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prononciation tend à disparaître; on ne l'observe plus guère que dans brouillard, qui sonne brouilld ou brouillâo. Soulard est devenu soulaud.

L'r au moyen âge avait le privilège de rendre brève la voyelle précédente. Ce n'est guère que vers la fin du XVI° siècle qu'on donna à l'a dans cette circonstance un son complètement ouvert. Du reste, il paraît à peu près certain que dans ces terminaisons l'r final ne sonnoit pas.

Des gens d'armes de toutes parts...
Je voy que nous ne croissons pas.
(M. du S. d'Orl. vs. 5745.)
Le vaillant sire de Villars...
Toute la charge haut et bas. (Id. vs. 5800.)
O quelle foy d'un tyran apostat
Qui faisoit tant le doux et papelard.
(Lincy, Ch. hist. II. 445.)
Leur tranchant coutelas
Feront rougir et taindre
Au sang de ces pillards. (Id. II. 430.)

C'est par suite de cette prononciation que soldars, d'abord prononcé souda, est devenu au XVI° siècle soldats, tout en nous restant avec une nuance de mépris sous la forme soudards (o). Nous voyons même quelquefois l'r ou disparaître, ou remplacé par un t, et l'écriture se conformer ainsi à la prononciation.

Chasse ces noirs brouillats.
(Du Bart. pag. 101, — 1583. Cf. J. de Montl. p. 54,
344, etc.)

ER-OIR. — Je réunis ces deux terminaisons dans le même paragraphe, parce que oir se prononçait autrefois et s'écrivait même la plupart du temps ôer et ouer. L'r y était toujours muet. Ce n'est qu'au XVI° siècle que l'on commence à le faire sonner, et ce n'est

(l) Soldars est encore usité en Anjou.

guère que vers le milieu du XVII° que cet usage devient général. Aujourd'hui en français nous prononçons toujours l'r final des terminaisons en oir ; nous ne faisons sonner l'r dans celles en er fermé que lorsque le mot suivant commence par une voyelle ; nous dirons par exemple : « tomber (tombé) dans la rivière, » et : « tomber à l'eau (tombéra). » En blaisois l'r ne sonne dans aucun cas : « timbé a l'iau. » De même pour les mots en oir : si quelquesuns y prononcent l'r, la plupart le négligent, et l'on entend dire plus souvent : « Soun mouchoué ée ben biau, que soun mouchouéere ée ben biau. »

C'est bien dit, il le faut avoir ;
Habiller vous fault en archier.
(M. du S. d'Orl., p. 53.)
Qui gardera mon ouvrouer,
Tandis que je suis à mal aise ;
Mes gens ne feront que jouer.
(D" Mac. des Femmes, p. 32.)
Mais pour gaudir il dit à pleine voix :
Puisqu'il me faut ainsi ma femme avoir.
(Ch. Bourd., p. 101.)
La vieille ne fait que jouer,
T'attendant à l'abreuvoer
Ou elle dresse sa panthière.
(Est. Pasq., II, 985.)
Un terroüer hideux.
(Séb. Roull. 1628, pag. 1.)

Parfois même l'r disparaît complétement dans l'orthographe comme dans la prononciation.

Ainsi les habitans de ce même terroy

Fourmillent à ce bord d'un regard plein d'effroy.
(Ronsard, Hymnes.)

Pour mien je ne recognoy

Le Terroy
De Mycènes ou de Phthie.
(Joach. du B., p. 37.)

Lisez reconnoué, effroué, terrroué. Ces deux derniers ne sonnent pas autrement dans la bouche du paysan blaisois (o).

Ilneme paraît pas avoir existé dans la langue de terminaisons en er ouvert jusqu'à la fin du XV° siècle, où la nouvelle prononciation latine introduite en France réagit sur la prononciation du français lui-même.

Puritels cops nos ad Charles plus cher ;
A voir escriet : Ferez i, chevaler !
(Ch. de Roland, III, 123.

Prononcez ché, chevalé. Ailleurs (id. IV. 220.) mer, aprester, Omer (Homère)riment, ou plutôt sonnent avec antiquitet : évidemment il faut lire mé, apresté, Omé. Cette prononciation subsista pendant tout le moyen âge et malgré l'innovation dont je viens de signaler la naissance à la fin du XVI° siècle, elle dura jusqu'au règne d'Henri IV, et pour quelques mots, comme nous le verrons, jusqu'en plein XVIII° siècle. Mais si eust-il volontiers Esté plus grand de deux tiers. (Tabourot, p. 65.)

