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HoBEREAU. —
« Voyant un jeune obereau. » (Cont. de Gaul. p. 209.)

HONTE, HONTEUX. —

Pour pleurer en lieu secret Son mary, Jeanne se cache. Est-elle honteuse qu'on sache Qu'elle a de luy du regret ? (Tabourot, p.89.) Celuy qui est bon françois Maintenant se réjouisse, Car il fault qu'à ceste fois Le Lorrain d'honte rougisse. (Ch. hist. II, 486-1590.) « Sa jeunesse fut deshonorée de beaucoup d'honteuses reproches. » (Coeffeteau, cité par Patru, p. 388.)

Cet exemple est remarquable en ce sens qu'il est tiré d'un écrivain estimable du XVII° siècle; et notez bien que la critique de Patru à propos de cette phrase porte non sur ce que l'auteur a écrit honteuses sans aspiration, mais sur ce qu'il a fait reproches du genre féminin. (")

HUGUENOT. —

« Les armées mal logées, sans vivres, l'huguenote se recule de cinq lieues. » (Tavannes, pag. 340.) « L'huguenotte arrogance... » (La Morl, pag. 447.)

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HUMER. —

Garde bien d'approcher, quand ell'hume, à ses bords.
(Id. p. 866.)

Il est question de Scylla.

HANGAR. — J'ai gardé pour la fin, (') parce qu'il est du XVIII° siècle, l'exemple suivant, tiré des œuvres du marquis de Villette, moins connu par ses poésies que par ses relations avec Voltaire :

Voilà les tableaux entassés
Sous l'hangar de la renommée.
(Cité par le Moniteur de l'armée du 1" mai 1868.)

Ce n'est que dans son édition de 1835, que l'Académie a signalé l'aspiration de l'h dans hautbois et dans hautesse. Elle l'avait dès longtemps signalée dans hangar, au grand étonnement des auteurs du dictionnaire de Trévoux et plus tard de Domergue, indignés que l'Académie écrivit par un h un mot dérivé du latin angarium. Je me demande pourquoi ils n'ont pas ressenti la même indignation au sujet de l'aspiration de haut, qui dérive du latin altus.

HoNGRIE, HoLLANDE. — Ces noms propres offraient jusqu'aux premières années de ce siècle une particularité curieuse. L'aspiration y disparaissait, toutes les fois qu'ils ne servaient qu'à indiquer la provenance commerciale d'un objet. Ainsi on disait le stathouder de Hollande, le roi de Hongrie (o), mais de la toile d'Hollande, de l'eau de la reine d'Hongrie. C'était la règle; elle subissoit souvent des infractions : « Les Ollandois... etc. » (Tavannes, 3° advis au roy, pag. 21.)

M. Helvétius est fils d'un médecin d'Hollande. (Vigneul-Marv., Mélang. I. p.42.)

(l) Je puis ajouter pour être complet un exemple du XIXe siècle. J'ai trouvé en mai 1873 Paris envahi par des placards ainsi conçus : A l'Hérissé, 28, boul. de Sébastopol.

(2) Ce mot n'était pas aspiré au moyen âge : « Si estoit madame Ysabeau avec la roine, celle qui fu d'Ongrie, » (Liv. de la Conq. dans Buch. Hist. des Conq. p. 42l.)

Ce n'est guère qu'à partir des dernières années du XVI° siècle que la règle de l'h asp., à part quelques rares exceptions, dont j'ai signalé quelques-unes, est fidèlement observée par les écrivains, dans les mêmes mots où nous aspirons encore l'h aujourd'hui. Néanmoins il ne faudrait pas croire qu'il en fut toujours de même dans la conversation, et Vaugelas nous atteste que dans la plus grande partie de la France cette règle, de son temps, était fort peu pratiquée. Du reste, encore de nos jours, le peuple, même de Paris est loin de reconnaître et de suivre en cette matière les préceptes de l'Académie, et je me souviens d'avoir entendu crier dans les rues de la capitale par ces gamins qui s'improvisent au printemps marchands de hannetons : « A un liard les z'hannetons ! »

