résolue. Faut- tre le roi, le régent et l'héritier présomptif du il conclure de l'absence de cette distinction que tróne. Les statuts de l'Angleterre ne punissent coules blessures et coups volontaires, que toutes également le complot que lorsqu'il a pour objet violences,quelque légères qu'elles soient, doivent la mort du roi, de la reine ou de l'héritier de la prendre cette qualification dès qu'elles sont exer- couronne [1]. Dans la Prusse et l'Autriche, les cées sur les membres de la famille royale? Faut- entreprises dirig es contre la vie ou la liberté il établir que l'action qui, commise envers des du chef del'état constituent seules des crimes citoyens, sera considérée comme un simple délit de haute trahison. Il est évident en effet que correctionnel et punie de quelques jours d'em- les motifs politiques qui entourent la vie du chef

(*) Voy. les articles du Code ancien à l'appen- his queen, or of their eldest son and heir. (St. dice.

25 th Edw. III, C. 2, conf. by 38 Geo. JIJ, C. 7, et [1] The death of our lord the king, of our lady 67 Geo. III, C. 6.)

de l'Etat ou de son héritier présomptif d'une vation elle-même contenait une erreur évidente; plus haute garantie, ne s'appliquent point avec car il en résulte que le mot attentat serait syla même force à la personne des autres membres nonyme d'assassinat, ce qui est entièrement de la famille : «La vie la plus précieuse à un Elat, inexact, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Du reste, dit Filangieri, est celle du représentant de la il eût mieux valu peut-être, au lieu de former souveraineté de la nation et de son premier ma- deux classes de peines pour l'attentat, laisser dans gistrat. Lorsqu’un citoyen ose frapper ce magis- le droit commun les crimes commis contre les

rrat suprême, la famille civile perd son père, la membres de la famille royale, autres que le roi . Tranquillité générale est troublée, l'ordre public et l'héritier présomptif de la couronne.

est détruit, la majesté du trône ou de la républi La deuxième difficulté est relative à la signique est avilie [1]. » Or, ces effets, sont-ils les mê- fication légale de ces mots : membres de la fames, se présentent-ils au même degré quand ce mille royale. L'article 3 du sénatus-consulte n'est pas le chef de l'état, mais l'un des membres du 30 mars 1806 partait : « 1° La maison impéseulement de sa famille qui est frappé ? Est-il riale se compose des princes compris dans l'ordre. nécessaire alors d'élever les peines jusqu'à la d'hérédité établi par l'acte du 28 floréal an XII, peine capitale pour venger des violences ou des de leurs épouses et de leur descendance en légivoies de fait? Dans la discussion de la loi du 28 time mariage ; 2° des princesses nos sæurs, de avril 1822 , M. Bavoux avait proposé un amen leurs époux et de leur descendance en légitime dement ainsi conçu: « Ces peines ne s'applique- mariage, jusqu'au cinquième degré inclusiveront qu'à l'attentat ou au complot contre la per. ment; 3° de nos enfants d'adoption et de leur sonne du roi ou celle de l'héritier dela couronne. descendance légitime. » Ces dispositions doiventLa peine du degré inférieur sera appliquée au elles être considérées comme étant encore en vicrime qui serait commis à l'égard des autres des gueur? Les collatéraux, jusqu'au cinquième decendants du roi. » On disait à l'appui : « Le roi, gré, sont-ils investis du privilége de l'art. 86 ? assimilé aux membres de sa famille, présente un Celle question fut soulevée comme la première grave inconvénient qui blesse la justice, la poli- dans la discussion de la loi du 28 avril 1832, et tique et l'ordre constitutionnel. Le roi est placé elle y a trouvé une sorte de solution dans ces au point culminant de la hiérarchie sociale; il re- paroles du rapporteur : « Le sens des mots, memprésente la force et la souveraineté de la société; bres de la famille royale,est déterminé par l'usous ce rapport il n'a point d'égal, et il est im- sage constant. Un prince du sang n'est pas mempossible d'élever jusqu'à lui les membres de sa bre de la famille royale. » famille ou de le faire deseendre jusqu'à eux: senl Le deuxième cas d'attentat prévu par le Code il esť inviolable. » Le rapporteur combattit cet pénal est celui qui a pour but de détruire ou de amendement en ces termes : « Il résulterait de changer le gouvernement; c'est-à-dire « de subcette disposition que l'attentat ou le complot stituer, dit M. Carnot, toute autre forme de qui auraient pour objet les membres de la famil- gouvernement à celui que la Charte constillile royale, pourvu toutefois que ce ne fût ni le tionnelle a établi; d'où il suit que le complot roi ni l'héritier de la couronne, seraient punis ou l'atteutat qui tendrait à substituer le gouverde la peine immédiatement inférieure à celle du nement absolu au gouvernement constitutioncomplot ou de l'attentat contre le roi ou son hé- nel, comme celui qui tendrait à substituer au ritier présomptif. Or la peine immédiatement gouvernement constitutionnel le gouvernement inférieure est celle des travaux forcés à perpétui- républicain, ferait nécessairement rentrer le té; d'où suit la conséquence que celui qui met crime dans la disposition de l'art, 87 [3). » à mort un simple citoyen sera puni de mort, La troisième espèce d'attentat est celle qui a tandis que celui qui assassinerait un membre de pour but de détruire ou dechanger l'ordre de sicla famille royale sera puni des travaux forcés à cessibilité au trône. Il ne faut pas confondre ce perpétuité (21. » D'après celte observation l'a- crime avec l attaque par la voie de la presse contre mendement fût rejeté. Cependant cette obser- l'ordre de successibilité au trône , délit successi

