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D. JUAN, se levant. J'ai tort?

SGANARELLE, tremblant. Monsieur....

D. JUAN. J'ai tort?

SGANARELLE. Oui, monsieur, vous avez tort d'avoir souffert ce qu'il vous a dit, et vous le deviez mettre dehors

par les épaules. A-t-on jamais rien vu de plus impertinent ? Un père venir faire des remontrances à son fils, et lui dire de corriger ses actions, de se ressouvenir de sa naissance, de mener une vie d'honnête homme, et cent autres sottises de pareille nature! Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui savez comme il faut vivre ? J'admire votre patience; et, si j'avois été en votre place, je l'aurois envoyé promener. (bas, à part.) O complaisance maudite, à quoi me réduis-tu !

D. JUAN.

Me fera-t-on souper bientôt ?

SCÈNE VIII. DON JUAN, SGA NARELLE, RAGOTIN.

RAGOTIN.

MONSIEUR, voici une dame voilée qui vient vous parler.

D. JUAN.

Que pourroit-ce être?

SGANARELLE.

Il faut voir.

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DONE ELVIRE, voilée, DON JUAN, SGANARELLE.

D. ELVIRE. Ne soyez point surpris, don Juan, de me voir à cette heure et dans cet équipage. C'est un motif pressant qui m'oblige à cette visite, et ce que j'ai à vous dire ne veut point du tout de retardement. Je ne viens point ici pleine de ce courroux que j'ai tantôt fait éclater, et vous me voyez bien changée de ce que j'étois ce matin. Ce n'est plus cette done Elvire qui faisoit des voeux contre vous, et dont l'âme irritée ne jetoit que menaces, et ne respiroit que vengeance. Le ciel a banni de mon âme toutes ces indignes ardeurs que je sentois pour vous, tous ces transports tumultueux d'un attachement criminel, tous ces honteux emportemens d'un amour terrestre et grossier, et il n'a laissé dans mon cæur, pour vous, qu'une flamme épurée de tout le commerce des sens, une tendresse toute sainte, un amour détaché de tout, qui n'agit point pour soi, et ne se met en peine que de votre intérêt. .

D. JUAN, bas, à Sganarelle. Tu pleures , je pense?

SGANARELL E. Pardonnez-moi.

D. ELVIR E.

C'est ce parfait et pur amour qui me conduit ici pour votre bien, pour vous faire part d'un avis du

ciel, et tâcher de vous retirer du précipice où vous courez. Oui, don Juan, je sais tous les déréglemens de votre vie; et ce même ciel, qui m'a touché le coeur et fait jeter les yeux sur les égaremens de ma conduite, m'a inspiré de vous venir trouver, et de vous dire de sa part que vos offenses ont épuisé sa miséricorde, que sa colère redoutable est prête de tomber sur vous, qu'il est en vous de l'éviter par un prompt repentir, et que, peut-être, vous n'avez pas encore un jour à vous pouvoir soustraire au plus grand de tous les malheurs. Pour moi, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde. Je suis revenue, grâces au ciel, de toutes mes folles pensées; ma retraite est résolue, et je ne demande qu’assez de vie pour pouvoir expier la faute que j'ai faite, et mériter, par une austère pénitence, le pardon de l'aveuglement où m'ont plongée les transports d'une passion condamnable. Mais, dans cette retraite, j'aurois une douleur extrême qu'une personne que j'ai chérie tendrement, devînt un exemple funeste de la justice du ciel; et ce me sera une joie incroyable, si je puis vous porter à détourner de dessus votre tête, l'épouvantable coup qui vous menace. De grâce, don Juan, accordez-moi, pour dernière faveur, cette douce consolation; ne me refusez point votre salut, que je vous demande avec larmes; et, si vous n'êtes point touché de votre intérêt, soyez-le au moins de mes prières, et m'épargnez le cruel déplaisir de vous voir condamner à des supplices éternels.

SGANARELLE, à part. Pauvre femme!

D. ELVIRE.

Je vous ai aimé avec une tendresse extrême; rien au monde ne m'a été si cher que vous; j'ai oublié mon devoir pour vous ; j'ai fait toutes choses pour vous; et toute la récompense que je vous en demande, c'est de corriger votre vie, et de prévenir votre perte. Sauvez-vous, je vous prie, ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi. Encore une fois, don Juan , je vous le demande avec larmes; et si ce n'est assez des larmes d'une personne que vous avez aimée, je vous en conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher. SGAN ARELLE,

part, regardant don Juan. Coeur de tigre!

D. ELVIRE.

Je m'en vais, après ce discours, et voilà tout ce que j'avois à vous dire.

D. JUAN.

Madame, il est tard; demeurez ici. On vous y logera le mieux qu'on pourra.

D. ELVIRE.

Non, don Juan, ne me retenez pas davantage.

D. JUAN.

Madame, vous me ferez plaisir de demeurer,

je

vous assure.

D ELVIRE. Non, vous dis-je, ne perdons point de temps en discours superflus. Laissez-moi vite aller; ne faites aucune instance pour me conduire, et songez seulement à profiter de mon avis.

SCÈNE X.

DON JUAN, SGANARELLE. .

D. JUAN.

Sais-tu bien que j'ai encore senti quelque peu d'émotion pour elle; que j'ai trouvé de l'agrément dans cette nouveauté bizarre, et que son habit négligé, son air languissant, et ses larmes, ont réveillé en moi quelques petits restes d'un feu éteint ?

S GANARELLE. C'est-à-dire que ses paroles n'ont fait aucun effet sur vous.

D. JUAN.

Vite à souper.

SGANARELLE.

Fort bien.

SCÈNE XI.

DON JUAN, SGANARELLE, LA VIOLETTE,

RAGOTIN.

D. JUAN, se mettant à table. SGANARELLE, il faut songer à s'amender pourtant.

SGANARELLE.

Oui-dà.

D. JUAN

Oui, ma foi, il faut s'amender. Encore vingt ou

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Ill.

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