REMARQUE. — Il y a quelques mots dont la lettre initiale, non aspirée en français, est aspirée dans le dialecte blaisois : ce sont huit et ses composés, huiler (non pas huile), önze et ses composés, ouéte, oui et ourse. L'aspiration qui se fait sentir dans ces mots, à l'exception de onze et de ourse, reproduit un son très voisin du v, une sorte de digamma, lettre qui remplaçait aussi l'esprit rude dans le dialecte éolien ; Ex. : grec, égTéçz; éolien, FeaTéoz; latin, vesper. Ainsi beaucoup de naturels du pays blaisois ne se contenteront pas de dire le huitième, iz on huilé, de la ouete, i m'a di oui, mais prononceront vuitiéme, ou même veutiéeme et vitiéeme ; vuiler et vueuler; d'la vouete; voui ou même vi.

Huit et ses composés ont eu l'h tantôt muet, tantôt aspiré au moyen-âge ( ); mais j'ai cru découvrir une trace de la prononciation par v dans une lettre d'Edouard I", roi d'Angleterre :

Doné a Dovre, le vytime jur de fevryer. (Lettr. de Rois, I. p. 190.) Qu'on remarque bien que dans cette phrase le v comme dans Dovre et février, et l'u comme dans jur sont bien distincts.

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Huiler se prononce huiler, hueuler (h aspiré) ou vhuiler, vhueuler. Je ne rencontre pas d'exemple de cette prononciation dans la vieille langue. H n'estjamais aspiré dans huile; prononcez ueule, ou eule, ce qui est probablement l'ancienne prononciation de la forme oile.

Onze. D'après Vaugelas o ne devrait jamais dans ce mot et ses composés être aspiré. Cette opinion de l'illustre grammairien est conforme à l'usage du moyen âge.

Biaux ostes, prestes me une onzainne.
(Le Jus S'-Nicholaï, Buchon, p. 185.)

Le XVII° siècle a usé des deux prononciations :

Il sortit de la ville en colère, l'onziéme de juin.
(Fléchier.)

Peut-être que l'onziéme est prête d'éclater.
(Cinna, act. III, sc. I.)

Voir pour des exemples de le onzième (o aspiré) Vaugelas et Bouhours. Aujourd'hui, d'après l'Académie, onze est toujours aspiré. Ponsard s'est conformé à cette règle, quand il a dit dans sa tragédie d'Ulysse : Et le onziéme jour, la tempête calmée Lui permit de partir, suivi de son armée. (Act. II, sc. 4.)

Le dialecte blaisois aspire toujours l'o dans les cas obliques : Ou ounzeu d'seuvérieu; deu ounzieume ou d'l'ounzieume ou douzieume jou. Il supprime quelquefois l'aspiration dans les cas directs : L'ounze ou le ounze.

Ouete. Devant ce mot, en français ouate, on fait toujours entendre le son de v : d'la vouete, ou d'la voueute. Je ne pense pas que ouate ait jamais été aspiré en français :

On apporte à l'instant ses somptueux habits
Ou sur l'ouate molle éclate le tabis.
(Boileau.)

Cependant je n'oserais l'affirmer en présence de ces vers d'Est. Pasq. (II, 41, A):

Car jone dame et ceinte et avoysie
Douce et plaisante, belle, courtoise et sage,
M'a mise au cœur une si douce rage,
Que j'en oubly le voir et la ouye.

Oui a toujours été aspiré aux XII° et XIII° siècles. On en trouve de nombreux exemples dans Theroulde et dans les écrivains postérieurs. Parfois même, pour mieux noter l'aspiration, on l'écrit par un h. Que il ne set ne o ne non. (Rutebeuf,)

On ne me dist ne ho ne non.
(Les rues de Paris.)

Ce ne fut guère qu'au XVII° siècle que les écrivains se partagèrent d'opinion, et que les uns supprimèrent l'aspiration, maintenue par les autres.

Les anciens disaient qu'oui, mais les nouveaux disent que non. (Pascal.) Il répondit qu'oui. (Vaugelas.) On lui dit que oui. (d'Ablancourt.)

Molière semble avoir donné des gages aux deux prononciations :

Je crois que oui.
(Bourgeois gentilh.)

Ah! cet oui se peut-il supporter !
(Femmes savantes.)

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