(1) Science de la législ., t. 5, p. 30.

mes: ses dispositions, sur la sûreté tant intéricure (2) Moniteur du 7 déc. 1831, 1re part.

qu'estérieure de l'Etat, quoiqu'émanées sous le ré(3) Comm. du Code pénal, sur l'art. 87, no 7. – gime impérial, sont demeurées loisviu pays.- Brux., L'article 87 du Code pénal n'a pas cessé d'exister cass, 31 oct. 1831 ; J. du 19e s. 1831, p. 237;J. de et d'être susceptible d'application, depuis la Br., 1831, 2, 81. – Rauter, Cours de droit crim., chute du gouvernement impérial. En d'autres ter n° 290, édit. Tarlier,

vement prévu et puni par l'article 4 de la loi du dont l'ancienne rédaction définissait l'attentat, 17 mai 1819, l'article 2 de la loi du 25 mars 1822, un acte commis ou commencé pour parvenir et par la loi du 29 novembre 1830 ainsi conçue: à l'exécution, et dont le nouveau texte porte «Toute attaque par l'un des moyens énoncés en que l'exécution ou la tentative constituent l'art. 1er de la loi du 17 mai 1819, contre l'ordre seules l'attentat. Il faut donc, dans le système de successibilité au trône...., sera punie d’un du Code pénal, qu’un acte soit préparatoire , emprisonnement de 3 mois à 5 ans et d'une soit d'exécution , ait été commis pour l'exisamende de 300 à 6,000 fr.» [*] Cette disposition, tence du crime. ainsi qu'on le verra plus loin, n'a point été mo L'interprétation de ces mots de tentative et difiée par l'article 5 de la loi du 6 novembre 1835. d'exécution a soulevé quelques dissidences.

L'attentat qui a pour but d’exciter les ci- Plusieurs personnes avaient pensé qu'il était toyens ou habitants à s'armer contre l'autorité difficile d'admettre que par le mot exécution royale, est le dernier cas prévu par l'art. 87. Le le législateur eût voulu désigner la consommaprojet primitif du Code portait : contre l’exes- tion de l'attentat. Car , en matière politique , cice de l'autorité impériale. La commission du la consommation c'est la victoire; et dans le Corps législatif proposa d'effacer ce mot exer nouvel état de choses que la victoire aura fondé, cice : « Le motif de cette proposition est que quel sera le vengeur du système aboli ? L'éxécul'autorité impériale s'exerçant au nom du souve- tion ne peut donc s'entendre que de la tentative; rain par une foule d'agents inférieurs, ils pour- et dès lors le mot tentative ne peut plus désigner raient , pour des cas de simple obstacle , ou de que les actes du dégré précédent, c'est-à-dire refus mal fondé de déférer sur-le-champ , ou de

