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Rastadt, touchant une correspondànée que l'on suppose devoir exister entre moi et des mécontens en France; mais d'après la maniere dont cet émissaire s'est acquitté de sa commission, il est très-positif que le gouvernement Français n'a pas mêine les plus légeres notions sur l'existence de la nôtre. Ce fut l'apparition dans presque tous les départemens de la lettre d'un Anglais à B. qui a fait naître des soupçons que cette lettre partait d'ici. Au reste, je ne fais mention de cet incident, que pour vous tranquilliser dans le cas que vous en entendiez parler chez vous.

Si des circonstances surviennent qui vous engagent à quitter la France, je vous recommande avec urgence de bien arranger avant votre départ tout ce qui peut avoir du rapport au passage du bulletin de votre comité: pour cet effet, vous feriez bien de prendre vos mesures avec l'ami de Toulouse (Strasbourg), afin que les bulletins passent directement entre vos mains à Offenbourg, soit qu'il les remette à vous-même dans cette ville, soit qu'il en charge une personne sûre, soit que vous alliez les chercher de Kehl; je n'ai aucun motif de soupçonner le bureau de Kehl, mais il n'y a aucune raison de s'en servir quand on pourra se passer de son entremise.

Je viens de m'entretenir avec une personne récemment arrivé de Chalons (Paris) et j'apprends d'elle que le Premier Consul devient de jour en jour plus extravagant; que le regne de la terreur se rétablit rapidement-que sa conduite violente annonce que lui-même n'est rien moins que tranquille sur sa position ;et enfin que tout ce qui se passe présage un éclat plus ou moins éloigné. Il paraît évident que le Consul est fort embarrassé quant à la descente en Angleterre ; car tout en affectant une ferme décision de la tenter, il reconnaît et craint le danger de cette entreprise, sans trop savoir comment il pourra se retirer du jeu, et se débarrasser de l'espece d'engagement qu'il a pris. Je vous prie de donner toute votre attention à cet état de choses, lequel (d'après l'opinion de la personne très-instruite de qui je tiens ces observations) doit amener plutôt ou plus tard une crise d cisive.

Je n'ai aucune connaissance de ce qui se passe dans la Vendée. Il n'est pas nécessaire que vous répete mon opinion, que toute démarche partielle, toutes les mesures décousues, qui ne sont pas essentiellement liées avec un plan général et fixe, ne pourront jamais produire que du mal. Je suis cependant porté à regarder toutes ces insurrections comme absolument spontanées, dérivant uniquement de l'opposition des habitans à la mesure de la conscription.

Dans un article de vos instructions, il vous fut recommandé d'écrire deux fois la semaine; mais pour ne pas trop user nos moyens de communication, je crois qu'il sera plus convenable de 'écrire que quand il se présentera de la matiere intéressante. Croyez-moi avec les sentimens les plus distingués, &c.

NOTA MANUS,

Le 4 Janvier.

Au moment de fermer cette lettre, je reçois la vôtre du 25 Décembre, avec un bulletin de même date, tous deux également intéressans pour les avis qu'ils contiennent.

Je vous assure encore une fois de la maniere la plus solennelle, que je n'ai aucune connaissance du comité dont vous me parlez; et d'après le rapport que vous m'en faites, je ne puis guere vous conseiller d'avoir la moindre relation avec lui. Je ne perds pas de vue les notices que vous me donnez sur Willot et d'autres. Vous avez trouvé la juste proportion des matieres pour la com position de votre encre; vos lettres n'offrent pas les moindres traces de déguisement.

No. VII.

Munich, 27 Janvier, 1804.

Monsieur,

J'ai reçu, plus ou moins régulierement les trois bulletins No. X, du 28 Décembre, No. XII, du 5 Janvier, No. XIII, de la même date. Des deux lettres des 4 et 5 Janvier, me sont aussi parvenues, ainsi que celle du 12 Janvier còtée No. XIV. Il ne m'est point parvenu de No. II, mais je n'en tire d'autre induction, si non que le copiste s'est trompé en cótant No. XII, le bulletin qui aurait du être côté No. II. Il serait bien cependant de vérifier cette supposition, afin de lever tout doute sur ce point.

Je vous ai prévenu dans ma derniere, que le gouvernement consulaire avait conçu quelques soupçous sur l'existence d'une correspondance entre moi et l'intérieur de la France; c'est à cela qu'il faut attribuer l'insertion dans le Moniteur, No. CXV de cette année, d'un article en forme de note, à de prétendues nouvelles de Londres, du 2 Janvier, marquant l'arrivée d'un courier extraordinaire de Munich, le jour précédent; cette circonstance est de toute fausseté. Au reste, ce n'est pas la premiere fois que le conseil employe cette manoeuvre, puisqu'il en fit usage très-peu de tems après mon arrivée à Munich, comme on peut le voir dans le Moniteur No. CI, du 1 Janvier 1803.

