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Il n'est pas nécessaire de m'envoyer la quittance du comité il suffira que vous l'apportiez avec vous. Je ne dois pas oublier vous prévenir qu'il vous faudra, en partant de Chalons (Paris) prendre vos mesures pour pouvoir y retourner, pour le cas que l'état de nos affaires puisse par la suite l'exiger. Croyez-moi, avec les sentimens de la plus parfaite estime, Monsieur, votre très-humble serviteur,

NOTA MANUS. No. IX.

Le 25 Février, 1804. Monsieur, Votre lettre du 10 m'est parvenue le 21, et celle du 13 vient de m'arriver dans ce moment. Il est très-instant que vous vous rendiez ici le plutôt possible, puisque je ve saurai vous donner des instructions ultérieures sans avoir été préalablement éclairci sur une infinité de points qui ne peuvent être discutés dans tous leurs détails que de vive voix; d'ailleurs mon homme fait des difficultés quant au passage de nos lettres, et il nous faudrait établir le mode de coinmunication dont je vous ai entretenu dans ma derniere.

Je suis prévenu de tous les événemens du 16 de ce mois, et je conçois bien que la police aura l'oeil sur tous les voyageurs, par conséquent vous quitterez le moment propice, afin de ne courir aucun risque. Je n'ai su que par vous les détails relatifs à Georges, &c. Je n'ai d'autre connaissance de ses projets que celle que votre lettre m'en fournit; mais si vous avez les moyens de tirer d'embarras quelques-uns de ses associés, ne manquez pas d'en faire usage.

Je vous prie aussi très-instamment de faire dresser et imprimer sur-le-champ une courte adresse à l'armée (officiers et soldats), le interpellant de ne pas laisser périr Moreau, leur frere d'armes, qui les a si souvent menés à la victoire, comme victime de la rage et de la jalousie du Premier Consul. Vous pouvez observer dans cette adresse, que le mérite de Moreau a depuis long-tems offusqué la vue du petit tyran, et que le Premier Consul, pour se défaire de son rival, a choisi le moment de l'arrivée des nouvelles du malheureux sort de St. Domingue, afin de détourner l'atteotion de la nation d'un désastre qui provient uniquement de sa mauvaise conduite. Vous ferez bien de ne pas perdre un inoment à faire cette petite adresse, et à la faire circuler par toutes les armées avec la plus grande diligence.

Je viens d'écrire un billet à votre homme de Toulouse (Strasbourg, pour l'engager à mettre vos lettres à l'avenir, sous une enveloppe adressé à l'Abbé Dufresne, en cas que vous m'écriviez encore avant votre départ. Je vous prie de vous servir de cette adresse, et de ne plus faire usage d'aucune des douze que je vous ai indiquées dans ma lettre No. 2.

L'émissaire dont je vous ai parlé, s'est fait promettre par quelques employées de poste de transmettre tous les avis qu'il pourrait obtenir relativement à une correspondance avec moi à l'adresse suivante. Au Citoyen Dubois, au Bureau de la Police Militaire du Mi

nistre de la Guerre, sous l'enveloppe de Citoyen Duroche,

Marchand épicier, rue Saint Honoré, No. J'aurais voulu que vous n'eussiez, pas fait faire la démarche dont vous me parlez auprès du maitre de poste à K.... puisqu'il ne parait pas qu'il sera dans le cas de nous rendre des services aussi long-tems, que notre correspondance va son train, aussi bien qu'elle a fait jusqu'ici, et je craindrais qu'il serait impossible de faire cette ouverture, malgré toute l'adre-se et la précaution que votre homme pourrait y mettre, sans laisser apercevoir quelque chose de trop.

Quant à l'adjudant général dont il est question dans votre lettre du 13, je serais porté à lier une correspondance avec lui, je ne m'y fierai qu'autant qu'il faut; mais la somme qu'il demande n'est pas grande, et nous avons les moyens de contater si ses rapporls sont vrais. Tâchez donc de mettre cette affaire en train avant votre départ.

Pour ce que vous me dites de vos projets d'opération, je vous en parlerai plus amplement quand je vous verrai; en attendant vous pouvez assurer vos âmes qu'on ne manquera pas d'y donner suite avec toute la promptitude que les circonstances comportent.

Je vous recommande encore une fois de bien arranger tout ce qui est relatif à la continuation de notre correspondance avant de partir. Croyez-moi avec la considération la plus parfaite, Monsieur,

Votre très-humble Serviteur,

NOTA MANUS.

