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moindre doute sur l'immortalité de l'âme. En général même, ce sont les hommes foibles, ignorants et passionnés, qui commettent des crimes : et ces mêmes hommes sont naturellement portés à la superstition. C.

Page 21. Par les lumières naturelles.... nous sommes incapables de connoître, ni ce qu'il est, ni s'il est.

Il est étrange que Pascal ait cru qu'on pouvoit deviner le péché origiuel par la raison, et qu'il dise qu'on ne peut connoître par la raison si Dieu est. C'est apparemment la lecture de cette pensée qui engagea le père Hardouin à mettre Pascal dans sa liste ridicule des athées. Pascal eût manifestement rejeté cette idée, puisqu'il la combat en d'autres endroits. En effet, nous sommes obligés d'admettre des choses que nous ne concevons pas. « J'existe, donc quelque chose existe de toute éternité, » est une proposition évidente: cependant, comprenonsnous l'éternité? C.

Page 22. Je n'entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou l'existence de Dieu, ou la Trinité.... parce que je ne me sentirois pas assez fort....

Encore une fois, est-il possible que ce soit Pascal qui ne se sente pas assez fort pour prouver l'existence de Dieu! V.

Les réflexions de V. et C. sur tout cet article n'auroient pas eu lieu, s'ils l'avoient lu, ou voulu lire comine il est présenté dans cette édition. Voyez, au surplus, l'ar ticle lui-même en entier, page 21 et suivantes, et ma note, page 257.

Tenses. 2.

25

Page 22. C'est une chose admirable que jamais auteur canonique n'a dit : Il n'y a point de vuide, donc il y a un Dieu.

Voilà un plaisant argument: Jamais la Bible n'a dit comme Descartes : Tout est plein, donc il y a un Dieu. V

Page 25. Ne parier point que Dieu est, rier qu'il n'est pas.

c'est pa

Il est évidemment faux de dire: Ne point parier que Dieu est, c'est parier qu'il n'est pas; çar celui qui doute et demande à s'éclaircir, ne parie assurément ai pour, ni contre. D'ailleurs cet article paroît un peu indécent et puéril : cette idée de jeu, de perte et de gain, ne convient point à la gravité du sujet. De plus, l'intérêt que j'ai à croire une chose n'est pas une preuve de l'existence de cette chose. Vous me promettez l'empire du monde, si je crois que vous avez raison. Je souhaite alors de tout mon coeur que vous ayez raison; mais, jusqu'à ce que vous me l'ayez prouvé, je ne puis vous croire. Commencez, pourroit-on dire à Pascal, par convaincre ma raison : j'ai intérêt, sans doute, qu'il y ait un Dieu; mais si, dans votre système, Dieu n'est venu que pour si peu de personnes, si le petit nombre des élus est si effrayant, si je ne puis rien du tout par moimême, dites-moi, je vous prie, quel intérêt j'ai à vous croire?. N'ai-je pas un intérêt visible à être persuadé du contraire? De quel front osez-vous me montrer un bonheur infini, auquel, d'un million d'hommes, un seul à peine a droit d'aspirer! Si vous voulez me convaincre, prenez-vous-y 'd'une autre façon, et n'allez pas tantôt me parler de jeux de hasard, de pari, de croix et de pile,

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et tantôt m'effrayer par les épines que vous semez sur le chemin que je veux et que je dois suivre. Votre raisonnement ne serviroit qu'à faire des athées, si la voix de toute la nature ne nous crioit qu'il y a un Dieu avec autant de force que ces subtilités ont de foiblesse. V.

Page 29. Combien y a-t-il peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que l'esprit. La coutume fait nos preuves les plus fortes.

Coutume n'est pas ici le mot propre. Ce n'est pas par coutume qu'on croit qu'il fera jour demain. C'est par une extrême probabilité. Ce n'est point par les sens, par le corps, que nous nous attendons à mourir; mais notre raison sachant que tous les hommes sont morts, nous convainc que nous mourrons aussi. L'éducation, la coutume fait sans doute des musulmans et des Chrétiens, comme le dit Pascal. Mais la coutume ne fait pas croire que nous mourrons, comme elle nous fait croire à Mahomet ou à Paul, selon que nous avons été élevés à Constantinople ou à Rome. Ce sont choses fort différentes. V.

