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Et dans le même (éd. de 1574, pag. 20),
Phœbus joua de la harpe.

REMARQUE. — Il existe un certain nombre de mots ou l'e se prononce a, bien qu'il soit suivi d'un r seul, ou même souvent d'une autre lettre que r; Ex : Elle, quel, sel, sécher, guérir, pron. : al ou a, qual (qual devant une voyelle; queu devant une consonne) sal, sacher, etc.

Charles respunt : Encore purrat guarir. (Ch. de Roland, I, vs. 156.) Mort le tresturnent très enmi un guaret. ( Id. II; vs. 725.) Nostre terre si desacherat. (St-Bern. p. 540.) Larmes les cueurs des Dames sachent, Mais que sans plus barat n'y saichent. (Rom. de la R. v. 7859.) A ce mot guarite (guérite) peut-on rapporter guérir et guérison que le Languedoc et nations adjacentes prononcent guarir et guarison. (Tr. de Nicot.) .

REMARQUE II. — E ou hé, syllabe initiale, se prononcé généralement a; Ex : Etonner, écraser, hériter, etc., pron. : Atonner, acraser, hariter, et de même dans leurs composés ; Ex. :

Moult veissiez harnas floter Homes noier et afondrer. (Rom. de la R.) Ou plaine paulme, ou quelque goutte, Que Fortune au bec lui agoutte. (Rom. de la R. vs. 7193.) Mes a este tos jors s'antentions (son intention) et est d'aloigner la besogne. (Lett. de Rois, I, p. 253.) Se chauffouroyt le visage, acculoit ses souliers. (Rabelais, tom. I, p. 225.) Aucuns escrivent acouter, les autres ascouter : d'autres et plus communément escouter. (Tr. de Nicot.)

Voir aussi Roquefort aux mots Agout, Assample, Assil. REMARQUE III. — Les e ouverts, toutes les fois qu'ils ne sonnent pas a, se prononcent très fermés et avec un accent traînant; Ex. : terre, fête, procès, etc., pron. : téere, féete, procée, etc.

« Les Picards et les Gascons prononcent brèves les syllabes qu'on doit faire longues, surtout dans les finales. Ils diront par exemple laquez pour laquais, succez pour succès, mér pour mer, fiér pour fier, etc. » (A. de Boisreg., 452.)

« Les Gascons ont le malheur de confondre toujours l'e ouvert avec l'é fermé. Ils disent par exemple un procés, les anglés, més, jamés, etc. » (Bibl. des Enfans, p. 149.)

Nos paysans parlent Picart ou Gascon, comme M. Jourdain faisait de la prose, sans s'en douter. Mais je dois faire remarquer qu'au XVII° siècle l'è ne se prononçait pas aussi ouvert dans les mots en ès qu'aujourd'hui.

« Bien qu'on écrive vous verrez, vous direz, il faut prononcer vous verrés, vous dirés, à peu près comme en ces mots-ci procés, succés, prenant garde toutefois de faire sonner cette syllabe es, comme s'il y avait verrais, dirais, ferais, ainsi que prononce la bourgeoisie et le petit peuple de Paris. » (A. de Boisreg., p.465.)

Aujourd'hui la syllabe finale des substantifs procès, accès et celle des conditionnels verrais, dirais se prononcent absolument de même. Evidemment, puisque le grammairien recommande de ne pas prononcer la terminaison des premiers comme celle des seconds, je dois conclure que es sonnait plus bref dans procés que ais dans verrais.

Il est à remarquer à l'appui de ma thèse que tous les noms latins en es, dont nous prononçons aujourd'hui la terminaison d'une manière très ouverte en latin, Eurymedès, Diomedès, Ulyssès, avaien leur dernière syllabe en é fermé; Ex. :

Par ce départ furent adnichilez
Tous les plaisirs du vaillant Achillés, etc.
(Hug. Salel, liv. I.)
En luy baillant pour patron Ulyssés,

Duquel les Grecs étoient tous surpassez
En bon conseil et en douce faconde. (Id. id.)
Et veut trouver le subtil Ulyssés
Lequel avoit les autres Grecs laissez. (Id. II.)

On trouverait dans les 10 livres de l'Iliade de Hug. Salel plus de cent exemples semblables.

Voici quelques autres exemples de mots français, dont l'e est aujourd'hui plus ou moins ouvert, rimant avec des terminaisons en é fermé :

Tost sont ruinés
Cent mil poissons et plusieurs nefs.
(Fig. du n. Testament, apocal. VIII.)
Et lors estant les Grecs
Assis selon leurs estats et degrez. (Hug. Salel, liv. I.)