No. X. Monsieur, Puisque le général montre une telle confiance dans ses moyens ; puisqu'il croit que le moment présent est singulierement propice pour commencer les opérations; puisqu'il est d'opinion que sí on le laisse échapper, des circonstances également favorables ne se trouveront plus, l'ami d'ici ne peut qu'obtempérer à ses désirs en lui promettant toute l'assistance qui dépend de lui. L'ami doit nécessairenient abandonner les détails d'exécution au général qui est sur les lieux et qui est plus intéressé que tout autre à ce que les mesures soient bien préparées et bien combinées, que le but ne soit pas manqué. Il observera cependant qu'il est de la plus haute importance qu'on s'assure le plutôt possible d'une place sur la frontiere de la France et de l'Allemagne, afin que l'ami puisse avoir une communication libre prompte, active et sûre avec le géneral, pour la transmission de ce qui pourrait devenir nécessaire par la suite. lsuniugue sera la place la mieux située poor cet effet, d'autant plus qu'elle est assez rapprochée du champ des opérations principales.

Il faudra du moins établir des hommes affidés de six lieges en six lieues, depuis Besançon jusqu'à Fribourg, pour porter et reporler des avis.

La toule premiere opération paraît devoir être la saisie de Blois (Besançon) qui servira comme place d'armes et (en cas de malheur) de place de défense. Dans ce dernier cas, une partie des insurgés pourrait se jeter sur les cavernes et les montagnes de l'ancien Vivarais, et s'y soutenir pendant long-tems, pourvu qu'on ne se ménage une communication sûre pour recevoir des secours pécuniaires, soit par Huningue, soit par Metz (Basle) et la Suisse. Après s'être rendu maître de Blois (Besançon) et avoir insurgé les provinces voisines, on ne doit pas perdre un moment à agir dans Chalons (Paris) même. Tout doit être préalablement préparé et disposé pour opérer là au premier instant de cet embarras et de cette consternation du gouvernement actuel, lorsqu'il apprendra les mouvemens dans les provinces.

Puisqu'il est bien constaté qu'une très-grande partie de l'armée tant officiers que soldats, est très-mécontente de l'arrestation de Moreau, il est naturel que le général les satisfasse à cet égard afin de s'assurer de leur aide dans le moment critique. le général ne peut que s'apercevoir qu'il lui sera de la plus haute importance et de la derniere nécessité même d'adopter pour principe général de profiter de l'assistance de tous les méconteus quelconques et de les réunir tous pour le premier moment, de quelque parti qu'ils soient, en déclarant que le grand but de l'insurrection étant de mettre tin à la tyrannie qui pese sur la France et sur l'étranger, tout ce qui est ennemi du gouvernement actuel sera regardé comme ami par les insurrectionnels, étant très-instant d'ailleurs que toules les démarches des insurrectionnels soient de la plus grande discrétion (surtout envers les partisans du Consul) afin de ne pas réveiller les frayeurs de ce grand nombre de personnes qui se souviennent encore des maux qu'elles ont soufferts à plusieurs époques de la révolution. Le système pourrait être annoncé, dans la premiere proclamation, par deux mots : Liberté et paix pour la France et pour le monde. Ces réflexions sont spécialement recommandées à la consideration du général, puisqu'une conduite opposée ne pourra pas manquer d'effaroucher le public en général, et par conséquent d'engager le plus grand nombre à se réunir au gouvernement actuel, tout détesté qu'il est, plutôt que de s'attirer une répétition des scenes révolutionnaires dont le souvenir est encore frais dans leur souvenir et esprit.

L'ami doit aussi prévenir le général qu'il a acquis la certitude que l'arrestation de Moreau a excité un mécontentement général et très-prononcé en Alsace. Ce général ayant un grand nombre de partisans dans cette contrée, on pourrait tirer grand parti de celte dissention, en agissant d'après les bases qui viennent d'être indiquées. Quant anx secours pécuniaires, l'ami aurait désiré que le général lui eut présenté un aperçu de ce qui lui sera nécessaire pour les premiers mouvemens ainsi que de ce qui pourrait le devenir par la suite. L'ami doit prévenir le général que cette ville n'étant pas une ville de commerce, il est toujours difficile et souvent impossible d'y trouver des lettres de change sur Paris (surtout des lettres à courte date) et l'ami est presque toujours obligé d'en faire chercher loin d'ici quand il en a besoin, le général aura donc la bonté d'instruire l'ami sur-le-champ comment cet objet pourrait être arrangé, en lui marquant les sommes qui Jui seront nécessaires, les époques auxquelles elles doivent être fournies, par quel canal on doit les transmettre, et si les remises doivent êire faites en lettres de change sur Paris ou en especes sonnantes. Dans ce dernier cas, on pourrait envoyer à l'ami quelqu'un de confiance, muni d'une autorisation pour les receroir et pour les porter directement soit à Chalons (Paris) soit à Blois (Besançon) selon les besoins. Mais il faut observer qu'il ne sera pas possible de ramasser une forte somme tout à la fois, ni en lettres de change, ni en especes ; il est donc de toute nécessité que l'on indique, le plus précisément que faire se pourra, les époques ausquelles l'argent sera nécessaire, pour qu'on ait le tems d'en faire la provision. Aussitôt que l'ami recevra les indications à cet effet, il prendra les mesures pour que les sommes dont on aura besoin soient déposées chez une personne sûre à Offenbourg, à Stutgardt, et dans quelque autre ville plus rapprochée de la frontiere, qui les délivera à celui qui sera envoyé par le général, à moins que le général ne trouve bon de stationner une personne à lui, et dans laquelle il ait une confiance illimitée à poste fixe dans une de ces villes, (au mieux encore à Fribourg en Brisgaw) expresséinent pour soigner cette partie ; ce qui serait peut-être le plan le plus convenable.