H paraît qu'il n'a fondé ses soupçons que sur des bases trèsvagues; il sait que, pendant mon séjour en Italie, j'ai eu des liaisons avec l'intérieur de la France, et il croit qu'il ne doit être de même à présent, d'autant plus que je me trouve être dans ce moment un des ministres Anglais les moins éloignés de la frontiere. On voit cependant que tout en voulant faire croire à l'existence de quelques intelligences entre moi et les mécontens de F'intérieur, le gouvernement consulaire n'a pas même acquis le plus léger indice qui puisse le porter à se douter de notre correspondance, puisque, dans ce cas, il n'aurait pas coupé le fil qui aurait pu conduire à des découvertes ultérieures, en faisant publier des articles qui doivent nous mettre en garde, et nous engager du besoin à changer le canal de notre communication afin de dérouter ses calculs.

Le moyen dont il s'est servi pour faire quelques découvertes en

Allemagne, ne lui a pas réussi, puisque je viens de recevoir de avis positifs que l'émissaire dont je vous ai parlé, n'a pu se procurer la moindre lumiere nulle part. Vous pouvez donc être par faitement tranquille sur cet article. Je vous recommanderai cependant de ne pas mettre la date ni l'endroit en encre ordinaire, dans vos lettres ou bulletins, mais seulement en encre sympathique, vous en concevez la raison, sans que je m'arrête à vous la déduire.

Je suis extrêmement peiné d'apprendre tous ces mouvemens partiels et décousus dont vous me parlez, et je parlage votre conviction, qu'ils ne peuvent avoir d'autre effet que celui d'engager le gouvernement à un redoublement de vigilance, et le porter à des mesures de sévérité qui seront funestes à bien des honnêtes gens, qui auraient pu rendre de grands services, s'ils avaient été mienx employés.

Le sort du comité dont il est question dans votre lettre du 5, et l'existence duquel je n'ai su que par vous, servira sans doute à vous mettre sur vos gardes contre de faux freres, et doit vous engager à être très-circonspect quant aux personnes auxquelles vous confiez tout votre secret. Le grand art de couduire une operation pareille à celle dont vous êtes chargé, consiste à confier à un chacun précisément ce qu'il faut pour qu'il remplisse le rôle que vous lui assignez, mais rien de plus.

Quant au désir que votre général a témoigné (d'après le bulletin No. 13) d'avoir un aperçu de l'époque quand il faudra s'ébranler, je vous répondrai qu'on se réglera à cet égard sur les notions qui seront reçues du progrès de vos opérations. D'après votre lettre du 25 Décembre, vous vous proposez de faire un éclat dans quatre départemens à un jour donné, mais je doute que cette mesure, si elle est isolée, puisse produire un grand effet, elle pourrait causer un moment d'embarras au Premier Consul; mais il me parait impossible qu'elle réussisse à la longue, si l'armée B....... est disponible, ou si l'on ne s'est pas assuré préalablement d'une bonne partie de ses troupes.

Je vous prie de me faire connaître sur quoi on peut compter quant à ce dernier objet, afin que je puisse régler mes idées et calquer notre marche là-dessus. Le point principal à mon avis, est de chercher à gagner des partisans dans l'armée; car je suis fermement d'opinion que c'est par l'armée seule qu'on peut raisonablement espérer d'opérer le changement tant désiré. Je souhaite aussi ardemment que vous de voir arriver l'époque où l'on pour se montrer, mais il faut que toute mesure soit arrangée d'avance afin d'être assuré que le coup ne manquera pas faute d'être préparé ponr tout événement, et que nos moyens ne serent pas dissipés à pure perte; il faudra d'ailleurs arrêter d'avance la marche que l'on doit suivre aussitôt l'insurrectioa éclatée (pour ne pas errer à l'avanture) en mettant les royalistes à même de profiter des troubles que les Républicains auront ainsi suscités.

Les 2,400 livres que je vous ai envoyés le 27 de mois passé,

હૈ

sont pour vos appointemens jusqu'au 15 Février; mais comme vous pourrez avoir besoin de quelque chose de plus, si vous jugiez à propos de quitter la France, je vous enverrai par le prochain courier une traite de 1,200 francs qui vous soldeia jusqu'au ́ 15 Mars; je n'écrirai rien dans la lettre qui lui servira d'enveloppe.

Quant aux fonds que je vous ai fait passer par le comité je m'en remets à votre jugement et à celui de vos associés, étant persuadés que vous les emp oyerez de la maniere que vous croirez la meilleure, dans le moment actuel, pour avancer vos projets. Je retiens encore la lettre de B... à un Anglais, le paquet est trop lourd pour être envoyé par la poste, et je ne l'expédierai que par une occasion sûre. Au reste je pourrai prendre le parti de le faire imprimer en Allemagne.

...

