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Deux coulombiaux.
C'est un des services plus biaux.
(Myst. de la femme arse, Buchon, p. 359.)

Mais d'autres fois de même qu'on représentait 1° le son ou par ol, or, os, ox :

Assaillez-les à une foulle,
Messire Jehan de la Polle..
(M. du S. d'Orl. vs. 5544.)
La quarte quadele Brun l'ors
Qui moult estoit et pros et fors.
(R. du Renart, Cf. vs. 7143, 7249, 9241, 9261 et
26405.)
Ils sont a demye lieue de nous ;
Faisons tant que soyons enclos.
(M. du S. d'Orl. 8621.)
Qoi, fist le Lox, maldis me tu ?
L'aigneax respunt : N'en ai voloir.
Li Loux li dit : jeo sai de voir. (M. de Fr. fabl. 2.)

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« L après e sonne u, si elle est suivie d'une consonne; Ex. : bel compaigneoun. (Gr. de Colyngb. Règle 23.)

Happy, m. bienereux, bienereuse. (Palsgr. p. 314.)
Ki n'ose les dolerous fais sostenir. (Pieres de Corbie.)
L'impost, les quatriesmes,
Faulte d'un peu de vin, feront mourir de rheumes
Les povres compaignons. (Ol. Bass. p. 18.)
Se Diex plaist, et il ara miex.
— Or cha! levés-vous sus, biau fiex. (!)
(Li Jus Adan, Buchon, p. 67, 68. Cf. p. 64.)

(1) Cf. avec Lafontaine, Fabl. IV, 16.
Biaux chires leus, n'écoutez mie
Mère tencbent chen fieux qui crie.

De même aussi représentait-on eau par ial, ias, iax ; Ex. :

De pials de bestes se vestent.
(L'image du monde, Roquef. à pials.)
Icil chastial les travailla mult lunguement. (Villehardouin.)
Le bos est entour moult biax,
Et l'erbe verde et li ruissiax. (R. de Rou.)
Robins estoit assez biax
Et la pastorete bele ;
Robins est biax davadiax
Et bele est la pastorele,
Car blons avait les cheviax (!)
Et durete la mamele.
Robins est biaus garçonniax...
(Jean Moniot, Buchon, p. 34.)

Quant à iar, l'on n'en rencontre pas d'exemple pour une bonne raison, c'est qu'il n'existe pas de mot dans lequel l'étymologie exige la présence d'un r après la triphthongue eau. Mais on a déjà vu que la diphthongue au était parfois représentée par ar. Comparer en outre arme et alme, armoyre, almoyre et aulmoyre ; armalx et aumaulx, etc. . Les formes en s, x, z, conformément à la grammaire, s'employaient de préférence pour le sujet; les formes en au, iau pour les cas obliques : Il me dit : Biau sire, par saint Denis ! J'aim plus biau de vous e mult melz apris ; Autre m'amerai, je le vous plevis ; Car il est et biax et cortois, et senez. (Rich, de Semilly, Buchon, p. 32.)

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surtout en Picardie, il ne faut pas oublier que, comme nous l'avons vu plus haut, e, ei se transforment très souvent en i et réciproquement. Le dialecte normand écrit très souvent deiable, chasteiaux là où la mesure du vers indique à n'en pas douter qu'il faut lire diable, châteaux. (V. Chron. des ducs de Norm. vers 29213 et passim.) Même, lorsqu'il y avait un e seul et non ei, l'e sonnait i, comme on peut le voir par les exemples suivants :

Le deable en nous auroit bien part. (Mor. de l'Av. p. 226.)
Vous savez que devant Orleans
Nous avons là le siège mis.

(M. du S. d'Orl. vs. 7972.)

Lorsque l'e surtout était suivi d'une autre voyelle, on introduisait entre les deux, pour en adoucir la rencontre, un son mouillé qui peut être rendu par i ou par y et que l'on indiquait ainsi quelquefois. Par exemple, on écrivait agreable, creature, mais l'on prononçait agreyable, creyature, et comme le dialecte picard a toujours eu une inclination à transformer les sons ei, ey, e en i, on finit par dire agriable, criature, ou même agriaule, puisque c'est un des caractères du dialecte picard, caractère trop souvent méconnu et que je ne vois signalé nulle part, de transformer, surtout dans les terminaisons en able et en ive, le b et le v en u : ( )

Li dis : Douce criature,
Endurez les douz maz d'amer.
(Colars li Boteilliers, Buchon, p. 36.)