les préparatifs. démarches qu'ils couvriraient du prétexte de Ce système, dont nous avons déjà indiqué leurs fonctions, être exposés souvent à des pour- l'inexactitude au chapitre de la tentative ( susuites; cas qui, quoique punissables, n'auraient prà , p. 151), est visiblement erroné. Le Code rien de commun avec le grand objet de cet arti pénal réputait attentat, dans son ancien texte , cle. Cet inconvénient serait prévenu en se bor tout acte extérieur commis ou commencé pour nant à n'indiquer que l'autorité impériale. » Cet parvenir à l'exécution. C'était une dérogation avis fut partagé par le Conseil d'état [1]. Au flagrante au principe de l'article 2 du même reste, il résulte formellement des termes de l'art. Code, qui ne punit la tentative que lorsqu'il y a 87 que, pour qu'il y ait attentat , il faut qu'il y commencement d'exécution. La modificaait un acte exécuté, que cet acte ait pour effet tion opérée dans la rédaction de l'art. 88 a eu d'exciter à prendre les armes, et que cette prise pour but de faire disparaitre cette anomalie en d'armes soit exclusivement dirigée contre l'au- ce qui concerne l'attentat, et de replacer ce torité royale.

crime dans le droit commun, en disant que le Une règle générale et qui s'applique aux qua- fait ne constituera l'attentat qu'autant qu'il y tre espèces que nous venons de parcourir , c'est aura eu exécution ou tentative: il est évident qu'il ne peut y avoir attentat dans l'esprit du que le législateur n'a pu entendre que la tenCode qu'autant qu'un acte matériel existe et a tative légale. « La manisfestation par des actes été constaté. En effet , tous les attentats énu- extérieurs, disait le garde-des-sceaux dans l'exmérés par les articles 86, 87 et 91 du Code, sup- posé des motifs, d'une résolution criminelle , posent une action matérielle et violente, une mais avant le commencement d'exécution , ne attaque à force ouverte , une prise d'armes : le saurait être assimilée à l'attentat lui même. même terme, dans les articles 277 et 305, signifie C'est à l'attentat, c'est-à-dire à l'exécution un assassinat, un meurtre, un empoisonnement. déjà commencée, que la peine capitale sera Ainsi le premier élément de l'attentat est un acte réservée. » de la force brutale , un acte de violence ; et c'est Au reste, cette interprétation a été consaaussi ce que la Cour de cassation a reconnu en crée par la Cour de cassation, qui a formellejugeant que les actes immatériels, tels que les ment reconnu: « qu'en substituant la tentative discours et les écrits , ne peuvent jamais cons- ' à un acte commis ou commencé, et en plaçant tituer l'acte ou fait extérieur dont se forme l'at- sur la même ligne la tentative et l'exécution, le tentat (2).

nouvel article 88 n'a pu entendre que la tentaCette règle devient évidente en face de l'art. 88, tive équivalente à l'exécution, c'est-à-dire celle

[*] Voy. une disposition analogue dans le déeret belge du 20 juill. 1831, art. 1.

[1] Procès-verbaux, séance du 9 janv. 1810. (2) Arr. cass., 28 avr. 1817 (Bull. n° 33).

qui est considérée comme le crime mème par toire c'est l'impunité ? On confond ici deux cho l'art. 2 du Code pénal ; que s'il en était autre- ses bien distinctes : l'exécution matérielle et ment, et si elle avait voulu établir pour ce cas les effets de cette exécution. Un complot s’esi une tentative spéciale et hors du droit commun, ourdi : quand les préparatifs sont terminés, les la loi s'en serait expliquée , et ne se serait pas conjurés prennent les armes , descendent sur la servie simplement d'une expression dont le sens place publique, proclament la forme nouvelle légal venait d'être par elle déterminé dans l'ar- qu'ils veulent imposer , et commencent une atticle 2 révisé du Code pénal; que cette inter- taque à force ouverte. S'ils sont vaincus et prétation du nouvel article 88 résulle encore dispersés, dira-t-on que le crime n'a pas été clairement des articles 89 et 90 et du deuxième consommé ? Ce serait une méprise étrange. La paragraphe de l'article 91 ; qu'en effet , d'après consommation n'est pas le succès : le crime est les articles 89 et 91 le complot est puni de la consommé dès que tous les actes qui le constidéportation lorsqu'il y a eu un acte commis ou tuent ont été accomplis; l'exécution n'est que commencé pour préparer l'exécution des atten- l'ensemble de ces actes. Prenons une autre estats prévus et punis par les articles 86, 87 et 91; pèce: un attentat est dirigé contre la vie des qu'il en est de même dans le cas prévu par l'ar- membres de la famille royale ; une machine inticle 90, selon lequel un acte commis ou com- fernale les menace tous à la fois; le coup part mencé pour préparer l'exécution de l'un des et sème la mort autour d'eux , mais aucune des crimes énoncés en l'article 86 est puni de la victimes désignées n'est atteinte : le crime n'a détention ; qu'il ne suffit donc pas d'un acte pas eu le résultat qu’on en attendait; pourraitcommis ou commencé, ou d'une tentative quel- on soutenir qu'il n'a pas été eonsommé? Quel acte. conque, pour constituer les attentats prévus resterait donc à l'agent pour l'accomplir ? C'est par les articles 86, 87 et 91 ; qu'il faut la ten- un crime manqué, si l'on veut, dans son but tative caractérisée que l'article 2 de ce Code principal, mais consommé dans l'intention de l'aassimile au crime même [1]. »