Page 31. Nulle autre religion n'a jamais demandé

à Dieu de l'aimer et de le suivre.

Épictète esclave, et Marc-Aurèle empereur, parlent continuellement d'aimer Dieu et de le suivre. V.

Page 32. Dieu étant caché, toute religion qui ne dit pas que Dieu est caché, n'est pas la véritable.

Pourquoi vouloir toujours que Dieu soit caché? On aimeroit mieux qu'il fût manifeste. V.

Page 39. Il est impossible d'envisager toutes les

preuves de la religion chrétienne, etc. Tout cet

alinéa et le suivant.

Heureusement il fut dans les décrets de la divine Providence que Dioclétien protégeât notre sainte religion pendant dix-huit années avant la persécution commencée par Galerius, et qu'ensuite Constancius le pâle, et enfin Constantin, la missent sur le trône. V.

Page 40. Ils (les philosophes païens) n'ont jamais reconnu pour vertu ce les Chrétiens appellent humilité.

que

Platon la recommande; Épictète encore davantage. V.

Page 41. Que l'on considère cette suite merveilleuse de prophètes qui se sont succédés les uns aux autres pendant deux mille ans, etc.

Mais que l'on considère aussi cette suite ridicule de prétendus prophètes, qui tous annoncent le contraire de Jésus-Christ, selon ces Juifs, qui seuls entendent la langue de ces prophètes. V.

Page 42. Enfin, que l'on considère la sainteté de cette religion, sa doctrine, qui rend raison de tout, jusqu'aux contrariétés qui se rencontrent dans l'homme.... et qu'on juge après tout cela s'il est possible de douter que la religion chrétienne soit la seule véritable, et si jamais aucune autre a rien eu qui en approchât.

Lecteurs sages, remarquez que ce coryphée des jansénistes n'a dit, dans tout ce livre sur la religion chrétienne, que ce qu'ont dit les jésuites. Il l'a dit seulement avec une éloquence plus serrée et plus mâle. Port-royalistes et

Ignatiens, tous ont prêché les mêmes dogmes : tous ont crić, croyez aux livres juifs dictés par Dieu même, et détestez le judaïsme. Chantez les prières juives que vous n'entendez point, et croyez que le peuple de Dieu a condamné votre Dieu à mourir à une potence. Croyez que votre Dieu juif, la seconde personne de Dieu, co-éternel avec Dieu le père, est né d'une vierge juive, a été engendré par une troisième personne de Dieu, et qu'il a eu cependant des frères juifs qui n'étoient que des hommes. Croyez, qu'étant mort par le supplice le plus infâme, il a par ce supplice même ôté de dessus la terre tout péché et tout mal, quoique depuis lui et en son nom la terre ait été inondée de plus de crimes et de malheurs que jamais.

Les fanatiques de Port-royal et les fanatiques jésuites se sont réunis pour prêcher ces dogmes étranges avec le même enthousiasme. Et en même temps ils se sont fait une guerre mortelle. Ils se sont mutuellement, anathematisés avec fureur, jusqu'à ce qu'une de ces deux factions de possédés ait enfin détruit l'autre.

Souvenez-vous, sages lecteurs, des temps mille fois plus horribles de ces énergumènes, nommés papistes et calvinistes, qui prêchoient le fond des mêmes dogmes, et qui se poursuivirent par le fer, par la flamme et par le poison pendant deux cents années, pour quelques mois différemment interprétés. Songez que ce fut en allant à la messe que l'on commit les massacres d'Irlande et de la saint Barthélemi; que ce fut après la messe et pour la messe qu'on égorgea tant d'innocents, tant de mères, tant d'enfants dans la croisade contre les Albigeois; que les assassins de tant de rois ne les ont assassinés que pour la messe. Ne vous y trompez pas; les convulsionnaires qui restent encore en feroient tout autant,

s'ils

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