Le dialecte blaisois a conservé les deux prononciations que j'ai

(1) Exemples : Sa mencungne est mix convenauble E plus ressanle chose estauble. (M. de Fr. fabl. 89.) V. Rec. des mon. inéd. de l'hist. du Tiers-Etat, tom. l. p. 141 ; défendaules-défendables; p. 142, coupaules-coupables ; p. 158, restaulisscnt-restablissent, et passim. Dame, li dist Baudrains, sage estes e soutiue, Bien l'avez recousu a pers fil et a gliue. (Rom. d'Alex.)

indiquées par les exemples : agreyable, creyature, et agriable, criature (mouillez l'i). | REMARQUE. — Les mots fléau et préau (ce dernier très rarement employé), qui se prononcent aussi sléyau et préyau sont plus communément monosyllabes et sonnent slau, prau; Ex. :

D'or sont ses trois anneaux, d'or est son fleau encor.
(Dubartas. IV° jour, p. 139.)
Et le fleau brise-épic à peine commençoit
Dans l'aire retentir, etc.
(Id. Judith.)
Fleau (sic, sans accent) ou flayau. (Nicot.)
Ce tertre est le théâtre ou les foudres de Mars,
Les durs fleaux de la faim, de la peste et l'orage.
Ont long-temps fait monter leurs guerriers étendars
Et engrossi des monts de meurtre et de carnage.
(De Nérée, dans la N" Troye., p. 294.)
Où sont-ils à présent tous ces grands conquérans,
Ces fleaux du genre humain, ces illustres tyrans.
(Desmarets, les Visionnaires, acte I. sc. I.)
La forme dissyllabique était également employée :
L'Eure en chasse autres trois, vrai fléau du Levant.
(Dél. de la poés., p. 127.)

Quant à préau, il a suivi la même destinée que fléau, et de même qu'on a dit slacl, sloyau, slayau, fléau, fleau ; on a dit aussi prael, proyau, prayau, préau, preau. La prononciation monosyllabique s'est conservée dans Beaupreau, chef-lieu d'arrondissement du dép de Maine-et-Loire, que l'on écrit souvent Beaupréau, mais qui sonne Beaupreau. J'ai également été frappé de l'habitude constante de Richelet d'écrire le nom de Despréaux Dépreaux, avec un accent sur le premier e, et point sur le second. Ceci me ferait supposer qu'il régnait au XVII° siècle une double prononciation de ce mot, Dépreaux. Ainsi même en ces vers où la mesure exigerait Dépréaux, Richelet persiste à l'écrire sans accent sur le second e.

Vous demandez pour quelle affaire
Boileau le rentier aujourd'hui
En veut à Dépreaux (sic), son frère ?
C'est qu'il fait des vers mieux que lui.

Voir Richelet aux mots Débile, renté, rentier, etc.

CHAPITRE II.
De la perrnutation des sons A et E.

La permutation d'e en a est très commune dans le dialecte blaisois; celle d'a en e est beaucoup plus rare.

Je n'ai rencontré dans aucun des auteurs, qui ont traité de l'ancienne langue, trace de cette règle que j'ai déjà citée en l'appliquant au dialecte blaisois actuel, et qui peut s'appliquer au bourguignon et au français du moyen âge : « Tout e suivi de deux consonnes, dont la première est un r, sonne comme un a. »

Dans les plus anciens monumens de notre langue nous trouvons selon les dialectes, et quelquefois selon le caprice des écrivains, le même mot écrit ici par e, là par a. Est-il besoin d'ajouter que c'est surtout dans les textes normands et picards que nous surprenons la présence de l'e, surtout dans les textes bourguignons et . français celle de l'a ?

Si lo confermet-il plus vraiement.
(M. s. J. p. 504.)
Par tanz tesmoignaiges est hui confarmeie vostre foiz.
(St-Bern. p. 553.)
Mult en verrez grans maux eissir.
(Chr. des Ducs de Normand. vs. 11513.)

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