gent et dans l'action matérielle qui le constitue. Il résulte de cette régle importante, d'abord Ainsi donc la tentative , dans le sens de l'art. qu'il n'y a point de crime d'attentat toutes les 88 du Code français de 1832 , c'est le commencefois qu'il y a eu désistement volontaire, même ment d'exécution ; l'exécution , c'est la conraprès le commencement d'exécution; car alors, sommation même de l'attentat. Tels sont les teraux termes de l'art. 2 , il n'y a point de tentative mes précis dans lesquels se résume l'interprélégale; ensuite, que l'attentat n'existe aux yeux · tation de cet article. de la loi , et ne peut être puni, qu'autant que Les expressions qui s'y trouvent consacrées les actes de son exécution ont été commencés: doivent nécessairement se reproduire dans les nous avons vu(suprà , p. 150 et suiv.) la diffé- questions soumises au jury; ces questions doirence essentielle qui sépare les actes prépara- vent donc être ainsi posées : L'accusé a-t-il toires et les actes d'exécution. Ainsi , dans ces exécuté telattentat? A-t-il tenté de l'exécuter? deux hypothèses, à savoir , si l'agent s'est vo- Cependant la Cour de cassation a dérogé deux lontairement désisté de son entreprise, mème fois à cette règle, en confirmant des arrêts dans après en avoir commencé l'exécution, et si les lesquels au mot exécuté on avait substitué les actes commis sont purement préparatoires de mots participé ou commis (1). Il est résulté cette exécution et ne la commencent pas encore, de cette jurisprudence de fâcheuses incertitudes le crime d'attentat s'évanouit ; mais les mêmes sur la culpabilité légale des agents qui étaient faits peuvent devenir la base d'une accusation l'objet de ces arrêts. En effet, l'exécution emde complot , et il est important d'établir cette porte l'idée d'une agression mise à fin ou du distinction , puisque la peine n'est plus la même moins commencée, tandis que les expressions pour ces deux crinies.

que l'on y a substituées peuvent s'entendre aussi Il résulte encore de la même règle que l'exé- bien d'une participation morale que matérielle. cution , dans l'esprit du Code , c'est la consom- Il peut donc rester un doute sur le sens précis mation même du crime. Faut-il s'arrêter à cette que les jurés y ont attaché ; et toutefois celle objection, qu'en matière politique la consom- exécution matérielle est une circonstance élémation du crime c'est la victoire, et que la vic- mentaire du crime.

(1) Arr. cass. 13 oct. 1832 (Journ. du droit crim., 1832, p. 286).