Ronsard fait rimer rocher avec chair, atteler et parler avec l'air, etc., mais peut-être déjà prononçait-il rochair, parlair, attelair, se rangeant ainsi à la prononciation latine des terminaisons en er, Lucifer, Jupiter, qui pendant tout le moyen âge sonnèrent Lucifé, Jupité?

On peut croire qu'alors, comme nous l'avons déjà vu pour plusieurs voyelles et diphthongues, régna une double prononciation. Il est certain par exemple que même dans les substantifs et les

(l) Cependant dans les campagnes effroi se prononce plus généralement effrai.

adjectifs en er, même dans ceux où l'r est ouvert aujourd'hui, l'r ne sonnait pas, bien qu'ils fussent au pluriel, et de même que nous lisons au XV° siècle dans le M. du S. d'Orl. (pag. 48.)

Ne aultre part ailleurs n'allez,
Et que vous les lessez en paix,
Ils diront que vous n'oserez,
Et vous en seront plus pervers ;

nous trouvons au XVI° siècle, dans Ch. hist. tom. II.

Il est mort, ô le meschant !
Sa sépulture aux enfers,
Et à jamais languissant,
C'est le guerdon des malfaicts.

Une des raisons qui m'inclinent à croire que Ronsard avait adopté, sinon complètement, du moins en un certain nombre de mots, la prononciation latine des terminaisons en er, c'est l'intention qu'il me paraît mettre à écrire certains mots par air plutôt que par er. Ainsi dans les deux exemples suivants :

Là, l'Ithaquois, chargé du grant bouclair,
Qui ne fut sien, brillant comme un esclair.
(Franc. ch. I, p. 595. — 1609.)
Neiges et vents, et tourbillons et gresle
Du ciel crevé tomberont pesle-mesle,
Entre-semez de soudres et d'esclairs.
Hommes, chevaux, morions et bouclairs
Seront frappés d'un orageux tonnerre ;
(Franc. ch. IV, p. 648.)

pourquoi n'écrit-il pas ou boucliers, ou bouclers selon l'ortho

graphe d'alors ? N'est-ce pas pour indiquer d'une manière plus

nette le son ouvert de la syllabe finale ? Je ne m'étendrai pas davantage sur ce son ouvert de la syllabe

finale er, attendu qu'il n'existe pas en blaisois, même dans les mots comme hier, fer, hiver, ouvert. Er en effet a dans notre dialecte trois prononciations : 1° tantôt ar, comme hiar, far, hivar, ouvart :

« Est-ce donc pelamor qu'ous avez un engein de far au costé qu'ous fetes l'Olbrius ? » (Le Pédant joué, acte II, sc. 2.)

« Oul l'y en demeury les badigoines escarbouillées tout avaux l'hyvar, » (Id. id. id.)

« J'étions donc sur le bord de la mar. » (Le Fest. de Pierre, act. II, sc. 1.)

2° Tantôt éere, comme dans hiéere, féere, hivéere, etc. 3° Tantôt é ou eu, comme dans les infinitifs français de la 1° conjug.

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, l'er fermé français, celui d'aimer, par exemple, ne sonne jamais ar ou éere. Il n'y a que l'e ouvert qui reçoive l'une ou l'autre de ces deux prononciations. Je me suis déjà expliqué plus haut sur la prononciation d'er en ar; je pense que celle d'er en éere est le résultat d'une sorte de compromis entre le son de er, tel qu'il était au moyen-âge et le son de er, tel qu'il commença à se produire à la fin du XV° siècle. Au temps où l'on prononçait ché, avé, amé pour cher, aver, (avare), amer, il était naturel qu'en conservant ce son fermé au féminin l'on dit chéere, avéere, améere, et non d'une prononciation ouverte comme aujourd'hui chère, amère. C'est cette prononciation fermée des terminaisons féminines des adjectifs en er que le dialecte blaisois a gardée en l'appliquant même aux terminaisons masculines : L'enféere, l'hivéere pour l'enfer, l'hiver.

On a beaucoup reproché à Malherbe, à Corneille, à Racine, etc. les rimes normandes ou gasconnes, car on leur a donné ces deux noms, de l'er ouvert en er fermé. M. Génin surtout s'est très vivement élevé contre ces rimes pour l'œil, comme il les appelle (Variat. p. 68.), de ser avec étouffer ou triompher, hiver avec trouver, etc. « Cette rime, dit aussi M. Quicherat (Traité de Versif. franç. pag. 335.), se maintint pendant tout le siècle de

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