Quant à votre long séjour en France, vous êtes en pleine liberté, et je vous recommande même de partir aussitôt que vous jugerez que votre présence n'est plus nécessaire; et vous pourrez vous rendre en premier lieu à Off....d'où vous écrirez pour me faire part de votre arrivée, et vous continuerez de suite votre voyage pour Munich. En arrivant ici, vous aurez soin de descendre directement chez moi, en évitant d'entrer la ville. Vous emporterez avec vous l'état le plus détaillé que vous puissiez vous procurer des moyens qu'a votre comité, avec toutes les notices nécessaires sur la marche qu'il se propose de suivre, &c. Je désire que vous puissiez établir au moins trois canaux pour le passage de la correspondance, afin de n'être pas au dépourvu en cas que celui de Toulouse (Strasbourg) vint à manquer. Vous ne manquerez certainement pas d'échauffer le zele de vos collaborateurs avant de vous séparer d'eux, en leur laissant entrevoir les grandes récompenses qu'ils tireront infailliblement de la réussite de leurs projets. Tâchez aussi de lier une bonne correspondance directe avec l'état-major de l'armée, et s'il était possible de trouver deux à trois personnes à Strasbourg sur la fidélité desquelles on put compter, cela nous deviendrait fort utile dans la suite.

Je verrai s'il est possible de faire graver dans ce pays le cachet : que vous désirez, mais je crois qu'il serait plus convenable de le faire graver à Londres. Je crois vous avoir déjà dit de ne pas parler d'affaires à l'ami d'Off.............il est déjà prévenu que vous pourriez bien retourner dans cette ville et il lui a été enjoint de ne pas vous questionner en aucune maniere.

No. VIII.

14 Février, 1804.

Monsieur,

Voici les 1,200 livres que je vous ai annoncées dans ma derniere (No. 7) du 27 Janvier. Il n'était pas possible de trouver des lettres de change payables plutôt; mais vous pourrez les faire escompter à très peu de porte. Depuis la date de mon No. 7, j'ai reçu votre No. 15 du 19 Janvier, qui ne m'est parvenu

cependant que le 8 Février. Le No. 16 du 30 Janvier, et votre lettre même date, sont tous deux bien arrivés le 11 de ce mois. Je vais répondre brievement à chacune de ces lettres en tant qu'elles demandent des réponses.

Je vous répete encore une fois, et ce sera pour la derniere, que je n'ai aucune agence en France, excepté la vôtre.

Quant aux correspondans que je pourrais y avoir, je suis parfaitement à mon aise sur leur compte, malgré tout ce que vous me dites de leur prochaine arrestation. Je n'ai aucun correspondant à Embden; mais comme les copies de vos lettres sont envoyées au président, il pourrait bien, s'il le juge à propos, soigner cet objet à Bordeaux (Londres). Je vous ai déjà tranquilisé, quant aux tentatives de l'émissaire consulaire auprès des bureaux de poste allemande. Il ne réussira pas; mais le bruit de cette affaire a fait naître des craintes à un de mes agens dans ces bureaux, et il désire être débarassé de sa besogne. C'est pour celte raison, ainsi que pour avoir de vous des notions plus claires et plus détaillées (que je ne trouve pas dans les bulletins) touchant l'état de l'intérieur, l'étendue de vos moyens et l'emploi que vous vous proposez d'en faire, que je vous prie de partir le plutôt que vous pourrez, pour vous rendre à Off....et de là ici.

Je vous ai déjà indiqué les arrangemens qu'il faudra prendre, pour le passage de la correspondance, dans mes précédentes letires, surtout dans les No. 5 et 7. Il ne me reste qu'à vous prier de faire en sorte que les bulletins passent directement entre vos mains, de celles de l'ami à Toulouse (Strasbourg) sans l'entremise des bureaux de poste.

Je vous ai recommandé d'établir au moins deux autres canaux de communication dont un sera Mayence, afin de ue pas être au dépourvu, dans le cas (possible) que celui de Toulouse (Strasbourg) vint à manquer.

Le papier sur lequel vous écrivez, est excellent pour notre usage, et comme il est impossible d'en trouver de cette espece dans ce pays-ci, je vous prie d'en faire une bonne provision pour vous-même et pour moi.

Ce que vous me dites sur les armemens maritimes du Premier Consul et leur destination, m'a paru assez intéressant pour être transmis sur-le-champ à Bordeaux (Londres): mais vous ne vous êtes pas expliqué, quant à la somme que l'huissier demande pour l'entreprise qu'il vous a proposé, il y a quelque tems.

Je suis excessivement peiné de toutes ces ridicules méfiances qui, d'après votre rapport commencent à percer dans votre comité. Vous tâcherez de les faire cesser avant que de partir, et vous pouvez hardiment déclarer à vos amis, de ma part et de la maniere la plus solennelle, que je n'ai aucune connaissance des circonstances et des événemens sur lesquels elles paraissent être fondees. Au reste je vous prie de leur faire entrevoir qu'il sera de toute impossibilité pour moi de travailler efficacement avec eux, s'ils se laissent aller à leurs soupçons à chaque nouvel incident qui survient.

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