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DE MON TEMPS

LIVRE DOUZIÈME

1. Jugement et acquittement des conspirateurs de Strasbourg.

Inquiétudes du roi. Affaires d'Afrique. Le général Desmichels et Abd-el-Kader. Prise de Mascara. Combat de la Sickah. Première expédition de Constantine. Désastres de la retraite. M. Dupin et le maréchal Clausel. II. Attentat Meunier. Mort du roi Charles X. Session de 1837. Dislocation ministérielle. Cabinet du 15 août. Mariage de M. le duc d'Orléans. Cérémonies et fètes. Amnistie. Inauguration des galeries historiques de Versailles. III. Élections. Traité de la Tafna. Seconde expédition de Constantine. Débuts impuissants de la coalition. Travaux de la session de 1838. Incident à la Chambre des Pairs et discours de M. le duc d'Orléans. Apogée de la carrière politique du comte Molé. Le roi Louis-Philippe à Champlatreux. IV. Avénement de la reine Victoria. Déclarations politiques et religieuses de la reine. Affaires du Canada. Insurrection. Papineau et Mackensie. – V. Naissance du comte de Paris. Procès Hubert. Affaire Laity. Louis-Napoléon quitte la Suisse. Évacuation d’Ancône. Sacre de la reine d’Angleterre. Prise de Saint-Jean-d'Ulloa. Ouverture de la session. Réveil de la coalition. Son plan de campagne. Dernière lutte du ministère. Dissolution de la Chambre. Élections. Le cabinet Molé se retire.

I

A qui devait, en définitive, profiter la première victoire remportée sur l'idée bonapartiste par le gouvernement de 1830? Ce ne fut point à ce dernier, et les conséquences de la tentative de Strasbourg se produisirent, au contraire, d'une façon bien peu favorable à sa politique : deux mois s'étaient à peine écoulés depuis que Louis Napoléon avait été entraîné loin des rivages français, lorsque ses complices comparurent devant le jury strasbourgeois auquel avait été réservée la connaissance de cette affaire. Plusieurs des conjurés se trouvaient contumaces. Sept seulement avaient été arrêtés. Ces sept accusés présents étaient MM. Vaudrey, Parquin, Laity, de Gricourt, de Bruc, de Querelles et Mme Gordon; cette dernière, fille d'un officier de l'ancienne armée, s'était avec l'exaltation d'une tête d'artiste, jetée, active et dévouée, dans la conspiration impérialiste.

Les débats firent naturellement ressortir les tempéraments divers, les diverses qualités des conjurés. Les uns se montrèrent audacieux, les autres habiles, tous convaincus. Leurs défenseurs, parmi lesquels on remarquait M. Parquin plaidant pour son frère, MM. Ferdinand Barrot et Martin (de Strasbourg) firent ressortir aux yeux d’un jury évidemment disposé à l'indulgence, cet argument spécieux que le prince à la fortune duquel leurs clients s'étaient dévoués ayant été enlevé à l'action de la justice, il était impossible de frapper ceux-ci sans une détestable partialité.

Les défenseurs furent éloquents; la ville de Strasbourg était visiblement et sympathiquement émue. Le jury alsacien se montra indulgent envers ces conspirateurs dont le chef avait, pour ainsi dire, été gracié par le gouvernement lui-même; il acquittà, et des cris enthousiastes accueillirent son verdict de non-culpabilité. Bien plus, un banquet rapidement organisé fut offert aux accusés et accompagné de démonstrations significatives. Le gouvernement y fut cruellement maltraité en paroles, revanche naturelle du premier succès qu'il avait matériellement obtenu, et le ministère put se demander sérieusement s'il n'eût pas mieux valu amnistier tout d'abord ces conjurés qui rencontraient tant de synlpathies dans la population strasbourgeoise, que de procurer cette retentissante ovation à l'idée bonapartiste que l'on avait voulu combattre.

Les préoccupations du roi Louis-Philippe n'étaient pas moins vives que celles de ses ministres et l'ensemble des circonstances qui se produisaient alors pouvait, il faut en convenir, les motiver dans une certaine mesure : le jour même où éclatait le complot de Strasbourg une autre tentative du même genre n'avait-elle pas étonné la ville de Vendôme où un brigadier de hussards nommé Bruyant s'était efforcé de soulever au nom de la République les cavaliers de son régiment, tout en brûlant la cervelle au sous - officier qui voulait s'emparer de sa personne ? Les conspirations militaires des premières années de la restauration allaient-elles se renouveler contre la monarchie de 1830 ? Le roi n'ignorait pas d'ailleurs que dans les profondeurs des sociétés secrètes la pensée d'un attentat contre sa personne était toujours agitée et caressée. Il sayait

que le mécanicien Champion surpris et arrêté préparant une nouvelle machine infernale, s'était pendu dans son cachot en emportant le secret de. ses complices; pénible mais naturel sujet de méditations sinistres.

La fin de l'année 1836 fut également signalée par un épisode fatal de notre guerre d'Afrique : la première et infructueuse expédition de Constantine.

Depuis l'administration du duc de Rovigo, c'està-dire depuis 1833, la domination française en Afrique avait, en cherchant à prendre une extension nécessaire, rencontré des résistances passionnées. Un chef arabe s'était montré dans la province d'Oran, et ses premières tentatives avaient prouvé tout à la fois la hardiesse de sa pensée et son influence souveraine sur les tribus qui s'agenouillaient devant son cheval. Un des premiers rapports envoyés en France sur ce remarquable personnage le dépeignait ainsi : « Abd-el-Kader-Ben-Mahin-elDin est fils d'un marabout vénéré autrefois et qui, comme chef de bande, avait rendu quelques services aux Turcs. Ce marabout passait pour un saint dans sa tribu et parmi les tribus environnantes. A

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