Du reste, il est probable que cette variété dans les sons ez, ès, ais, ne date guère que de la renaissance, et que le moyen-âge, comme j'essaie de le démontrer plus loin, ignorait l'emploi de ces sons dans les syllabes finales. Voir le chap. I de la deuxième partie : De la prononciation de la diphthongue ai. RÈGLE lI. — E fermé se prononce presque constamment comme e naturel, c'est-à-dire eu : Ex. : Espérer, exemple, créer, moire, nettoyer, etc., pron. : Euspeurer (ou aspérer), exampe (ou axampe), creuer (ou créyer), meumouéere, neutouéyer, (ou natouéyer). Il sonne souvent de même dans la syllabe finale des participes de la 1" conjugaison, toujours dans les terminaisons en ève, èvre, qui se prononcent l'une et l'autre euve; Ex. : Aimé, bonté, vérité, clé, etc., pron. : Aimeu, bounteu, veuriteu, (variteu, varten),

(l) Il est à remarquer dans l'édit. de l'Iliade de IIug. Salel de 1545, que , tandis que la préposition à est toujours marquée d'un accent grave, tous les e, ouverts aujourd'hui, sont ou inaccentués, ou marqués d'un accent aigu.

cleu, etc. Fièvre, orfèvre, chèvre, il se lève, etc., pron. : Fieuve,

orfeuve, chieuve, i's leuve, etc. Il nous est resté des traces de cette prononciation dans les noms

propres Lefeuvre, Lefeuve, pour Lefèvre (du latin Faber). (')

... Le monde, quand il eut forgé Ce ne t'a nul apris, fors je. (Rom. de la Rose, vs. 5461.) De ce ne vous ment-gie ; C'ierent III mort de vers mengié. (Baud. de Condé, dans Alph. de la M , p. 1.) La vos aporteront les clefs E dons grans, beaus, riches e teuz, etc. (Chr. d. d d. Norm. 18348.) Car le vin est trop cher; l'impot, les quatriesmes, Pestes des biberons, Faulte d'un peu de vin, feront mourir de rheumes Les povres compagnons. (Oliv. Bass., p. 18.) Desor son dos que bien s'en cuevre . Des or puet-il bien laisser treve. (R. du Renart, vs. 851.) Les treufves sont prinses entre eulx pour deux mois. (Palsgr., p. 751.) L'accord fut fait d'une treuve paisible. (L. des Mas., p. 561.)

C'est en vertu de cette règle que vef, vcfce sont devenus définitivement au XVI° siècle et dans l'écriture et dans la prononciation veus, veuve. Du Bartas est le dernier qui se soit servi de la vieille forme : Je chante les vertus d'une vaillante vefve Qui pour sauver Jacob trempa le juste glaive Dans l'infidelle sang du prince assyrien. (Du Bart., Judith.) REMARQUE I. — E, quoique fermé en français, ne se prononce pas dans chétif, ni dans quérir.

(1) Voir La Morlière, page 376, Jean, Lorfebvre et aux pages 339 et 377 le même personnage, Jean Lorfeuvre. Cf. Cl. Fauchet, rec., p. 109. Fierent con feuvres sus enclume.

« Il faut prononcer qrir et non pas quérir. » (A. de Boisreg., p.497.)

REMARQUE II. — E sonne i dans dehors, fainéant, lésard, lécher, jeter et leurs composés, ainsi qu'en certains temps du verbe acheter (prononcé a-jeter), surtout aux formes où la syllabe radicale chet est suivie d'un e muet : Diors, féegniant, lizard, licher, jiter, j'ajite (ou j'ajeute), j'ajiterons (ou j'aj'trons).

« La feniantise les avoit réduits à tel point qu'ils estoient prests à mener une vie fort dissolue, sans qu'ils en furent détournez par le philosophe Pythagoras. » (De Coll.-Cauv., liv. XX.)

Et si acquiert deshonneur par mentir,
Par paresce, du tout s'aniantir. (Eust. Desch., p. 36.)
Attourné de Gaultier fait-nyent. (!)
(Testam. de Path., p. 186.)
Petits lisars courans a travers le pampre.
(Rabelais, ap. Jaubert.)
Semblable a ce serpent, qui, pu de mauvaise herbe,
Reliche et repolit ses escailles bien jointes.
(Ronsard, cité par H. Est. Précell., p. 55.)
Et la lichant se joue aux abords du rivage.
(Ronsard, cité par Gérusez, H" de la Litt. fr. tom. 1, p.
366.)
Ils se lichoient le morveau.
(Journal de l'Estoile, 8 décemb. 1593.)
Gita un cri, si s'escria (R. du Renart, v. 551.)
Comme qui giteroit rubis
Entre porcs ou entre berbis.
(Bible Guiot, dans Roquef. à giter.)
Qui bien gitera
Le compte trovera. (J. Rouyer, p. 111.)
Gitoers (Jetons) de la Chambre des comptes le Roy.
(Id., p. 39.)

(1) Voir Jeh. Bouch., prolog., pag. 10, faict néant.

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