On suppose que le général trouvera quelques fonds dans les caisses de l'état dont on s'emparera, mais dans le cas (possible) qu'on en ait besoin dans l'instant, avant que les remises arrivent, on pourrait remettre des bons payables au porteur dans le terme de quinze jours ou trois semaines. Les remises arrivant, avant l'échéance de ce terme, on les acquittera dès-lors et cette exactitude à remplir ces engagemens ne manquera pas de donner un grand crédit aux insurrectionnels. Il y a une infinité de details qu'on ne peut pas toucher dans cette lettre puisque l'on ne veut pas retenir le voyageur plus long-lems; mais il en sera instruit de bouche.

Le général recevra pour le moment, par le porteur la somme de 9,990 francs faisant 10,114 livres, 17 sous, 6 deniers, en quatre lettres de change sur Paris, dont trois payables le 3 Germinal, et une le 5. L'ami a dejà pris ses mesures pour se procurer Jes sommes dont on pourra avoir besoin par la suite.

Munich, 16 Mars 1804. P. S. On peut écrire à l'ani, pour le moment par l'entremise de l'homme de confiance à Toulouse (Strasbourg) l'adresse est à Mr. l'Abbé Dufresne conseiller ecclesiastique à Munich en waviere.

L'inspecteur Paques, et le commissaire Comminge, accompagnés de six gendarmes de la légion d'élite, ont arrêté au

jourd'hui le nommé Villeneuve, le principal affidé de Georges, et le nominé Burban Malabre dit Barco. Ces deux brigands étaient cachés, avec un troisieme, rue Jean Robert, chez un nominé Dubuisson.

Le nommé Dubuisson et sa femme ont long-tems nié avoir ré. celé ces brigands, et ont fini par vouloir donner le change, en déclarant qu'ils étaient sortis le matin de chez eux, et qu'ils rentreraient le soir à 8 heures, mais la inaison a été fouillée, et l'on n'a pas tardé à découvrir une cachette pratiquée dans uue boi. serie, où ces brigands s'étaient enfermés. Sommés de se rendre, ils ont gardé le silence ; mais on a tiré sur eux des coups de pis. tolets, qui les ont obligés de sortir, quoiqu'ils n'eussent pas été atteints.

Une foule immense de peuple les a accompagnés chez le grand juge.

On a trouvé sur eux une grande quantité de pieces d'or et des lettres de change Anglaises.

Villeneuve avait un passeport de Lord Pelham pour sortir d'Angleterre et y rentrer avec recommandation à toutes les stations et aux commandans Anglais de le protéger.

Tous les principaux brigands dont la liste a été insérée dans le Moniteur du 16 Ventôse se trouvent arrétés hormis Charles d'Ozier, que l'on est fondé à croire encore à Paris.

Armand et Jules Polignac et Riviere, quelques jours avant leur arrestation, avaient logé chez Dubuisson, rue Jeau Robert.

Le dernier asyle de Georges lui a été donné par une fruitiere, nommée Lemoine, qui demeure rue et montagne Saint Géuevieve près du bureau de Loterie.

C'est de chez cette femme Lemoine que Georges sortit pour aller, le soir de son arrestation, monter dans le cabriolet qui devait le conduire chez Caron le parfumeur.

La fille de la fruitiere portait son paquet, à l'instant où du cabriolet pour y déposer ce paquet, elle prétend avoir entendu crier au voleur, et que Georges lui dit: Sauves-toi, malheureuse, tu es perdue, alors elle ôia son bonnet, afin dit-elle de n'être point connue, et courut toute écbevillée chez une voisine nommée Vigneureux, déposa chez elle ce paquet, en lui disaut que c'étaient des hardes de sa sæur qui venait de inourir.

Le mari de cette voisine fut curieux de voir ce que contenait ce paquet; il y trouva, au milieu de plusieurs hardes un sac énorme rempli de mille à douze cents pieces d'or dites souverains d'Hollande. Il ne put résister à la tentation de s'en approprier une légere partie, qui vendue à raison de trente-quatre francs la piece lui ont procuré environ inille écus. On a encore retrouvé chez lui une partie de ces pieces.

Le lendemain il rendit le paquet à la femme Lemoine, qui lui parut ètre, ainsi que ses filles, dans la plus grande desolation.

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