127 Arr. cass. 13 oct. 1832 (Journ. du droii crim., 1832, p. 5) et 20 juin 1833. (Dalloz, 1834, l. 1, p. 245).

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Quelques difficultés se sont élevées sur l'ap- Constatez que les deux conjurés ont trempé dans plication aux attentats et complots des règles de l'exécution de l'attentat , ou qu'ils ne soient la complicité. Quand il ny a qu'un simple com- punis qu'à raison du complot. En droit , cette plot, on ne compte que des auteurs et point de objection n'est pas fondée : il est impossible de complices. Car le complot n'est qu'une résolu- ne pas considérer le complot comme un fait prétion d'agir concertée entre plusieurs personnes: paratoire de l'attentat ; c'est là le but où il or on ne peut participer à une résolution qu'en tend ; ôtez la pensée de l'allentat, le complot la partageant. Aussi la Cour de cassation a dé- n'a plus de prétexte ; c'est pour l'atteindre que cidé que par cela seul que le jury a déclaré un plusieurs volontés réunissent leurs puissances accusé coupable d'avoir participé au complot, et leurs forces ; l'action tout entière mûrit et cet accusé doit être considéré comme coauteur se développe dans le plan des conjurés ; il ne du crime (1). Mais si cet accusé n'est reconnu reste plus que l'exécution. Or, l'article 60 coupable que d'avoir pris part aux préparatifs répute complices non-seulement ceux qui ont qui ont suivi le complot, quelle sera sa position provoqué au crime ou donné des instructions vis-à-vis des auteurs ? Il faut distinguer : si pour le commettre , mais encore ceux qui ont c'est avec la connaisance du complot qu'il a assisté l'auteur dans les faits qui ont préparé ce prété son assistance aux actes préparatoires, il crime. Comment donc soutenir en face de ce doit être répulé complice ; l'article 60 du Code texte que ceux qui se sont liés à l'agent printrace une règle générale , et l'article 89 n'en a cipal par un complot, qui Ini ont indiqué le point restreint l'application. Mais s'il n'a pas but qu'il devait atteindre , qui lui ont tracé le connu le complot, si par conséquent il n'a point plan qu'il aurait suivre (car autrement la résoparticipé à la résolution criminelle , si l'acte lution n'eût été ni arrêtée ni concertée), comqu'il a commis ne se rattachait point dans son ment soutenir que ces agents ne doivent pas esprit à l'attentat qui en était le but , il est être atteints par une présomption de complicité? évident qu'il ne peut plus être réputé complice, Sans doute, cette présomption peut être combatpuisque le crime ne se compose pas seulement tue par la preuve coutraire ; le conjuré sera add'un acte extérieur , mais d'un complot suivi mis à établir qu'il s'est retiré du complot, qu'il d'un acte extérieur. Cette règle doit avoir pour s'est désislé du projet criminel, que les actes effet de mettre en dehors des poursuites cette d'exécution n'ont pas eu son aveu. Mais la preuve foule d'agents secondaires et inférieurs que les de ces exceptions lui incombera; la présomption conjurés emploient pour préparer leur entre- de complicité pèsera sur lui, elle justifiera prise , mais sans les initier dans le secret de la l'accusation jusqu'aux débats. conjuration. Ces agents peuvent être poursuivis On n'opposera point à cette solution le derà raison de l'acte qu'ils ont commis, si cet acte, nier paragraphe de l'art. 60, qui, après avoir détachédu complot, forme un délit sui generis; énuméré les différents modes de complicité mais ils ne peuvent l'être ni comme auteurs ajoute : « Sans préjudice des peines qui seront principaux, ni comme complices.

spécialement portées par le présent Code contre La difficulté la plus grave est celle-ci : trois les auteurs de complots ou de provocations atpersonnes forment un complot ; une seule se tentatoires à la sûrelé intérieure on extérieure charge de l'exécuter ; une seule participe aux de l'État, même dans le cas où le crime qui était actes de l'exécution : les deux conjurés qui l'objet des conspirateurs ou des provocateurs après avoir concerté le complot se sont placés en n'aurait pas été commis. » Cette disposition arrière sur le second plan de la scène , doivent n'a eu pour objet , ainsi que nous l'avons fait ils élre réputés complices de l'attentat ? On remarquer au chapitre de la complicité(suprà dit : il y a deux catégories distinctes d'agents, p. 170), que de réserver le droit que la nécessité ceux qui ont pris part à la résolution crimi- accorde au législateur en matière politique , nelle , et ceux qui ont pris part aux actes d'exé- d'incriminer la seule résolution criminelle, incution. De ce qu'un homme s'est trouvé dans la dépendamment de son exécution : elle ne crée première de ces catégories, doit- on présumer aucune exception à l'application des principes qu'il a dû nécessairement se trouver dans l'au- de l'article 60 aux crimes et délits politiques. tre? Une présomption de droit suffit-elle pour Ici se termineraient nos observations sur les appliquer la peine capitale à celui qui n'est articles 86, 87 et 88 du Code, si des lois récencoupable que de la résolution et des préparatifs? tes n'en avaient en quelque sorte altéré les

règles , en s'en écarlant dans des espèces noi:

velles. Les lois françaises du 24 mai 1834 et du 9 (1) Arr. 13 oct. 1832 (voy.suprà).

septembre 1835 forment aujourd'hui un appen

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